Le peuple légendaire

C’est avec la Révolution française que le peuple surgit — dans la rue et dans les discours politiques. Mais qu’est-ce que le peuple ?

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Le peuple légendaire

C’est avec la Révolution française que le peuple surgit — dans la rue et dans les discours politiques. Mais qu’est-ce que le peuple ? La nation, les masses populaires, la populace ? L’historien Jules Michelet ne dissipe pas les ambiguïtés, mais il exalte une figure idéale, porteuse de fraternité.

par Evelyne Pieiller

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Merve Özaslan. — « Saladshop » (Bar à salades), de la série « Natural act », 2014

www.merveozaslan.com

En 1846, Jules Michelet, titulaire de la chaire d’histoire au Collège de France, connu comme médiéviste, publie un petit livre intitulé Le Peuple. Cet essai contribua fortement à le transformer ultérieurement en icône républicaine, en chantre du « grand récit national » cher à la IIIe République. Il fixa aussi pour longtemps une conception à la fois grandiose et familière du peuple français, entre labeur et insurrection, incarnant une nation exceptionnelle, celle qui a fait surgir l’affirmation de l’égalité entre les hommes.

C’est sans doute la première fois qu’un historien entreprend de décrire, de comprendre, de célébrer la « grande France muette », celle des travailleurs, des obscurs, « depuis longtemps dominée par une petite France, bruyante et remuante ». Mais, si Michelet est alors celui qui le nomme et l’étudie le plus systématiquement, le surgissement du peuple comme héros de l’histoire, caractéristique du grand mouvement romantique dans toute l’Europe, a lieu dans le sillage de la révolution de 1789 et des victoires du « petit caporal » — le surnom de Napoléon Bonaparte —, à la faveur de l’amertume et du bouillonnement politique face à ce qui leur a succédé.

Quand Michelet décide de faire parler « ceux qui n’en sont pas même à savoir s’ils ont un droit au monde », Louis-Philippe est roi des Français, grâce à une très efficace confiscation de la révolution de 1830 et de ses Trois Glorieuses, les « journées de juillet ». Les tenants de la république n’ont pas disparu pour autant. Quant à la question sociale, sur fond de révolution industrielle, elle se pose avec de plus en plus d’acuité, la misère des travailleurs devenant difficile à ignorer. Les deux insurrections (en 1831 et 1834) des canuts de Lyon, déterminés à refuser la baisse de leur salaire, ont marqué les esprits. L’enquête de Louis-René Villermé, Tableau de l’état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie (1840), confirme si bien la violence de (...)

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https://www.monde-diplomatique.fr/2019/03/PIEILLER/59604

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