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Billet de blog 4 oct. 2022

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Denis de Rougement : La guerre a bouleversé la conscience humaine.

Finalité et morale, si l’on se tient à la signification des termes, induisent des approches différentes. La morale infère des règles de conduite, des normes ou la recherche d’un idéal vers lequel tendre.

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https://journals.openedition.org/edl/1872?lang=fr

La guerre, les camps, la bombe ont bouleversé la conscience humaine. De terribles convulsions politiques, économiques et sociales ont brisé toute foi en l’avenir. L’ère du doute paralyse l’esprit. Pourtant, sa vocation d’écrivain lui impose de participer à une réflexion en profondeur sur la place de l’homme dans la société :

  • 9 Note ms. s.d., intitulée « Point de départ », Fonds DdR, BPUN, 54.1.1.

Dans une société humaine de plus en plus unifiée, […] j’écris pour résister à l’entropie, pour renforcer ceux qui voudraient croire à leur vocation individuelle et à leur aventure personnelle9.

Ainsi Les finalités du but. Finalité et morale, si l’on se tient à la signification des termes, induisent des approches différentes. La finalité indique le fait d’avoir un but assigné, soit par une intention humaine ou personnelle, soit par une volonté supérieure, extérieure à soi. La morale infère des règles de conduite, des normes ou la recherche d’un idéal vers lequel tendre. La finalité est le but ultime d’un chemin, tandis que la morale est le cheminement, une longue marche existentielle où se dressent obstacles, difficultés et contingences humaines. La morale pose les repères concrets qui permettent d’atteindre un but, elle vise à éclairer l’homme dans la conduite de la vie. Trop souvent subsiste dans les croyances communes un grand malentendu : celui de confondre moyens et fins. Certaines visées humaines, immédiates et bien réelles, ne sont en réalité que des masques et des prétextes, non des fins en soi, lesquelles sont « invisibles à l’œil nu ».

Dans un entretien qu’il accorda peu de temps avant sa mort, Denis de Rougemont confiait alors que « toute action doit avoir pour fin l’homme, c’est à nous d’inventer l’avenir », évoquant l’œuvre à laquelle il s’était attelé avec patience, voire avec opiniâtreté, La morale du but, justement, autrement nommé – troisième titre de l’œuvre projetée – La politique des finalités11. La politique est du ressort de l’action collective et sociale, de l’implication de l’homme dans la vie de la cité, davantage que de l’acte individuel. Une note témoigne de cet horizon plus large, cette dimension sociale et politique de la morale à laquelle Denis de Rougemont ne veut se soustraire :

  • 12 Feuillet intitulé « Adjonction importante 28 décembre 1977 » (Fonds DdR, BPUN, 54.1.4). C’est Rouge (...)

Il me semble […] que je n’ai parlé que d’une morale personnelle privée. Or la personne ne se réalise, n’existe que dans son actualisation communautaire (ne fût-ce que dans un livre écrit dans la langue d’une communauté). Il faut donc, nécessairement que la Morale du But comporte une morale du citoyen, une éthique politique, des aboutissements (prolongements) sociaux, civiques, politiques12.

Surgit ici une autre notion, celle de « l’éthique politique ». Si l’éthique (science) et la morale (règles)13 sont étymologiquement synonymes et appartiennent au registre des mœurs, elles ne sont pas équivalentes, stricto sensu. La morale, du latin mores, s’inscrit, dès le début du XVIIIe  siècle, dans une histoire culturelle de la modernité et des croyances religieuses et présuppose des convictions sur la distinction entre le bien et le mal, « des conceptions de l’acceptable ou du répréhensible dans les comportements humains »14, d’où l’on déduit des règles de conduite, ou des normes, qui incitent à agir en fonction d’elles en tout temps et en tout lieu. L’éthique, du grec ethos, a une connotation plus réflexive, elle surgit d’un état d’intranquillité, elle induit un questionnement qui précède l’idée de morale avec une visée du bien dans un cadre politique et sociétal, rationnel et raisonnable.

  • 15 L’avenir est notre affaire, p. 204. La « marche à l’étoile » est annonciatrice d’un jour nouveau da (...)
  • 16 Une expression qui eût été un bon titre de livre ; Rougemont y avait pensé comme le suggère une not (...)

15Si Denis de Rougemont s’inscrit sans nul doute dans la lignée des grands moralistes du fait de son appartenance à la tradition protestante, affirmée et revendiquée, en disciple de Kierkegaard et de Karl Barth, il ne saurait cependant restreindre son champ d’analyse et d’action à cette seule dimension religieuse. À preuve, son premier essai, Politique de la personne (1934), le politique n’étant rien d’autre que l’affirmation de la personne dans le monde réel, la possibilité ou le choix d’agir dans le monde et de peser sur lui. Dans cet essai, l’éthique et la morale sont étroitement liées. 

Ainsi, dans La morale du but, l’éthique et le politique ne sauraient être absents, ce sont les deux matrices inhérentes à son engagement intellectuel :

  • 17 Note ms. s.d., Fonds DdR, BPUN, 54.2.1.

Il y a une politique dans ma morale du But.
La politique actuelle est dirigée (justifiée) par des principes absolutisés, des slogans pris pour axiomes, des proverbes, etc. Autant de « règles de conduites » individuelles appliquées à tort et à travers à des États, des nations, des classes, des groupes, des ensembles organisés, etc. […].
Aucun de ces slogans absolutisés ne peut mener à la vraie fin de toute politique juste, qui est de permettre et d’harmoniser le libre développement des vocations personnelles, et dont la condition principale est le maintien de la paix. En revanche, la politique fédéraliste se déduit de cette fin et oblige à réviser tous ces slogans, dans la mesure où ils s’opposent à cette fin et ne peuvent servir que des fins nationalistes qui conduisent à la guerre et à l’oppression des vocations17.

17Enfin, dans son essai magistral sur la conscience amoureuse en Occident, le mythe de la passion et la crise du mariage, le questionnement moral n’est pas absent. Denis de Rougemont y discernait deux morales, l’une héritée de l’orthodoxie religieuse, mais dénaturée et privée de foi vivante, autrement nommée la morale bourgeoise ; l’autre passionnelle et romanesque, inspirée par l’environnement culturel et littéraire. Il demeure que la morale, au sens rougemontien, est d’une part une continuelle adaptation des préceptes religieux à un contexte historique ou politique, structurée autant par des convictions personnelles que par une argumentation, et, d’autre part, dans la lignée de Karl Barth, que l’action de Dieu – la fin, le but ultime – prime sur l’action des hommes – le chemin pour l’atteindre, autrement dit les moyens. C’est le cœur même de sa philosophie personnaliste, de sa vision lucide du monde et de sa présence responsable.

  • 18 Cf. Tapuscrit, ms. corrigé en 1946 (Fonds DdR, BPUN, 54.1.4). Ce titre a été effleuré par Rougemont (...)

18Quel qu’ait pu être le titre final retenu par Denis de Rougemont – La morale du but, Les finalités du but ou La politique des finalités, La fin de la morale18 –, ce manuscrit, inlassablement remis sur le métier, procède d’une intention claire : donner sens, au fil du temps et de ses expériences, au regard d’un monde qui change et des profondes transformations de la condition des hommes dans ce siècle, donner corps à l’engagement de la personne au sein de la communauté humaine.

« Que faire de ma vie ? »

24Son essai débute par une grande question métaphysique : « Que faire de ma vie ? » Il porte sur le destin personnel d’un homme en quête de réponses en « un moment critique d’une ère de transition violente », une après-guerre où tout est à (re)penser de fond en comble, et s’adresse à tout être humain soucieux de « mettre en question le sens et le but de [sa] vie dans ce monde ».

25Cette « ère de transition violente » se manifeste, selon Denis de Rougemont, par différents symptômes : « l’invasion de l’arbitraire » dans la vie sociale, « la désorientation générale des individus », la perte de repères anciens qu’étaient les coutumes et les traditions, l’héritage familial ou le cadre culturel, « les voies d’une religion ou d’une foi efficace », ou encore ces nouvelles formes de dictature que sont les modes, elles-mêmes fabriquées par des opinions publiques capricieuses, sans oublier les décrets administratifs et les ordonnances bureaucratiques qui réglementent la société, signes tangibles de la mainmise de l’État sur la conscience individuelle.

26Tels sont les symptômes visibles du désordre, marqué par la dépersonnalisation de l’homme dépouillé dans ses choix, ou embarqué contre sa volonté par des contraintes extérieures. Les conséquences, par effet de convergence, sont doubles. D’une part ces réalités nouvelles ont tué « le sentiment de notre destination individuelle » et, d’autre part, ont nourri en chacun des hommes le goût de courir « son risque à sa guise », sans lui permettre pour autant d’être sûr de sa vraie destinée ou porteur de certitudes nouvelles et personnelles. L’alternative est brutale, abrupte et implacable : « Trop de liberté ou point du tout ; liberté vide ou liberté absente. Dans les deux cas, l’homme moderne est livré à l’angoisse de l’arbitraire ».

27Nonobstant, Denis de Rougemont ne veut pas parler « contre l’époque », dont il subit fatalement les contingences, ni vanter un passé qui serait meilleur et vers lequel il faudrait se tourner. Il partage la condition de cette infinie diversité des hommes de son siècle. Sa lecture de l’histoire n’est pas réactionnaire. Point d’aspiration nostalgique à revenir aux traditions protectrices du passé et aux rassurants préceptes moraux, appelés eux aussi, pressent-il, à disparaître. Même si les hommes du temps présent ne sont pas seuls à porter la responsabilité des échecs du passé et des dérives de la civilisation, il demeure acquis que le passé « a laissé se former ce présent détestable ». Dès lors, « il n’est jamais vain de voir clair et de comprendre », et « il n’est d’autre critique vraiment profonde d’un siècle que celle qui excite notre désir de l’aider à connaître son risque, à l’assumer, et à le dominer en création qui feront son honneur ».

28Il s’ensuit une réflexion sur la croyance au progrès – cette idéologie héritée du XVIIIe siècle –, à laquelle d’aucuns attribueraient la cause des malheurs de l’époque. Encore convient-il de définir cette notion de manière exacte, à rebours de « l’optimisme des progressistes et [du] scepticisme des réactionnaires », à l’opposé des régimes libéraux et des régimes totalitaires qui, tous deux, ont échoué dans l’édification d’une « humanité réelle ». Voici son hypothèse : « Le vrai progrès ne consisterait-il pas dans l’accroissement du risque humain ? »

  • 22 « Destin du siècle ou destin de l’homme » et Penser avec les mains, p. 245-250.

29Tant la disparition et la destruction des coutumes, des règles et des structures héritées du passé que « l’angoisse de l’arbitraire », qui dictent la démission de l’homme et ouvrent pourtant des chemins neufs, ces réalités engendrent un même péril, doublement inacceptable. L’alternative est simple : entre « l’incertitude insupportable » suscitée par un monde ouvert à la liberté avec sa part de risque, et « la contrainte insupportable » imposée par un monde totalitaire qui asservit l’homme, quelle issue inventer ? « Une idée plus humaine de l’homme, une discipline personnelle ». Telle est sa réponse. Cet axiome n’est pas inédit dans l’œuvre de Denis de Rougemont. Il s’agit de reconquérir et de réaffirmer un destin personnel face au « destin du siècle »22. Mais il ne s’agit plus ici de l’affirmation de la personne, au sens général et philosophique du terme, mais davantage d’une volonté de forger une « morale personnelle », qui s’inscrive directement dans son expérience intime de la vie :

  • 23 Fonds DdR, BPUN, ms., 54.2.2, f. 6.

J’ai l’ambition, dans cet ouvrage, de formuler un principe de conduite, en pleine conscience de l’arbitraire où nous vivons, et tenter d’en surmonter le risque. […] Mais je voudrais, à toutes fins utiles, verser au dossier de l’époque un exemple vécu de recherche et de solution personnelle23

30Non point formuler une ou des vérités générales pour les hommes de son temps, mais « m’expliquer – à moi-même d’abord ».

La recherche du but

31Le récit minutieux de trois incidents militaires éclaire son propos. Curieuses mésaventures, en apparence seulement. Comme tout jeune citoyen suisse, Denis de Rougemont accomplit son service miliaire au cours duquel il apprend le maniement des armes, participe à une discipline collective qu’est la marche, vit enfin les affres de l’échec lors de l’une des marches. Ces trois expériences, apparemment anodines, lui ont permis de poser dans maints domaines la question de la « juste relation des moyens et des fins ». Quelles que soient les circonstances, les difficultés ou les contingences, seul l’appel du but détermine et oriente les ressorts (les moyens) de l’action, seule « la connaissance anticipée du but » insuffle à l’homme, souvent de manière insoupçonnée, la force et le courage, l’effort et l’énergie pour avancer. L’obéissance à certaines règles, préceptes légaux ou codes moraux, ne suffit pas à atteindre le but, et cette observance peut même s’avérer pernicieuse dans la mesure où elle détourne l’homme des « fins dernières ». Lorsque le but n’est pas atteint, alors l’échec s’interpose comme une « obscure sagesse » permettant à l’homme d’être ramené à son point de départ : la recherche du but et du sens des « visées humaines ».

32Quels sont dès lors ces buts ? Peut-on les expliciter, les classer, les hiérarchiser ? L’infinie diversité humaine démultiplie les buts à foison, des plus triviaux et pratiques aux plus abstraits, subversifs ou imaginaires, spirituels ou indescriptibles. Ce qui importe pour Rougemont est d’abord de formuler les buts prochains de l’homme de son temps. Bien des buts, proches ou lointains – et les plus communs – ne sont, après analyse, que des moyens, « des masques et des prétextes » en vue de fins tout humaines : le gain d’argent, l’accumulation de richesse, l’ambition de s’instruire, la réussite professionnelle, les honneurs… Rougemont consacre cependant quelques feuillets à deux thèmes en particulier : le mariage et les idéaux politiques.

  • 24 « Le mariage comme décision », un pari, qui impose à chacun des conjoints une « fidélité observée (...)

33Du premier il retient que, s’il « n’est pas noué pour toute la vie, sans conditions »24, les époux ne trouveront sans doute pas les forces ou la patience protectrice du couple « de ne point le briser ». Du but librement choisi et visé par chacun des conjoints dépendent les conduites humaines. Du second thème, à savoir les régimes politiques, il oppose la puissance des grandes idéologies totalitaires – le nazisme au but millénariste et le marxisme porté par « l’utopie toujours plus lointaine d’une société sans classe » – qui offraient certes en 1939 des buts lointains à la faiblesse des « démocraties opportunistes », lesquelles se contentaient d’une politique à « courte visée ». S’il entérine l’échec définitif du régime hitlérien, à savoir « cette impossible projection vers l’avenir d’un passé largement dépassé », il accorde une rémission, toute provisoire, au régime communiste, porteur d’une utopie, d’une « contagion d’espoirs ». Mais dans un avenir proche, dit-il, ce régime prépare « la catastrophe majeure et la révolution la plus sanglante qu’aura jamais connue l’Histoire », pour la seule raison que le marxisme n’englobe pas le tout de l’homme, c’est-à-dire « une vision de ses fins et des options de base qui sont métaphysiques ». Or celles-ci ne peuvent être du ressort que des seules personnes, non de l’État. Et si les démocraties ont fini par l’emporter, c’est parce qu’elles ont fixé des buts plus grands que ces « utopies nationales et racistes », ou collectivistes. Dans les deux cas, le but lointain ou proche incitera les hommes politiques à agir différemment, à bâtir une « grande politique » qui « serait ordonnée au risque des personnes et de leur liberté ».

34La question demeure invariable : « Quel est le but de [la] vie ? Quel est le sens même de la vie et de mon existence ? » La plupart des hommes, observe Denis de Rougemont, « poursuivent des buts fous, j’entends : imaginaires ou impossibles, inavouables ou démesurés ». Il existe autant de buts qu’il y a d’êtres humains, et rares sont ceux capables de répondre à cette simple question, par « peur d’être responsables », alors que d’autres « n’osent pas s’avouer qu’ils les recherchent », fuient « devant les risques de la liberté, l’angoisse de se sentir une exception » ou se réfugient « dans la raison commune ». Les philosophies déterministes héritées des Lumières portent une lourde responsabilité, en Occident, « du vaste refoulement des valeurs spirituelles ».

35L’un des buts prochains auquel Denis de Rougemont prête une attention particulière, parmi bien d’autres possibles, sont les « buts économiques », l’argent, une préoccupation qui touche de près ou de loin tout homme au cours de sa vie. Sur ce terrain apparemment solide, concret et quantifiable, les « lois économiques », que vient démentir la psychologie humaine ou le surgissement d’une guerre, ces lois n’en gouvernent pas moins le monde et incitent l’immense majorité des hommes, par superstition ou par sottise, à les considérer comme des buts certains, et donc à ne pas remettre en question leur propre existence, en clair, à dénigrer « les buts spirituels au profit des buts mesurables ».

36La science contemporaine ne demeure pas en reste dans ce débat ; ses progrès sont incontestables et ont permis des avancées dans maints domaines, elle est utile, sérieuse, mais l’homme du XXe siècle l’a érigée en méthode, dont les implications sont désastreuses :

  • 25 Fonds DdR, BPUN, ms., 54.2.2, f. 38.

Si nous prenons pour but de réduire le réel aux objets dont les « lois » [scientifiques ou économiques] paraissent nier l’esprit, notre sens spirituel s’atrophie et le monde se vide de significations25.

37Sans doute la science n’est-elle encore qu’au seuil d’une évolution inimaginable et imprévisible. Une seule constante ressurgit avec force :

  • 26 Fonds DdR, BPUN, ms., 54.2.2, f. 39.

[…] la responsabilité de l’homme […] Homme est ce qui, dans le cosmos, ne cesse et ne cessera jamais d’entendre des appels, [...] d’y répondre, ou de refuser d’y répondre ; ne cessera donc jamais de viser des buts au-delà de son état présent26.

  • 27 « La grandeur, l’importance de chacune de nos vies, la dignité que nous attribuons à nos actions, [ (...)

38Dès lors, la vraie valeur de l’homme ne s’apprécie que par ce que valent ses buts, se mesure à la grandeur des fins qu’il attache à sa vie personnelle27, voilà une première ébauche à la question première. Une autre interrogation demeure en suspens : où allons-nous ? Tous les buts invisibles et lointains énoncés par Denis de Rougemont, qu’ils soient spéculatifs, mystiques, religieux, imaginaires ou politiques, nous ramènent toujours au même point, au but ultime : nous-même.

  • 28 Fonds DdR, BPUN, ms., 54.2.2, f. 41.

Un seul but peut être absolu : celui qui est au-delà de l’homme […], au-delà de la fin des temps, dans l’Éternel présent et agissant28.

39Tout ce qui témoigne de notre identité profonde et réelle dans ce monde : « le Transcendant » qui, Lui seul, détermine notre conduite, notre morale, le véritable point de départ de nos actes.

  • 29 En réalité, la devise jésuite était Ad maiorem Dei gloriam (« pour une plus grande gloire de Dieu » (...)

40Le but détermine ainsi les moyens, les crée et les qualifie. L’adage, faussement attribué à Machiavel, pratiqué par les jésuites29 pour légitimer leurs crimes politiques, qui a attisé tous les fanatismes politiques du XXe siècle, et contre lequel la croyance commune s’indigne, se heurte à trois erreurs aisément repérables : l’incompréhension, l’hypocrisie (la volonté de ne considérer que les « valeurs éternelles » pour justifier et légitimer la fin) et le dénigrement au nom de la loi divine, supérieure à toutes les autres. Ce qui justifie les moyens ne peut être que « la fin des fins ». C’est de ce point qu’il faut concevoir et bâtir les conduites humaines, ordonner notre existence. Un autre adage courant, lui aussi contesté par la tradition et les vérités scientifiques, vient en soutien à cette quête : commencer par le commencement, autrement dit, se fonder sur « l’expérience humaine par excellence : la création ». Denis de Rougemont en tire une conclusion en trois traits : la fin justifie les moyens s’ils concourent à une fin juste ; « une fin sans justice ne peut rien justifier » ; enfin, « le jugement de bien ou de mal ne peut s’exercer sur les moyens qu’à partir des fins qui le dictent ». S’agissant de dissocier le bien du mal, les morales courantes, inculquées à l’individu par des traditions ancestrales, jugent parfois de manière hasardeuse ou trompeuse, soit au nom de certains principes immuables ou de valeurs éternelles, soit au nom de la « conscience morale » ou de la religion.

  • 30 « […] en matière morale, que de sujets sur lesquels, hélas ! la Bible reste muette ! Quel maigre en (...)

41Pas plus l’Évangile n’a-t-il dicté des codes de conduite à ses fidèles, ni énuméré les méthodes et les vertus qui amèneraient le croyant à agir justement, ni prescrit la manière détaillée dont il devrait vivre ; il a dévoilé à l’homme un but ultime et invisible qui, seul, peut inspirer et conduire ses actions. Au risque de scandaliser les chrétiens, Rougemont affirme haut et fort que « l’Évangile n’est pas une morale, [qu’il] ne s’intéresse pas à la morale ; qu’il n’en donne point ». Fi donc d’une morale chrétienne inspirée par la crainte de Dieu, réglementée par la tradition, l’éducation et les lois civiles ou les rites d’une communauté donnée. Sur ce point, Denis de Rougemont rejoint l’analyse de son maître en théologie, Karl Barth30.

42Si la distinction du bien et du mal définie par rapport au seul but de l’homme, à savoir le « Transcendant », a été tranchée, la question demeure irrésolue par rapport aux normes communautaires, où des réalités antinomiques, d’ordres divers, surgissent, et impliquent des choix, des attitudes permettant d’atteindre ce but. Ici la morale individuelle s’oppose à la morale collective. Toutes deux sont légitimes, valables, et l’une ne saurait être sacrifiée sans que l’autre n’en souffre gravement. La première est « luxe créateur », la seconde « nécessité conservatrice ». D’où ce conflit permanent entre deux ordres de réalité inhérents à notre condition humaine :

  • 31 Fonds DdR, BPUN, ms., 54.2.2, f. 56.

Seul versus ensemble ; anarchie versus coutumes ; hic et nunc versus ubique et semper ; foi versus religion ; inspiration versus rite ; grâce versus loi ; personne versus individu ; violence [créatrice] versus sagesse , etc.31.

  • 32 Rougemont a souvent utilisé l’expression de « désordre établi » pour marquer sa volonté de rompre a (...)

43La morale sociale appartient à ce que Rougemont nomme les « règles du jeu », certes nécessaires au maintien d’une communauté humaine, à l’ordre politique, mais celles-ci comportent un danger : l’abandon de toute liberté et de toute cohérence personnelles. Prendre pour but de se conformer aux seules conventions sociales, à l’ordre établi au sein d’une communauté32 ou aux règles imposées par un groupe, c’est renoncer à soi-même.

  • 33 Rougemont cite de mémoire. La formulation exacte et complète est : « Agis de telle sorte que tu tra (...)

44La réponse de Kant, dans ses Fondements de la métaphysique des mœurs – « agis dans chaque cas, comme si tout homme devait agir comme toi »33 – ne saurait convenir pleinement à Denis de Rougemont. S’il adhère à la morale kantienne qui rend l’individu responsable envers l’humanité, « il a tort, dit-il, quant à la personne, qui est responsable devant Dieu et devant toute l’humanité de faire autre chose que tout le monde ». La personne seule doit se rendre responsable de ses actes, elle seule peut découvrir son but, trouver son chemin et l’assumer réellement, « pour les autres et malgré eux ».

Morale du but et vocation

  • 34 Cf. K. Barth, « La vocation de l’homme », p. 123 ss. L’on discerne ici une proximité de pensée entr (...)

45Dès lors, La morale du but ne saurait être qu’une morale personnelle, même si elle implique de manière inévitable des conséquences communautaires. Elle découle d’une vocation, thème récurrent dans tous les essais de Denis de Rougemont. La troisième partie du livre tente d’en explorer le sens profond, la manière dont tout homme la découvre ou l’invente, les effets et les conséquences qu’elle produit, les risques que cet appel provoque. L’intérêt de cette partie du livre est double, et formidablement inédite : d’une part, c’est la première fois dans le parcours intellectuel ou philosophique de Denis de Rougemont que le « phénomène » de la vocation, que ses maîtres à penser, Kierkegaard et Karl Barth, ont peu évoqué dans leurs écrits, ou du moins défini que dans la seule perspective chrétienne, est posé de manière aussi dense34 ; d’autre part, cette notion constitue la pierre angulaire de sa Weltanschauung, de la condition humaine dans le monde moderne. Par ailleurs, elle détermine sa quête intime et personnelle du but ultime, et donne sens à la question initiale : « Que faire de ma vie ? »

  • 35 Le mot se connote d’une signification double. Un sens laïque, en tant qu’il désigne une inclination (...)

46« Vocation »35, du latin vocare, signifie appel. Et « tout appel signale un but, oriente vers lui, ou le désigne ». La manifestation de cette vocation peut prendre des formes différentes : vision, rêve, révélation, elle peut mûrir avec le temps, surgir au gré d’une expérience singulière ou, au contraire, être contrariée et même refoulée à jamais. La vocation n’est pas « la voix de la nature », elle ne procède pas d’un choix rationnel et conscient. Rougemont cite quelques exemples d’hommes véritablement « appelés » (François d’Assise, T. E. Lawrence, Calvin) à devenir ce à quoi ils n’étaient pas destinés « par nature » et qui, soudain, se reconnaissent comme des êtres « sans précédent », littéralement transformés. Aux yeux d’autrui, la vocation est « incommunicable et donc invraisemblable ». L’homme qui a le courage de voir et d’accepter cet appel se distingue dès lors des autres, il devient unique, pleinement lui-même. La vocation n’oriente activement chaque être humain vers le but qu’à la condition qu’il réponde à cet appel par « un acte de dédicace », autrement formulé une « déclaration du but » qui, seule, « fournit un critère de jugement pour tous les actes de celui qui l’énonce ». Or il est autant de buts qu’il existe d’hommes différents. Les actes qui en découlent « doivent être jugés d’abord en connaissance du but », partant de soi et non au regard des morales courantes ou des coutumes en vigueur, car chaque homme « est seul à connaître son but ». Lui seul peut juger un acte bon ou mauvais en vue de la fin qui est la sienne.

47Un autre aspect de la vocation est la relation que chaque homme entretient avec une communauté, de quelque grandeur ou nature qu’elle soit (le couple, le petit groupe, etc.). La multiplicité des buts humains peut engendrer l’anarchie, mais cet écueil s’évanouit dès lors que l’homme s’oriente vers le but dernier, contenu dans la formule décisive :

  • 36 Fonds DdR, BPUN, ms., 54.2.2, f. 73.

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu » – c’est le But, – « et ton prochain comme toi-même » – c’est la Communauté, fondée sur la personne36.

48La vocation relie des personnes libres et responsables, non des individus isolés et embrigadés dans les masses. Dans un monde où les doctrines politiques gouvernent la réalité collective et détournent de manière puissante l’homme de sa vocation première – être soi, totalement –, Rougemont rappelle que toute action sociale, lors même qu’elle peut s’avérer « morale » et fructueuse pour la société, ne peut être fondée que sur « la personne, son éducation et sa sauvegarde ».

  • 37 « Personne et vocation ne sont point séparables. Et toutes deux ne sont possibles que dans cet acte (...)
  • 38 La table des matières provisoire de La morale du but indique clairement que « la définition de la P (...)

49La vocation indissolublement liée à la personne37, notion clé dans l’œuvre de Denis de Rougemont, est énoncée dès son premier essai. Les quelques feuillets de La morale du but consacrés à sa définition de la personne38 insistent toutefois sur l’idée que la vocation « ne peut être accueillie que par la personne même, qu’elle fait naître en l’appelant », autrement dit que la personne n’existe réellement que par l’appel impérieux et transcendant qu’elle reçoit, qu’elle n’existe qu’en acte, marquant ainsi son opposition aux philosophies rationalistes ou matérialistes.

50Le chemin qui mène au but est dès lors « absolument vierge » puisque toute vocation est, par définition et par nature, unique, personnelle. D’où cette autre question : la vocation est-elle le fruit d’une découverte ou d’une invention ? Philosophiquement, de nombreux auteurs, de Kant à John Rawls, ont marqué la différence entre ces deux notions, notamment dans le domaine de la science qui la distingue des autres activités humaines, la découverte étant la mise en lumière de quelque chose qui existe, l’invention, la création d’une chose ou d’une pensée qui n’existait pas auparavant. « La vocation étant l’appel du but », l’homme ne peut y répondre que par une décision. La vocation ne peut être qu’une invention sans précédent, et induit, au cours de la marche vers le but, de nombreux risques : l’égarement – c’est-à-dire « l’erreur sur les voies et les moyens » –, l’épuisement – ou le doute, une « forme de fatigue spirituelle » –, la paresse d’esprit et la lâcheté, qui sont autant de faiblesses inhérentes à notre humaine condition, et ces obstacles s’avèrent d’autant plus réels et même nécessaires que le but est grand et lointain. Impossible, par avance, de vérifier si le chemin choisi mène au but. Seule la foi, définie comme « substance des choses espérées » par saint Paul (Épitre aux Hébreux, 11.1), permet à l’homme, dans son infinie solitude, de surmonter toutes les épreuves qui surgissent sur son chemin. Denis de Rougemont se réfère explicitement aux épîtres de saint Paul qui distinguait les trois stades de l’existence humaine, ainsi résumée :

  • 39 Fonds DdR, BPUN, ms., 54.2.2, f. 86.

L’homme qui vivait sans loi, dans l’arbitraire ; l’homme qui vit sous la Loi, dans la contrainte ; l’homme qui vivra par la grâce et la foi, dans la liberté39.

51Le premier stade évoqué dans les textes pauliniens évoque un monde régi par la tyrannie ; le deuxième stade, un monde régenté par les morales ambiantes, les règles coutumières, les modes ou les « élans passionnels déclenchés par l’État » ; le troisième, enfin, ce monde neuf et vivant d’une vocation reçue et obéie.

  • 40 C’est l’une des huit vertus décrite dans ses « Éléments d’une morale de la pensée » : « le style d’ (...)

52Sans tomber dans un idéalisme que d’aucuns lui reprocheraient à coup sûr, Denis de Rougemont croit « au pouvoir de l’imagination », aux facultés créatrices de l’homme qui, avec la foi, sont porteuses d’une vision lointaine. Pour rejoindre un but, il importe que la vocation confère à l’homme une manière d’être, c’est-dire un « style de vie »40, qui est « l’une des marques distinctes de la personne en exercice ». Le « style de vie » est une « pesée constante » de cette lutte que la personne doit mener contre les coutumes et les lois existantes. La personne, du fait de sa vocation qui la distingue et l’isole de tous, est inexorablement confrontée à un fatras d’obstacles de tous ordres, matériels, institutionnels, sociaux et politiques, voire psychologiques. Ainsi par exemple celui de l’égalitarisme, une « obsession » commune aux régimes démocratiques et aux systèmes totalitaires, en tant que cette hantise est un barrage à l’affirmation des vocations, une forme d’intolérance à l’égard de la différence :

  • 41 Fonds DdR, BPUN, ms., 54.2.2, f. 92.

Égaliser, centraliser, [unifier], telles sont [les] devises [du XXe siècle] : or ce sont celles de la paresse intellectuelle, de la débilité de l’imagination, et du mépris de la personne41.

53À ces « [adversaires] de l’humanité », Denis de Rougemont répond : « liberté et fédération ». Enfin, dernier danger qui guette l’époque, le « refoulement systématique des vocations », à moins que l’homme ne libère les énergies suscitées par le but qu’il a vu ou imaginé, et ne se mette en marche qu’avec « le sentiment d’une liberté enfin réelle et orientée ».

  • 42 Quatorzième petit chapitre de La morale du but, publié in F. Saint-Ouen (éd.), L’Europe de Denis de (...)
  • 43 Mission ou démission de la Suisse, p. 92.
  • 44 « La vraie défense contre l’esprit totalitaire », p. 425.

54La liberté42 devient dès lors le maître-mot pour franchir les obstacles. Tout homme détient cette faculté de choisir librement ses fins, de les accepter, de les réaliser et d’y conformer ses moyens. Mais soudain terrorisé par l’idée d’exercer pleinement cette liberté, c’est-à-dire de manière responsable, l’individu invente des « lois » et des coutumes qui, littéralement, l’empêchent de choisir librement son destin, préférant le confort d’une existence mutilée et routinière, imposée par la bien-pensance. « Il n’y a de loi que là où l’homme renonce à se manifester selon sa vocation personnelle », écrivait-il ailleurs43. Or, l’appel du but précipite l’homme « dans le vif d’un drame bien noué », et l’oblige, contre son gré, ses goûts ou ses inclinations naturelles, à choisir une liberté nouvelle qui seule permet l’exercice de sa vocation. De nombreuses libertés se heurtent au monde réel ; ainsi de la « liberté civique », qui « n’est pas de celles que l’État puisse jamais proposer », ou de la « liberté sociale » (l’ensemble des libertés individuelles). Si ces libertés ne proviennent pas de la personne même, l’État les dictera à l’ensemble du corps social. Cette mécanique est connue, elle engendre l’État totalitaire que Denis de Rougemont dénonce sans fatigue depuis longtemps, reprenant ici une formule énoncée ailleurs : « Là où l’homme veut être total, l’État ne sera jamais totalitaire »44.

55L’éducation est l’une des solutions possibles, souhaitables, pour remédier aux entraves qui pèsent sur l’élan individuel vers l’exercice de la vocation. Loin d’être limitée à la seule activité de transmission et d’inculcation des connaissances et des « règles du jeu », une tâche qui demeure malgré tout indispensable au maintien d’un contrat social minimal, l’éducation doit dans le même temps inspirer un élan original : « le courage d’aller au-delà », de rompre avec certains codes moraux, préjugés, modes de penser, « vérités reçues », etc. Telle est la liberté de l’homme, de conduire sa vie selon un rythme personnel, un « style de vie » qui suppose une « maîtrise de soi en souplesse » en vue d’un but « ambitionné ». Là encore, l’exercice de la liberté personnelle se heurte aux jugements moraux d’autrui, ceux-là mêmes dictés par la morale chrétienne, la morale bourgeoise ou « la morale du temps ». Denis de Rougemont reprend à son compte, comme souvent, des versets bibliques pour résoudre cette épineuse question : « Ne jugez point », tel est le commandement. Or, il est dans la nature humaine de juger de tout, en dépit de tout. Les répliques de Denis de Rougemont sont alors cinglantes : tout jugement moral sur le prochain est « par essence non-chrétien », car ne mérite l’adjectif chrétien que ce qui « relève de la foi seule, toujours liée au doute » ; tout jugement moral relève « d’une vision faussée », car nul ne peut connaître le but d’autrui, discrédite le prochain, excite la jalousie ; enfin, tout jugement relève de l’anxiété, fruit d’une mauvaise conscience qui se manifeste, entre autres caractères ou attitudes, par la méchanceté, l’aigreur ou la sottise, l’ignorance ou le fanatisme. Il en est de même pour toute autre forme de jugement, sur le plan théologique, politique ou intellectuel. La seule question qui vaille, pour Rougemont, est le but visé. Au reproche de relativisme que d’aucuns lui adresseraient, il répond sèchement : « Essayez de vous juger vous-même au nom du but que vous servez ».

56Le dernier petit chapitre qui clôt La morale du but, « Pour un seul », appelle à une morale personnelle afin de répondre en conscience aux tourments de notre époque, un défi auquel l’homme n’a jusqu’ici pas été confronté au cours de l’histoire. Tous les problèmes de notre temps n’auront jamais été aussi complexes, et toutes les réponses n’auront jamais été aussi vaines, sinon dérisoires au regard des dangers mortels qu’encourt l’humanité. Or, dit-il, « entre le drame de la personne et le destin mécanique du siècle, si étroitement liés, si étrangement complices, je n’ai plus trouvé place pour les morales anciennes, ni pour une morale renouvelée qui s’organiserait en système de valeurs, de vertus, de jugements sur les moyens en soi ». Loin de vouloir imposer une morale à autrui, il appartient à l’homme, en lui-même, de chercher et de trouver une orientation personnelle à sa vie, que résume le terme de vocation.

Conclusion

  • 45 « Pour une morale de la vocation », p. 29.

57Aussi inachevé qu’il soit, cet essai n’en révèle pas moins les concepts clés de la pensée de Denis de Rougemont, des liens étroits avec d’autres œuvres publiées de son vivant. Mais surtout une pensée toujours en mouvement, jusqu’au dernier instant, forgée par une conviction inébranlable dans sa mission d’écrivain et de penseur, soucieux d’interroger et d’instruire – au sens étymologique de ce terme, soit « former l’esprit » – les hommes de son temps. Une « morale de la vocation », non point une morale générale du genre humain, mais un chemin sans précédent qui conduise chacun des hommes, de manière libre et responsable, à la source d’un but librement choisi et accepté. La morale du but répond-elle à sa question : « Que faire de ma vie ? » Sa vocation d’écrivain, de son propre aveu, a consisté davantage à « poser des questions qu’à tenter d’imposer des réponses : à poser avant tout, en temps et hors du temps, la Question, celle du Sens, celle du But »45.

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