Que c'est triste l'euro lorsque l'on ne l'aime plus...

À défaut d’une réforme profonde des institutions régentant l’euro qui irait dans le sens de la solidarité, Joseph Stiglitz, ancien économiste en chef de la Banque mondiale, préconise soit une sortie « en douceur »

Une Union à refaire

L’euro, vingt ans après

par Antoine Schwartz

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Ben Zank. – « Road Service » (Service routier), de la série « Alterego », 2015

www.benzank.com

À l’été 2016, l’économiste américain Joseph Stiglitz publiait L’Euro. Comment la monnaie unique menace l’avenir de l’Europe, réquisitoire contre la monnaie unique en circulation dans dix-neuf des vingt-huit pays membres de l’Union européenne. Sa singularité ne tient pas tant à l’analyse des défauts structurels de l’euro (l’application d’une même politique monétariste à des pays aux économies hétérogènes) ni de leurs conséquences (pression à la baisse sur les salaires, faible croissance, chômage, austérité) qu’aux solutions proposées.

À défaut d’une réforme profonde des institutions régentant l’euro qui irait dans le sens de la solidarité, l’auteur, ancien économiste en chef de la Banque mondiale, préconise soit une sortie « en douceur » de l’euro, par un « divorce à l’amiable », soit la mise en place d’un « euro flexible ». Dans cette seconde hypothèse, « des pays (ou groupes de pays) différents pourraient avoir chacun leur propre euro », dont la valeur fluctuerait au sein d’une fourchette commune. L’audience rencontrée par l’essai dans de nombreux pays du continent confirme que la remise en cause de l’euro n’est plus tout à fait un tabou depuis la crise financière de 2008.

Cependant, Stiglitz oublie que la monnaie unique ne relève pas seulement d’un choix de politique économique, susceptible de faire l’objet de décisions collectives rationnelles. Pour ses partisans comme pour ses adversaires, elle est aussi un fétiche politique, symbole de l’Union et pilier de l’intégration. L’euro est une conquête fédéraliste en terre souveraine. On se souvient de la formule de Margaret Thatcher, première ministre britannique, clamant son hostilité au projet : « [L’union économique et monétaire] est le cheval de Troie d’une Europe fédérale, ce que nous refusons absolument et totalement. »

Dans les traités, aucune disposition ne permet de se retirer uniquement de la zone euro. L’État qui le souhaiterait devrait-il recourir à l’article 50 du traité de Lisbonne sur le retrait de l’Union (...)

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https://www.monde-diplomatique.fr/2019/03/SCHWARTZ/59605

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