La possibilité continûment diffamée

Frédéric Lordon Vivre sans ? Institutions, police, travail, argent ..."La possibilité continûment diffamée" (apories de la voie néo-orphique) (pages 277-285)

Frédéric Lordon

Vivre sans?

Institutions, police, travail, argent...

Pages 276-283

Nous pensons que d'autres politiques économiques
sont possibles.

Entrez dans le débat citoyen avec nous.

Frédéric Lordon

Frédéric Lordon

Frédéric Lordon est économiste.

Il est directeur de recherche au CNRS et chercheur au Centre de sociologie européenne (CSE).

https://atterres.org/users/flordon

https://blogs.mediapart.fr/vivre-est-un-village/blog/121210/mon-coeur-danse-gambade-de-joie-le-manifeste-des-economistes-atterres-est-ne

CONTINUONS A GAMBADER DE JOIE !!!

Deleuze, encore, préfaçant Guattari, ne contrefait pas le péril : "à travers leur propre pratique, [les agents d'énonciation] ne cessent de se confronter à la limite de leur propre non-sens, de leur propre mort ou rupture".

Comment dire, ça ne rigole pas.

Et pour cause ; couper les chaînes signifiantes, c'est se remettre au contact de ce fond que j'appelle la conditions anarchique, en effet le fond de non-sens de l'existence humaine, auquel on ne laisse faire résurgence que pour décrocher un sens provisoire et en accrocher aussitôt un autre de remplacement - le grand décrochage de tout c'est "le non - sens et la mort".

Ce sont toutes ces questions qui planent au-dessus de l'un des textes à la fois les plus caractéristiques et les plus profonds de cet ensemble que je discute ici, la préface à la réédition de Orphisme et tragédie de Gianni Garchia, texte remarquable à tous point de vue, qui a pour propriété de porter au plus haut degré d'explication le fondement de pensée du "vivre sans", mais dans un autre registre que la métaphysique agambienne de la destruction, et, au passage, d'indiquer le sens véritable à entendre dans des expressions comme "sortir de l'économie" ou sortir de la politique".

On se fera une idée assez juste de l'ambition  intellectuelle de ce texte quand on saura qu'il se donne pour question "la civilisation".

Non pas la civilisation capitaliste, ou même occidentale :  mais la civilisation, tout court.

Et que sa thèse offre au "vivre avec" son plus haut point inachèvement, son prédicat ultime : vivre sans civilisation.

Tu comprends pourquoi il fallait terminer par là : parce que tous les "vivre sans" de rang inférieur s'en trouvent radicalisés par l'effet même du "vivre sans" princeps, dont ils apparaissent comme des dérivations.

Dans le livre de Garchia, et dans cette préface, dont on ne peut méconnaître la puissance, l'orphisme est le nom de ce mouvement réactionnel qui refuse la vie collective dans la forme de la Cité : "Malgré une proximité doctrinale et historique souvent notée entre orphisme et pytagorisme, une différence les sépare : et c'est qu'il y a aune politique pythagoricienne [...].

Orphée suit une autre voie, la voie si neuve en ce VIe siècle, du fondateur, le fondateur, nonpas de la cité mais d'un genre de vie. 

[...] Pythagore fait donc le choix du "politique", un "genre de vie"  nouveau, dessiné dans le cercle de la cité et de son agora.

Tandis que son contemporain Orphée choisit un genre de vie hors le politique, et même qui refuse la cité et récuse son système de valeur [...] .

Du VIe au IVe siècle, les Orphiques sont des marginaux, des errants et surtout des "renonçant", à savoir qu'ils ont choisi de renoncer au monde, au monde de ceux qui vivent en cité."  

On mesure peut être mieux maintenant la radicalité de la proposition, et ce dont il y va quand il est question de "sortir de la politique".

Pas exactement de sortir du,jeu des partis, ou de la Constitution de al Ve République, ou d'une VIe : d'en finir avec le politique comme genre m^me de la vie collective, en effet une proposition pour "marginaux", "errants", et "renonçants" - une proposition au-delà même de la "simple" virtuosité, autre chose.

"Civilisation", conformément à n étymologie (la Civitas), devient synonyme de "politique" au sens de la cité.

Et c'est avec cela que rompt l'orphisme - et que voudrait rompre le néo-orphisme contemporain.

Fuir d'abord, donc - ici la chose va de soi , mais surtout "ne pas fonder une autre réalité sociale, un autre collectif humain détaché des liens qui m'unissent au monde, à moi même, à l'impalpable, à mes amis, à mon Eurydice, détaché des singularités, telle est l'antipolitique orphique" - que voilà très justement nommée.

Nous avions commencé en remarquant combien le discours du "vivre sans", dans sa tonalité éthique et le niveau de sa réflexion existentielle, avait pour propriété de se porter à hauteur d'un moment sans doute exceptionnel, peut-être même à l'échelle de l'histoire de l'humanité - j'ai hautement conscience que c'est un tic grotesque d'intellectuel de déclarer à tout bout de champ le moment "historique" l'époque "exceptionnelle", le point "de bascule" (sans doute par projection sur les temps de son propre sentiment de singularité, ,il va sans dire que l'intellectuel singulier ne peut vivre que des moments singuliers, il est toujours à la pointe de l'événement, il lui revient même la fonction de déclare, ou de performer avec ostentation le redécoupage de l'histoire par la (sa) pensée souveraine, "le XXe siècle finit avec Sarajevo", "le XXIe siècle commence la 11 septembre", et autres vaticinations), mais quand l'humanité qui s'est donné le capitalisme est sur le point de foutre en l'air la planète, je pense qu'on est autorisé à trouver la situation un peu spéciale.

C'est bine ce qui aura fait, à la raison, le pouvoir de traction du discours "vivre sans", particulièrement des textes du Comité invisible : signaler que quelques réorientations de la politique économique ne feront pas l'affaire, que dans le désastre généralisé, social, environnemental, existentiel, ce sont d'autres enjeux, passablement plus élevés, qui commandent la pensée.

Mais dans le registre du "se porter à la hauteur", le néo-orphisme passe une étape de plus, et écrase la concurrence.

Nul ne se portera plus haut : il embrasse, pour entreprendre de la clore, toute cette histoire humaine qui peut se placer sous le chapitre de la "civilisation" (on pense quand même à Badiou qui, dans son genre, a, lui, situé les enjeux véritables dans la sortie du néolithique ...) : "A présent que se clôt l'orbe fatal de la civilisation, il s'agit plutôt de l'exploration d'une possibilité originelle, mais continûment diffamée" (ibid).

Nous savons où la barre est mise. 

On a compris que la "civilisation", c'est la forme de vie qui suit la fondation d'une cité, d'une polis, et que la récuser est bien le sens, néo-orphique, de "sortir de la politique".

De "sortir de l'économie" également puisque, d'une part l'oikos est installation, prélude aux pétrifications de l'urbanisation, et que, d'autre part, nomos n'a pris le sens institutionnel de "loi" que par défiguration d'un sens original tout autre, contradictoire même : "faire paître une terre non appropriée".

Mais "politique", "économie", ce ne sont là que des maux dérivés. 

L'essentiel est ailleurs . 

Il est d'abord dans la manie fondationnelle - constituante.

Car fonder, c'est proférer un mensonge inaugural : "le mensonge de la civilisation consiste à couvrir de silence ses multiples décisions, puis à inventer une histoire logique" (ibid.).

Ici, il faut situer la discussion au bon endroit.

Tel quel, je ne peux qu'accorder pleinement cet énoncé.

 

Les groupes ne sortent du chaos de la condition anarchique que par un geste d'ancrage arbitraire, l’ancrage n'étant soutenable qu'à la condition que l'ordre ainsi institué (inséparablement axiologique et social) institue dans le même temps la méconnaissance de son propre arbitraire.

Oui, les ordres axiologiques ne sont que des mensonges soutenus. 

Mon désaccord commence maintenant : nul ne s'en tirera en pensant s'exonérer du mensonge collectif,car le me songe collectif est la condition de possibilité fondamentale de la vie du tout collectif.

Il n'y a pas de collectif s'il n'y a pas quelques déclaration commune du sens, or une telle déclaration ne fait que trancher dans l'indifférencié de la condition anarchique, ne fait qu'y produire une différence arbitraire - mais instituante et vitale.

"Refuser d'avoir part au meurtre fondateur de la vie en la cité, à sa comédie de l'innocence et par là au mensonge de la vie sociale "(ibid.), voilà pourtant le mouvement d'exonération d néo-orphisme.

Las, tout le monde sera éclaboussé, sans exception.

Il n'y a pas de vie humaine hors d'un ordre signifiant, et quand, fondamentalement, anthropologiquement, rien ne signifie, faire signifier malgré tout, c'est instituer.

Il est vrai alors : si l'institution tranche arbitrairement dans l’indifférencié, son essence est violente.

C'est la violence d'une expulsion.

Il faut soustraire quelque chose aux mises en question de la parole pour rendre possible la parole et ses mises en question - de toutes les autres choses.

Il n'y a de discussion et de discutable qu'à partir d'un point d'indiscutable.

Bref, il faut une mise au-dehors pour constituer le dedans, un ségrégé pour produire l'agrégé.

Et oui, "L'avenir gémira de l'acte infâme", comme l'écrit Shakespeare dans Richard II

Où que ce soit, nul n'échappera à cette malédiction.

Tu vois maintenant les raccords se faire : car c'est bien cette malédiction que la philosophie de la destitution entendait rompre.

Destituer, c'était surtout pas réinstituer, pour en finir avec les mensonges et les violences originels, ne pas relancer le cycle indéfini. 

Malheureusement, nous aurons encore et toujours à mentir, et à recouvrir le mensonge d'une épaisse couche de méconnaissance pour con jurer l'idée de son arbitraire, néo-orphique compris.

Car de deux choses l'une : ou les "renonçants" continuent à s’appuyer subrepticement sur l'ordre qu'ils ont fui, en pensant s'être soustraits au mensonge qui néanmoins contribue toujours pour une bonne part à les faire vivre, en quelque sorte en abandonnant aux autres de mentir pur eux ; ou ils auront rompu pour de bon mais ce qu'ils auront reconstitué aura bien dû être accroché à quelque chose qui en donne le sens - et ils auront menti de nouveau.

Toutes les valeurs, toutes les significations sont mensongères, mais nul ne vit sans valeur ni signification - à moins de s'extraire de la servitude passionnelle : retour aux hypothèses de sainteté ou de sagesse spinoziste ...   

Mais si dans le point de vue néo_orphique, la civilisation n'est pas détestable que par le moment de sa fondation : par le régime même qu'elle installe également.

Sous le régime de la séparation - de nouveau.

J'y vois même une définition possible de ce concept sinon impossible de "civilisation" : la civilisation, c'est le règne des médiations - donc de la séparation.

Et c'est vrai : la médiation sépare - par construction.

Or dans l'éthique néo-orphique, il entre à titre principal la pleine recoïncidence à l'existence éprouvée - influence heideggerienne d'arrière-plan qui chemine, via le situationnisme et Agamben, jusqu'au comité invisible : "ce que Heidegger et Char ont en commun, au delà "d'une puissance de penser poétiquement" et d'un certain attachement au passé, c'est d'avoir perdu le monde", peut-on lire ainsi dans un texte paru dans lundi.am. 

Retrouver le monde : quête néo-orphique pour combler "l'abîme entre une pleine présence a-subjective au monde, ayant encore accès à l'invisible, ignorante de la conscience, étrangère à la réflexivité, y compris morale, et un existence filtrée par un Je analogue, narratisant son expérience, flanquée d'une intériorité autorisant metis et simulation, une existence où le temps est spatialisé, où les voix se taisent et où les voyants deviennent des exceptions dignes de curiosité".

S'il valait de citer un peu longuement, c'est pour avoir une vue plus claire, en l'occurrence plus étendue, du champ de la médiation séparatrice, donc de ce qu'il faut entendre par "civilisation", et de l'ampleur de ce avec quoi il faudrait rompre, qui loin de ne viser que la médiation des institutions s'étend jusqu'à la médiation intime de la conscience réflexive, malheur de l'être entré dans le régime de la schize, séparé mais cette fois de lui-même, jeté à la fois dans la perte, le simulacre et inauthentique. 

 "Entré", vraiment ?

Tu as compris que, pour ma part, je dirais plutôt "toujours-déjà".

Comme chez Agamben (mais ça n'est pas tout à fait une surprise), il y a cette étonnante tonalité lapsaire dans le discours néo-orphique.

Moi, je ne crois pas à la chute, je crois à l'immanence.

Mais c'est difficile de s'y tenir.

Pascal Sévérac fait remarquer que Deleuze lui-même, qui a pourtant fait une philosophie si ardente, n'y est pas parvenu tout à fait.

"Rejoindre sa puissance", dit souvent Deleuze, comme si nous l'avions "perdue", qu'elle flottait là, à portée de main, en tout cas détachée de nous - et à récupérer.

No such thing dit Sévérac : notre puissance, c'est notre essence, comment pourrions-nous en être séparés, comment se pourrait-il qu'il y eut quelque réserve quelque part , sur laquelle nous aurions à remettre la main ?

Simplement, notre puissance est haute ou elle est basse selon ce que nus en faisons.

Ainsi nous l'exerçons, ainsi nous la faisons varier.

Mais toujours à son plein (parfait dit Spinoza) usage, sans écart aucun.

Dans l'immanence spinoziste, il n'y a ni chute ni séparation.

Ni séparation du dehors (les instituions) ni séparation au-dedans (la réflexion).

Il n'y a plus de sens à dire que, dans (par) les institutions, le corps collectif est séparé de sa propre puissance qu'il n'y en a à dire que, par la réflexion, le corps humain est séparé de la sienne - mauvaises positions de problème par excellence.

Toujours nécessairement la puissance s'exerce, produisant, de manière immanente, de la réflexivité dans le corps humain, de l'institutuion dans le corps politique.

Et dans les deux cas, la même question : non pas "comment tenter de s'en affranchir ?" - il y en aura - mais "sous quel régime la configurer ?" 

Ou, dans le cas du corps humain, et pur éviter la connotation par trop "décisionniste" de la formulation : "comment viendra-t-elle à se configurer ?" - car rien de tout ça ne relève de quelque décisions souveraine.

Dans quel régime d'effectuation engager la puissance du mode humain, notamment sa puissance de penser, réflexivité comprise, c'est ça la bonne question. 

C'est qu'il serait simplement absurde de déclarer la réflexivité "bonne" ou "mauvaise" en soi.

Ce sont les formes de son exercice qui déterminent des augmentations ou des diminutions de puissance.

La réflexivité psychanalytique, par exemple, offre quelques bonnes propriétés - misère, en tout cas, de l'individu incapable d'auto-questionnement et de retour sur soi.

Mais on peut tout aussi bien concevoir, à l'inverse, des régimes pathologiques d'hyper-réflexivité.

Martial Gueroult, un des trsè grands commentateurs qui ont fait le renouveau du spinozisme en France, a un mot tout à fait drôle pour nommer les formations réflexives, c'est à-dire le redoublement des idées dans l'esprit par les idées des idées (Eth. , II, 22) : il parle de "parrallélisme intra-cogitatif".

L'hyper-réflexivité pathologique, c'est la parallélisme intra-cogitatif devenu fou, déchaîné, divergence qui a pour effet la radiclae mise en panne de l'action - l'homme du sous-sol dostoïevskein : "La seule raison pour laquelle je me prenne pour un homme intelligent, c'est que, de toute ma vie, je n'ai rien pu commencer ni achever."

"Le sous-sol", c'est l'existence ravagée par la réflexivité devenue tellement envahissante, obsessionnelle, qu'elle a, en effet, tout impossibilisé.

Et de nouveau la question du régime, ou même si l'on veut d'une prudence.

Page 284 - 287

S'il y a une prudence de la réflexivité, la formule nous en est peut-être donnée par cette citation bien connue de René Charr : "réfléchir en stratège,agir en primitif". 

Agir en primitif - après avoir réfléchi - c'est être entièrement à son acte.

Car il est vrai que se contempler faire (se réfléchir faisant), c'est moins bien faire, et à la limite ne plus (pouvoir) faire - une partie de la puissance allant à autre chose que faire (soustraction de puissance).

Mais une prudence est un compromis, compromis passé avec ce qui, nécessairement, sera. 

En finir avec la "civilisation" au motif qu'elle est tissée de séparation par les médiations, c'est vouloir en finir avec la condition humaine.

C'est qu'il échoit à cette condition au mins une méditation fondamentale, ontologique même, dont rien ne la détachera jamais : la méditation du signifiant.

Humain, l'être est "par l'être", dit Lacan.

Ajoutons Hegel : "Le mot est le meurtre de a chose."

Vivre comme humain, c'est vivre après ce meurtre.

Il n'y a pas grand-chose que nous puissions y faire, sinon abandonner de poursuivre les chimères d'une "expérience authentique" conçue comme absolue virginité, comme éprouvé pur, ante-signifiant, à plus forte raison d'imaginer en faire une politique, fût-ce sous la modalité spéciale d'une antipolitique.

De nouveau, nous connaissons des individus en qui, par forclusion, les ancrages médiateurs du signifiant sont absents, et qui, en effet, sont immédiatement traversés par le chaos du monde : la psychose décompensée selon Lacan.

Eux témoignent de ce que, pur, l'éprouvé est une épreuve, insoutenable même, une expérience atroce.

On ne congédiera pas la civilisation au motif de l'immédiat.

Qu'il y ait des régimes de la médiation et de la séparation qui soient de dramatiques attritions de puissance, notre époque l'atteste chaque jour davantage - ça n'est pas pour rien que le discours du "vivre sans", en particulier les textes du Comité invisible, ont eu cet écho : ils ont touché une corde. 

Mais si le mouvement réactionnel qui s'ensuit cherche son salut dans le pôle antinomique opposé, il se dirige vers de redoutables obstacles, et se prépare de séreuses déconvenues.

A qui voudrait apprécier la hauteur de l'obstacle, il suffirait de se rappeler que, parmi les dispositifs dont Agamben nus appelle à nous libérer, il y a le langage.

Nouvelle expérience de pensée : la tête de Lacan à qui l'on soumettrait l'idée de nus affranchir du langage - de "lalangue".

"Lalangue", et les médiations du signifiant, c'est Hotel California : on peut ben déclarer comme on veut à la réception qu'on veut s'en aller, il n'y a pas de sortie possible.

A la ZAD, il y a cet endroit fameux qui s'est appelé "Les sans nom".

Malheureusement, "Les sans-nom" ... c'est encore un nom.

Même quand on veut le récuser ostentatoirement, on reste pris dans l'ordre des noms. 

Il est vrai que, pour le coup logiquement Agamben fait remonter le fléau des dispositifs à son principe ultime : "l'hominisation" - tout ça est tellement biblique.

Et dune certaine manière, c'est vrai, je veux dire cohérent : pour sortir du signifiant, il faut sortir de l'hominisation - Badiou et sa sortie du néolithique sont coiffés sur le fil.

Sortir de l'hominisation donc, mais de quel côté ?

Du côté des bêtes ou du côté des anges ?

C'est que malheur à nous si on se loupe du côté des anges.

Je voudrais beaucoup qu'on entende ici tout ce qu'on veut sauf la résignation d'un "réalisme conservateur".

Que de formes ne s'offrent-elles pas à la créativité politique ?

Du "vivre sans" il faudrait pouvoir garder le meilleur, et renoncer sans regret au reste.

Le meilleur : sa puissance de percussion, de rehaussement et de remaniement ; le reste : la consolidation en une philosophie politique du "sans" au pied de la lettre.

ça n'et pas me contredire dans l'instant que de rappeler qu'ua début du traité politique, Spinoza dit en substance qu'ne matière de forme politique, tout a déjà été essayé -

"Quant à moi, je suis pleinement persuadé que l'expérience a montré tous les genres de Cités que l'on peut concevoir pour faire vivre des hommes dans la concorde" ...

Pour peu qu'on comprenne adéquatement "genre de cités", comme les éléments d'une taxinomie très générale, à partir desquels bien sûr toutes sortes de variations pourraient encore être effectuées, ce propos a sans doute pour vertu de nus défaire d'un mythe politique, le mythe d'une forme-miracle, encore à découvrir, qui par elle-même résoudrait tous nos problèmes. 

Ce que ce mythe ne peut pas voir, c'est la finitude humaine, et que cette finitude est le fond du problème politique.

Le mythe de la forme-miracle est un mythe de perfection.

Or la finitude, c'est l'imperfection.

Vouloir à toute force "vivre sans", c'est méconnaître que la vie humaine est placée sus un "vivre avec" fondamental, ontologique, irréductible : avec la finitude.

 

 

 

 

 

 

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