22 février 2017 https://www.youtube.com/watch?v=mwvnnDg et après...

II – Le commentaire de Chantal Evano "Il est nécessaire que s'expriment plusieurs opinions et plusieurs orientations dans la ligne éditoriale..." vous êtes-vous dit. (source : https://blogs.mediapart.fr/edition/camedia/article/170717/mediapart-journal-dopinion)

II – Le commentaire de Chantal Evano

"Il est nécessaire que s'expriment plusieurs opinions et plusieurs orientations dans la ligne éditoriale..." vous êtes-vous dit. C'est en effet quand Médiapart devient le journal d'une seule opinion qu'il manque à sa promesse d'investigation, d'information et de débat. L'idéal affirmé du journal est de présenter des faits vérifiés et de favoriser la richesse de la réflexion, ce qui suppose donner place à la pluralité des points de vue. Le journal s'éloigne clairement de cet objectif sur certains sujets : par exemple, lorsqu'il soutient exclusivement la conception dite "ouverte" de la laïcité, ou lorsqu'il relaie la propagande de ceux qui dénoncent "l'islamophobie" sans donner la parole à ceux qui se battent contre la tyrannie islamiste. Personnellement, c'est pour son traitement de tels sujets que j'ai envisagé de me désabonner.

Si je persiste à lire et à soutenir le journal, ce n'est pas pour ses choix idéologiques – je ne tiens pas à ce qu'on me dise que penser. C'est pour la qualité de l'information et de l'investigation sur la plupart des sujets. C'est aussi pour l'espace qu'il ouvre à la discussion, en dépit de ses choix idéologiques. Bien entendu, la rédaction contrôle de près cet espace, par le jeu de la mise en valeur et de la mise aux oubliettes. Pourtant, les abonnés peuvent nouer des compagnonnages, soulever des lièvres, faire connaître la richesse des alternatives avec leurs propres voix et ainsi donner forme à un espace commun hétérogène, pour l'élaboration politique et culturelle. Ce n'est pas rien, l'existence d'un lieu où exercer "la pratique du débat en tant que moyen de parvenir à un usage collectif et égalitaire de la raison", pratique indispensable pour faire émerger "une société politique digne de ce nom, une société composée d'individus égaux, respectueux les uns des autres et exerçant souverainement la liberté de parole" selon les formules d'Akira Mizubayashi dans son superbe Petit éloge de l'errance.

Et si le débat n'est pas toujours à la hauteur de telles ambitions, ce n'est pas seulement le fait de la rédaction du journal. C'est aussi que beaucoup de lecteurs préfèrent s'en prendre tout à trac de manière affective, voire outrageante, à ceux qui ne pensent pas comme eux. Le conformisme majoritaire se nourrit de l'ignorance de la culture délibérative.

Permettez-moi de vous indiquer en quoi je ne suis pas convaincue par votre raisonnement sur la nature profonde de Médiapart à partir du traitement que le journal a réservé à la France Insoumise. Je résume ce raisonnement, en espérant ne pas le fausser. J'y perçois un couple de syllogismes, l'un pour l'énoncé de la thèse (1-2-3), l'autre pour celui de la preuve (A-B-C) :

La thèse : 1 – Médiapart a pour spécificité la critique intransigeante du système oligarchique. 2 – Or, Médiapart a besoin pour exister du système oligarchique. 3 – Donc il ne le combat qu'en apparence et en est un allié objectif.

La preuve : A – La seule alternative réelle au système oligarchique est proposée par la France Insoumise. B – Or, Médiapart maltraite la France Insoumise. C – C'est la preuve que Médiapart est un allié du système oligarchique, et que la France insoumise doit le combattre.

Le premier syllogisme pourrait être transposé à n'importe quelle structure ou individu combattants : du moment que Karl Marx / Noam Chomski / Les Insoumis / Simone Weil, combattent le système capitaliste / impérialiste/ oligarchique/ patriarcal, ils perdraient leur raison d'être/ leur gagne-pain / leurs sièges / leur audience, si le système disparaissait. Tous traitres, au fond.

Dans le deuxième syllogisme, la prémisse majeure est invalidée par la confrontation au réel. La France Insoumise n'offre pas, dans les faits, la seule alternative au système oligarchique, même si elle réclame cette exclusivité.

Jacques Rancière, dans En quel temps vivons-nous? rappelle que "le plus grand malheur d'une pensée, c'est quand rien ne lui résiste", et il pose autrement les questions de l'émancipation.

"L'invention hic et nunc de formes du commun en écart par rapport aux formes dominantes reste aujourd'hui le coeur des pratiques et des idées d'émancipation. Et l'émancipation, hier comme aujourd'hui, est une manière de vivre dans le monde de l'ennemi dans la position ambiguë de celui qui combat l'ordre dominant mais est aussi capable d'y construire des lieux à part où il échappe à sa loi."

La culture du consensus crée les déserts de la pensée soumise y compris au sein d'associations qui se réclament de l'émancipation. C'est pourquoi il est vital de susciter, confronter, relier entre elles les oasis où s'élaborent les écarts, plutôt que les clore en forteresses ennemies. Pour l'heure, je considère Médiapart comme un de ces lieux à part – dans la mesure où sa rédaction et ses lecteurs refusent d'en faire un journal d'opinion. (source : https://blogs.mediapart.fr/edition/camedia/article/170717/mediapart-journal-dopinion)

 

Vivre est un village pratique une charte...

Myriam Illouz, intitulé « L’Homme du XXIe siècle serait-il devenu un monstre ? », et qui décrit les symptômes de l’homme « hypermoderne » : individualiste, désengagé, ne vivant qu’au présent, exhibant sans cesse sa vie virtuelle, une vie vidée de sens.

Extrait pages 183- 184

Seul le présent importe puisque lui seul peut être investi par le sujet crédule. Il y a donc un mouvement de centrage sur le présent par la perte de foi envers le futur. Perte de foi religieuse et perte de la foi, communément partagées par la modernité du XIXe siècle, dans le progrès de la science et plus particulièrement des sciences de l'homme. Seul le présent a du sens? Ce que le sociologue Michel Maffesoli nomme le "présentéisme" : "L'existence n'étant, en quelque sorte, qu'une suite d'instants éternels qu'il convient de vivre, au mieux, ici et maintenant." C'est le no future des années 1970 et des Sex Pistols, célèbre groupe punk, qui a connu d'ailleurs un succès retentissant dans nos pays occidentaux et a m^me donné naissance à la no future attitude.

L'homme hypermoderne ne croyant plus en rien, ne crois qu'en lui. Non pas en l'homme, mais en sa seule personne.

Cette croyance exclusive en lui a rendu impossible la référence aux aînés, à un savoir extérieur à soi. Il n'est plus question de reconnaître une autorité, et encore moins de s'y référer. C'est le constat que font avec cruauté les enseignants, les éducateurs ou toute personne sommée d'instruire, de guider, d'être à une place que la psychanalyse nomme transférentielle. Brièvement, le transfert désigne un mouvement, un transport, qui chez Freud représente le lien qui s'instaure entre le patient et son analyste par le transport, la transposition par déplacement des affects, les sentiments du sujet avec les premières figures de sa vie, le plus fréquemment ses parents. A la suite de Freud, Lacan a élargi et spécifié cette fonction au "sujet supposé savoir", le psychanalyste dans la cure, mais aussi bine sûr à tous ceux "supposés savoir" et plus largement encore au savoir lui-même.

Cette difficulté à transférer, à supposer un savoir à un autre que soi, traduit une crise  inédite de notre civilisation postmoderne. Cette absence de référence à un passé duquel l'homme de l'hyoermodernité est absent. Les enseignants ont certainement tous déjà entendu leurs élèves leur dire "j'sais pas, j'y étais pas". Autrement dit, seule une temporalité de  la présence et du présent s'offre comme champ possible d'approbation du savoir.

ça limite les choses !

 

Extrait page 203-204

L'homme hypermoderne emmuré dans son vide existentiel a évacué l'autre du lien. Or toutes ces nouvelles thérapies abandonnent le consommateur à ses seules consommation en tout genre, et les thérapies (médicamenteuse ou non) abandonnent le patient à sa solitude ultime en ne proposant que l'analyse ou la rééducation de son comportement. Ces méthodes ont tout de la non-rencontre à l'autre, propres à l'homme@. Aucune d'elles n'interroge ce qui constitue le socle même de l'humain, son rapport à lui-même par le médium du lien à l'autre. Aucune de ces méthodes ne permet à l'homme de retrouver son statut de sujet.

La psychanalyse est un traitement de l'homme par un autre homme, ayant comme fondement, comme pierre angulaire de toute cure, le transfert. Bien souvent, l'homme hypermoderne fait  l'expérience du vide et de sa chute avec pour la première fois "un filet", de l'expression d'une analysante, un fil...du patient à l'analyse, qui permet enfin dans le lien d'avoir un lien à soi, à soi-même et de sortir du virtuel à la souffrance pourtant bien véritable.

Seule la cure analytique propose de faire cette expérience inédite de la relation avec un autre que soi pour advenir à soi-même. Le monstre hypermoderne pourra remplir ce "vide sidéral" de la seule manière capable de la border : la parole . Seul l'accès à cette parole  permettra à  la jouissance de trouver une butée pour transformer le tragique de sa répétition en ordinaire vivant.

Et les cures actuelles ont ceci de particulier qu'elles obligent l'analyste à être plus qu'une main tendue de l'autre côté de la rive. Elles permettent doucement à l’analysant de repérer qu'une autre main que la sienne puisse exister...

Myriam Illouz

Michel Onfray (dir.), Le canari du nazi. Essais sur la monstruosité, Paris, Éditions Autrement, coll. « Universités populaires & Cie », 2013, 235 p., ISBN : 9782746734111.

La deuxième partie de l’ouvrage prend fin par l’article de la psychanalyste Myriam Illouz, intitulé « L’Homme du XXIe siècle serait-il devenu un monstre ? », et qui décrit les symptômes de l’homme « hypermoderne » : individualiste, désengagé, ne vivant qu’au présent, exhibant sans cesse sa vie virtuelle, une vie vidée de sens. L’auteur constate avec amertume l’abandon progressif de la psychanalyse au profit de thérapies purement individuelles, qui « abandonnent le patient à sa solitude ultime » (p. 171), au lieu de l’aider à mieux se comprendre au travers de sa relation à l’autre.

  • 29/07/2017 22:10
  • Par cham'

Malheureusement je suis d'accord avec votre article. 

Il y a juste un aspect sur lequel mon avis difère. Le côté psychologique. 

Je ne pense pas que le recours aux thérapies modernes soient un problème du fait d'isoler l'individu et ne le relient pas dans sa relation à l'autre.

Je pense que le problème du recours aux thérapies modernes, et en particulier tout le new age (reiki, magnétisme, énergétique, kinésio etc...) est devenue une sorte de solution de facilité pour soulager et avoir l'impression de bosser sur soi, alors que pour moi, la vrai problématique profonde de l'être, du Moi, se trouve toujours dans notre lien au parent : papa et maman. Hors ces thérapies ne font que très rarement ce lien. La psychanalyse a beau parfois être longue et difficile, elle avait a mon sens le mérite de ne pas fermer les yeux sur le vrai problème. 

On passe sa vie à reproduire les situations de notre enfance et les groupes familiaux, nos archétypes parentaux si on ne prend pas conscience de nos blessures et nos mécanismes.... Mais pour avoir conscience de cela il faudrait que l'homme moderne accepte de prendre le temps, d'aller dans la soufrance, de défusionner avec ses idéaux parentaux etc etc 

C'est moins fun que d'aller nettoyer ses chakras par un maitre reiki une heure de temps en temps et de prendre son paquet de Lexomil gratuitement à la pharmacie.

La psychanalyse a beau parfois être longue et difficile, elle avait a mon sens le mérite de ne pas fermer les yeux sur le vrai problème. 

Un grand merci, cham', pour ce commentaire en or

innocent

J'ai choisi ce texte, essentiellement pace qu'il a été écrit par Myriam Illouz http://upc.michelonfray.fr/intervenants/myriam-illouz/, résolument membre de la communauté psychanalytique dirigée par Elisabeth Roudinesco et enseignante, de toutes ses forces, de toute sa sincérité et de tout son désinteressement, à l'Université Populaire de Caen dirigée par Michel Onfray

cool

Dans une désespérance croissante, j'attendais un premier commentiare à ce texte de Myriam Illouz et je suis trés, très flatté que vous soyez la première à l'avoir fait

innocent

Je viens de recevoir un commentiare de duduche, me signalant à quel point j'étais incapable de mer, seul, une réflexion sur le sujet de ce billet, réflexion qui me vaut un zona intercostal https://www.planetesante.ch/Maladies/Zona toujours actif depis le 8 décembre suite à une autre tentative, également malheureuse pour aider jean63 qui, finalemnt, à trouver l'aide dont il avait besoin, de la part de missfaff qui fût notre "fée" sur l'espace "Plazza de mayo" créé par utopart qui fût  une très grande réussite, en terme de participatif

sealed

Par ailleurs, mon épouse m'ayant mis face à une injonction contradictoire, qui, comme toute injonctin contradictoire http://collegeunique.blog.lemonde.fr/tag/injonction-contradictoire/, n'a pas de solution mais oblige à une décision

cool

L'injonction contradictoire étant de choisir entre notre contrat de mariage et mon abonnement à Mediapart, l'affaire est d'une telle gravitéé qu'ellea nécessité 2 consultations téléphoniques de la part de ma psychothérapeute travaillant au sein d'un hôpital public et ayant une consulation privée

cool

Comme nousla précisé notre directrice démissionaire de CAMédia https://blogs.mediapart.fr/edition/camedia-0, le participaitf est quelque chose qui se construit et pour que cette construction tienne debout, je rajoute, qu'il lui des bases solides

cool

Je pense que nous n'avons pas le droit,  nous les membres de Mediapart, de ne pas entendre cette parole apportée par Marielle Billy, Directrice démissionnaire de CMAédia dans cette désormais célèbre vidéo https://www.youtube.com/watch?v=mwvnnDgr5kc

cool

A bientôt.

Amitié.

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