Ce que les médias retiennent...ou pas des municipales

Hier encore, les médias audiovisuels nous ont resservis les mêmes soupes qu'au premier tour : les soirées électorales se suivent et se ressemblent...

Hier encore, les médias audiovisuels nous ont resservis les mêmes soupes qu'au premier tour : les soirées électorales se suivent et se ressemblent...

La soirée débute par un laïus sur le taux d'abstention : estimation à 38%. Un laïus qui n'apporte pas grand chose car une fois les comparaisons avec le premier tour et les municipales antérieures, une fois lancée l'hypothèse d'une baisse liée au changement d'heure (si si, il paraît que ça joue selon certains!), aucune véritable analyse de cette abstention est faite et puis finalement elle n'intéresse pas grand monde, car...

...une seule chose compte pour les médias : le score du FN. Une fois de plus, les premiers résultats donnés à 20h00 ont été axés sur les villes devenues (ou pas) frontistes et, tout au long de la soirée, on a compté le nombre de villes tombées dans les mains de l'ennemi. Doit-on une fois de plus faire le jeu du FN en parlant sans cesse de lui, comme c'est le cas depuis plusieurs mois, et ce au détriment d'autres partis?

Car certains partis passent sous silence. Mélenchon se plaignait déjà lors du 1er tour de l'absence de couverture médiatique du Front de Gauche et notamment du Parti de Gauche. Qu'on aime ou pas Mélenchon, si on regardait hier la soirée électorale de France 2 (je ne sais pas ce qu'il en était pour TF1, je n'ai pas vu...) on ne pouvait pas lui donner tort. Parmi les invités, où étaient le Parti de Gauche ou le Parti Communiste? L'invitation de Marielle de Sarnez semblait dictée uniquement par la victoire à Pau de François Bayrou, Rama Yade faisait de la figuration pour l'UDI qui est pourtant, dans plusieurs municipalités, un des acteurs de la vague bleue.

Les journalistes "experts" politiques invités sur les plateaux n'apportaient pas grand chose. Quel est l'intérêt d'entendre une journaliste, à savoir Anna Cabana du Point à l'antenne de BFM, dire qu'un remaniement n'est pas possible un 1er avril ? Car, voyez-vous, même si François Hollande a de l'humour, il ne peut pas faire un truc pareil... Autre situation cocasse, elle interprète le discours de Jean-Marc Ayrault comme le discours d'un homme qui veut se battre jusqu'au bout, qui cherche à conserver sa place... Cette interprétation est suivie, quelques minutes plus tard, d'une alerte d'Europe 1 disant qu'Ayrault voulait annoncer en fait sa démission mais qu'il s'était ravisé après discussion avec ses conseillers. Qui a tort ou raison? Bof, peu d'importance même si le long silence pesant de fin de discours du Premier ministre aide à pencher pour un camp.

Même si ces élections municipales ont un enjeu national très fort, je pense qu'il faut aller au-delà de l'influence du national sur le local. Les municipales sont souvent un laboratoire politique intéressant, novateur. Alors oui, il est vrai que dans plusieurs communes, le maire ressemble à un monarque républicain installé pendant de nombreux mandats (Balkany, Copé, Gaudin, Santini... pour ne citer qu'eux), mais on ose bien plus en local qu'en national et peut-être que c'est cet aspect là qu'on devrait montrer. Au lieu d'être présentées uniquement comme des entités soumises aux décisions nationales, les localités pourraient être regardées comme des entités originales avec leurs identités propres. Et puis, même si les initiatives politiques originales, expérimentales sont peu nombreuses, pourquoi ne pas en parler? On parle bien du FN et de sa quinzaine de communes sur 36 000!

Qui, au moment du premier tour, s'est interessé à la situation de Grenoble et à cette liste EELV-PG d'Eric Piolle? Peu de monde. Mathieu Magnaudeix de Médiapart a été l'un des rares à suivre ce cas particulier de mouvement "écosocialiste" début mars dans son article "A Grenoble, écologistes et PG rêvent de "réinventer" la gauche". Toute la semaine dernière, la rédaction d'Arrêt sur images a lancé une série d'articles et une émission à Grenoble. Mais dans les médias mainstream nationaux, peu d'évocations...hormis au moment de l'agression d'Eric Piolle (ah bah oui forcément c'est de la violence donc ça intéresse...).

Autre grande ville à observer : Montpellier. Qui aurait pu croire au départ que la liste citoyenne de Philippe Saurel, dissident PS, allait pouvoir gagner? (IPSOS en a d'ailleurs perdu son "latin") Exclu du PS, luttant contre la liste PS/EELV/PRG de Jean-Pierre Moure, il a su rallier à lui une liste très hétéroclite de courants politiques autour de lui. Certains de ces détracteurs n'ont d'ailleurs pas hésité à relever la présence de personnes de tendance UMP et/ou Manif pour tous. On peut évoquer le soutien quasi inattendu de la maire sortante entre les deux tours et sourire de l'étiquette "anti-système" que Saurel s'autoproclame, il n'empêche que cette liste est singulière et intéressante à suivre.

Voilà des cas intéressants à suivre et tout  autant que le FN ou le sort de Paris ou Marseille...mais pour avoir ça, il faut choisir sa presse en ligne et éteindre la télé... message reçu pour ma part pour les européennes.

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