Dynamique de la transcendance

Pas d'histoire véritablement interne de la pensée hors de la prise en compte de ce nœud tenant ensemble - et faisant se mouvoir ensemble - les horizons du concevable et les instruments du concevoir. (Marcel Gauchet "Le désenchantement du monde" page 124 chapitre "Dynamique de la transcendance")

Pages 124 - 125

Pas d'histoire véritablement interne de la pensée hors de la prise en compte de ce nœud tenant ensemble - et faisant se mouvoir ensemble - les horizons du concevable et les instruments du concevoir. Une véritable histoire de la raison occidentale ne se peut ainsi écrire qu'en termes de structure de de transformation structurelle modifiant simultanément teneur et forme conceptuelle. En termes de renversement de structure, s'agissant de sa naissance et de la sortie du moule mythique : surgissement du point de vue de l'Un, imputation idéale de la totalité de l'étant à un unique principe régulateur, par opposition à la logique multiplicitaire du mythe, et corrélativement, installation de la pensée dans un fonctionnement à base d'auto-contestation illimitée, puisque réglé par des oppositions impossibles à combler et constamment renaissantes - un/multiple, sensible/intelligible, matière/forme, etc. - au lieu et place de la consubstantialité des dimensions équivalentes dans le dispositif de la pensée sauvage. Et en termes de déploiement de la même structure fondamentale, s'agissant du mouvement qui mène jusqu'à nous : émergence de l'objectivité du monde, de par la dissolution de l'unité de l'être, de par la dé-solidarisation de la nature et de la surnature et la ruine de leur association  immémoriale au sein d'une seule et même totalité cosmobiologique, de par la dé-finalisation, du coup, des perspectives sur la réalité, libres dorénavant de se déployer sectoriellement en tout indépendance ; et corrélativement, élaboration d'un nouvel idéal d'ordre pour la pensée, délaissant le réseau régulé des correspondances et des sympathies par lequel toutes choses se tiennent en l'univers pour l'univocité de l'enchaînement causal - c'est à dire, en fait, reportant l'exigence qui s'exprimait auparavant sous forme d'insertion des choses singulières au sein du tout par analogie ou par affinité à l'intérieur m^me du lien des choses entre elles, sous forme de nécessité totale à faire ressortir au cœur de leur consécution ou de leur connexion. C'est en ce sens précis qu'en effet, dans les spéculations magiques, il y a déjà l'esprit de la science, que dans la notion d'influence occulte il y a quelque chose de l'idée moderne de cause. D'un registre à l'autre, on passe par une transformation directe qui est celle, interne, des conditions générales de représentations de la réalité, telle que déterminée elle-même par l'évolution du rapport humain/divin. L'esprit, en résumé, n'est pas libre de ses contenus - ou, du moins, il ne l'est qu'à l'intérieur d'un cercle secrètement délimité par une thématique organisatrice -, il se fait avec eux, et tous deux sont portés/transmués par une économie qui tient au plus profond de l'organisation collective.

 

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