ITALIE : kit aphrodisiaque de l’apolitisme

Récit d’un Pays quasi-perdu entre les gossipings et le vide politique.

Ah, quel plaisir de se rendre dans le pays du soleil, du berceau de la Renaissance, de l’eau salée cristalline et bien sûr de la bonne bouffe ! 

 Pendant toute l’année, les belles rues transpirantes d’histoire et de parfum d’orangers se voient inondées d’un tourisme bouillonnant de découverte. Parmi les oeuvres de la Chapelle Sistine, les coins d’amour de la Naples ancienne ou devant le Duomo de Milan, des groupes hétérogènes s’inter-croisent pour prendre le selfie avec un spritz à la main gauche et une bruschetta à la droite. 

 Un pays aux allures paradisiaques, des odeurs d’authenticité pour lesquels les étrangers sont prêts à débourser des milliers d’euro. Quel bonheur ! Et puis, la classe politique italienne, exemplaire et digne de ses ancêtres, le résultat des décennies d’enseignement de Cicerone et de Cesar. Un véritable rêve aux yeux ouverts. 

 Vous ne voyez pas cela ? Cela tombe bien, j’ai la réponse à toutes vos questions. Ne lisez pas les journaux, arrêtez de vous intéresser à l’actualité, ne regardez pas les news, ne consultez pas votre fil d’actualité sur les réseaux sociaux si celui-ci vous parait trop politisé. Telle est la recette pour votre cocktail paradisiaque de bonheur. Et oui, puisque si aujourd’hui on veut vivre heureux en Italie, il va falloir faire comme ça, ou alors avoir beaucoup de zero dans votre compte bancaire, pour oublier les inégalités, le chômage aux étoiles et.. un ministre de l’intérieur qui est la honte de l’Europe. 

 Depuis les dernières élections législatives, Matteo Salvini monopolise le débat politique et le teint de superficialité, arrogance et mauvais gout. Où sont passés alors les Cicerones de notre époque ? On a dû les perdre parmi les nombreux magasins de souvenirs, il reste seulement quelque tasse avec la tête d’un gladiator ou une « Roma caput mundi » sur quelque assiette de décoration. Nostalgie des temps perdus ? Quelle angoisse de connaître son passé, le regretter et souhaiter se réveiller dans un film de Woody Allen. Mais c’est tout ce qui nous reste. 

 On vit dans une époque où on a oublié l’essentiel pour l’accessoire : on n’est plus intéressé à la nouvelle copine de notre Matteo, à ses promenades sur la plage torse nu et à ses twitts provocateurs qu’à faire marcher le Pays. 

 L’autre côté de la médaille n’est pas plus joyeux : la gauche italienne est incapable de se reformer, de se former même, pour donner lieu à quelque chose de consistant qu’on pourrait appeler - de loin - projet politique. On a l’impression d’assister à un jeu de marionnette un peu usées chaque fois qu’on les entend parler. Le gouvernement technique, les coalitions de la dernière heure et les arguments des vieux couples sont à la une dans la gauche italienne. Cela soulage Matteo puisque cette fumée lui laisse une bonne marge de manoeuvre pour ses discours schizophrènes et ses comportements de petit monarque despotique. Les insultes xénophobes sont le plat du jour favori, par dessert c’est la querelle avec ses compagnons outre-mer ou pire encore au sein de son royaume quand la « mafia-strature » (un adjectif surement aimé de Matteo remplacent la tant détestée magistrature) essaye de redonner un élan de bon sens aux affaires parodiques de la justice. 

 L’Italie est sans doute le pays des merveilles, des orangers et de la culture. Pour un peu de rêve, éteignez vos télés. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.