Un profond chagrin de l'Histoire

Il y a cent quarante sept ans, mourait la Commune de Paris, ce grand projet collectif social et fraternel auquel la bourgeoisie versaillaise avait répondu par la guerre fratricide. Au terme d'une semaine qui restera dans l'Histoire comme ayant été "la Semaine sanglante", 15 à 20 000 Parisiens, hommes, femmes et enfants ont été fusillés par des soldats français, conditionnés et endoctrinés...

C'est probablement l'une des pages les plus sombres de notre Histoire et si le chiffre final des victimes fait encore l'objet de discussions d'experts* il n'en reste pas moins que cette abominable guerre civile a fracturé la société française pour longtemps !

Le récit de cette 72e Journée de la Commune (novidi 9 Prairial An 79) commence à la page 556 de mon livre "Les 72 Immortelles" ou la fraternité sans rivages.** En voici deux extraits :

"Tandis que les Versaillais font du ratissage dans Belleville et Ménilmontant, un dernier carré de Fédérés résiste encore dans un quadrilatère noyé sous un déluge d'obus. Mais à midi, la barricade de la rue de Paris tire son dernier coup de canon. Deux heures après, sur la barricade édifiée au croisement des rues de Tourtille et Ramponneau, un garde national, dernier combattant de la Commune, lâche un ultime coup de chassepot. Il s'agit probablement d'Adrien Lejeune, 33 ans, employé de mairie, sergent au 67e bataillon qui aura la vie sauve car il réussira à échapper à la souricière versaillaise. Mais ce dernier héros pourrait bien être aussi Emile Chausse, Antoine Desfarges, Pierre Vidal ou Auguste Desauchamps...

Le grand silence de "l'Ordre bourgeois " tombe sur la ville. Avec une grandiloquence aussi perfide qu'odieuse, le maréchal de Mac-Mahon peut annoncer :

"L'armée de la France est venue vous sauver. Paris est libéré. Aujourd'hui la lutte est terminée : l'ordre, le travail et la sécurité vont renaître".

"On a déja fusillé plus d'hommes qu'il n'y en avait derrière les barricades, tant et si bien que les fossoyeurs ne peuvent plus suivre le rythme des fusilleurs. De longues files de cadavres encombrent les berges de la Seine. Il y en a partout, dans les maisons, dans les rues, sur les places et dans les jardins publics.

15 000 corps sont jetés dans une immense fosse du cimetière parisien d'Ivry. Des milliers d'autres sont enfouis en banlieue dans les tranchées qui avaient été creusées lors du premier siège.

C'est le spectre de la peste qui mettra fin à l'holocauste : "Il ne faut tout de même pas que ces misérables qui ont fait tant de mal de leur vivant puissent en faire encore plus après leur mort"  écrit une ignoble feuille versaillaise."

C'est pourquoi la Commune de Paris restera à jamais la référence sacrée de toutes les luttes contre l'injustice et l'oppression ; le char "Commune de Paris" figurant dans le défilé de la manif du 26 Mai, a été beaucoup applaudi de la garde de l'Est à la Bastille...

Vive la Commune !

* les historiens anglo-saxons, notamment Robert Tombs, minimisent le chiffre des victimes

** aux éditions du Croquant, 20 route d'Héricy 77870 Vulaines-sur-Seine

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