Hommage à Danielle Darrieux (texte de Linden Blossom https://www.youtube.com/watch?v=

J'ai eu la grande joie de remettre en main propre à Danielle Darrieux en 2011 dans le cadre de l'émission radiophonique le fou du roi https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Fou_du_roi_(radio), une critique du film Madame de ... de Max Ophüls.Je vous l'offre en hommage à cette actrice que j'avais découvert, en tant que chanteuse à l'âge de 4 ans dans le film Premier rendez-vous de Henri Decoin

CE BILLET EST UN BILLET DE LINDEN BLOSSOM AVEC LAQUELLE JE TRAVAILLE A 4 MAINS EN ATTENDANT LA RESTAURATION DE SON BLOG

smile

«  Je  ne vous aime pas…Je ne vous aime pas… »

 

 

 

 

 

 

 

Je  m’appelle  Madame  De…

 

                                        Et  le vent emporta  ses  paroles…

 

 

         S’il ne  devait rester qu’un moment,  dans  l’histoire du cinéma, pour moi  il  aurait ce bruissement. Cette  légèreté. Cette  sorte de musique si  particulière. Qu’on reconnaît  entre  toute.

  Parce qu’elle dit  tout d’un être. Parce  qu’elle  est, sur la cime de l’instant,  fructuation d’âme.

 

Ce moment a eu le visage de Danielle  Darrieux.

 

Parler  de  Mademoiselle  Darrieux  relève  du  défi. Comment  écrire sur celle  qui  me  semble  par essence  même « insaisissable » ?

 

 Il faudrait tout le génie de Vladimir  Jankélévitch   pour après lui  se plier à cet exercice.

 Et là, ce « Presque rien, ce je ne sais quoi, » qui  constitue le charme  n’a plus de secrets, si ce n’est qu’IL  EST  le secret des secrets.

 

Plus humblement, je ne peux que rappeler ces vers de  Dante qui  confie son découragement à  s’engager dans ce qui lui semblait une entreprise des plus périlleuses.

 

«   Il  me parut  avoir  envisagé un matériau trop  noble pour moi,  si bien que je n’osai  commencer. »

 

Mais le désir l’a emporté…Quoi de plus  irrésistible que le flux  du désir ? 

Comme  les paroles de Madame  De.

 

Aucun autre visage  n’aurait pu incarner » Madame De… ». Tant il s’est tenu au plus près du rôle.

 

Oui. Aucun.

 

Madame  De…Qu’est-ce ?  Une  de  ces éternelles  histoires  d’amour ?

Ou bien, me  direz-vous,  tout simplement une histoire  de boucles d’oreilles ? Un peu des deux. Certes.

 

 Comme  elles, elle  en  a  toutes les  effervescences, toutes les inconsciences, toutes les fièvres.

 Comme  elles  aussi  toutes les tortures.

Mais  alors ?  D’où nous  vient  ce charme  ascensionnel ?

 

 

Certes  Madame  De. N’est  pas  Phèdre.

 Non.

Jamais les  aveux  « Je le  vis.  Je  rougis.  Je  pâlis. » ne  s’échapperaient  de la bouche de  Madame De.

 Non.

 

Madame De n’est  plus dans la toute première  jeunesse. Elle   a  connu déjà une longue  histoire conjugale. Et  certainement des aventures.

 Alors, elle connaît  l’amour. C’est  toujours  pareil.  C’est simple.

 Et  puis  elle  sort  beaucoup.  Elle a du  succès.

 

 Et même  auprès  des jeunes gens.  Ils  ont du charme, certes.

 

 Mais un charme qui a ses limites. Elle en a mille fois fait le tour.

 

 

Somme  toute, elle  vit dans un perpétuel  tourbillon. C’est le monde du plaisir. Champagne et paillettes  scintillent  et  glissent SUR les valses de Vienne.

 Jamais ENTRE.

 

 Elle est dans  l’artifice.

 Jamais  Madame  De  ne s’est  frôlée. Les  rares  fois  où  elle  s’est  avancée, elle a cru  sentir… Comme  un  abîme. Alors…

 

Vite, elle est  remontée à la surface.

 

 Parmi les bulles irisées.

 

Madame De  ou l’art de   l’esquive. Elle  se tient sur le bord de fuite.

 

Son époux, le général De. lui, est bien dans le réel. Sa  lucidité lui  vaut des sursauts. D’inquiétude :

 

«  Je  voudrai  tant  que  le  bien-être ne  devienne pas une torture ! »

 

Le monde pour lui n’est  qu’un vaste champ de bataille.

 

Mars le gouverne. Il connaît (ou croit connaître) l’art de la guerre.

 

Lorsqu’il s’annonce, c’est dans l’éclat métallique des armes.

 Mais il a le bon goût de laisser sur le seuil le nuage de poussières qu’il traîne  derrière son  char.

 

Alors… Il comble les blancs.

A coups  de  diamants…Tout doit être  lisse. C’est-à-dire  scintillant. On est dans le monde du « fair-play ».

 

Sa  devise : »To fight  or to fly «.

 

 Or  donc, elle est  heureuse. Rien  ne lui manque.

 

Rien.

 Sauf l’essentiel. C’est-à-dire  elle-même.

 

Voilà  l’histoire.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.