La dernière mort de Robespierre

Né Bernard Poulain mais plus connu sous le nom de Bernard Dhéran, ce magnifique comédien, ancien doyen de la Comédie française, vient de nous tirer sa révérence à l'âge de 86 ans. 

Ancien élève du Conservatoire, il avait fait partie de la troupe Renaud-Barrault puis de la Comédie française où il s'illustra avec "Le dindon", "Le bourgeois gentilhomme", "La trilogie de la villégiature" de Goldoni ou encore "Macbeth"...

Pendant des décennies, il a promené sa longue silhouette élégante dans tous les théâtres pour jouer Anouilh, Marivaux, et finalement en 2010 Simon Williams aux Variétés dans "Personne n'est parfait".

Il fut souvent un second rôle remarqué dans de nombreux films (notamment sous la direction de Sacha Guitry et de Patrice Leconte) et la voix de nombreux comédiens étrangers comme Christopher Plummer, Anthony Hopkins, Sean Connery ou Christopher Lee.

Mais, pour moi, il est surtout le comédien qui a le mieux incarné le personnage de Robespierre dans la trilogie que j'aie co-réalisée avec Abel Gance : "Valmy et la naissance de la République" (1967)

On peut admirer sa prestation dans deux séquences tournées avec le procédé du pictoscope* : l'une dans la salle des "Menus plaisirs" sous la Constituante, l'autre au Club des Jacobins.

Abel Gance qui avait choisi Edmond Van Daele pour jouer Robespierre dans son "Napoléon", ne tarissait pas d'éloges à propos de Bernard Dhéran, parangon de "l'incorruptible". Par contre, l'historien Albert Soboul (l'un des conseillers historiques de ce téléfilm) lui préférait le comédien Jean Négroni, inoubliable Robespierre du téléfilm de Stellio Lorenzi "La terreur et la vertu".

En tout état de cause, Robespierre ne peut disparaitre puisque, avait-il dit : "la mort est le début de l'immortalité".

NB/ l'acteur polonais Wojciech Pszoniak avait été un extraordinaire Robespierre dans le film de Wajda "Danton" (1982)

* Abel Gance avait mis au point (avec son opérateur Nicolas Hayer) un dispositif optique permettant d'utiliser des gravures ou des estampes comme décors. Le tournage s'effectuait donc sur un plateau nu, les comédiens étant disposés qui sur une échelle qui devant un pupitre, aux places occupées par les personnages de la gravure ou de l'estampe qu'ils devaient animer

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.