Vivre est un village
Consultant en système d'information honoraire
Abonné·e de Mediapart

673 Billets

6 Éditions

Billet de blog 13 août 2022

Vivre est un village
Consultant en système d'information honoraire
Abonné·e de Mediapart

Linden Blossom : JOURNAL D’UNE PETITE FILLE (TRÈS) AGÉE

Montrer dans sa plus crue réalité, dans toutes leurs dimensions, ce que, dans nos innocences, nous n’avons pas voulu entendre et que notre entendement nous devons entendre après l'attentat contre Salma Rushdie...

Vivre est un village
Consultant en système d'information honoraire
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

  • VACANCES… EXTRAS

    JOURNAL D’UNE PETITE FILLE (TRÈS) AGÉE

    C’est avec un frisson des plus ambigus que j’ai retrouvé les vibrations de

    l’actualité médiatique.

    Et ce réflexe attraction- répulsion qui nous gouverne avec délices,

    convenons-en, m’a poussé à me reconnecter avec ce cher objet du désir.

    Vous l’avez deviné, je veux dire la petite lucarne.

    Là, j’eus LE choc de ma vie.

    Médiatique j’entends.

    Je précise. Car pour certains, la réalité médiatique et la réalité privée ne font

    qu’UNE.

    Grave, docteur ?

    C’est vous qui voyez.

    Enfin...Si vous ne voyez pas...Allez voir un ophtalmo.

    Ou un psy. C’est complémentaire. Ne riez pas.

    Oui. « L’influence du physique sur les désordres des facultés

    intellectuelles » d’un certain aliéniste du nom de Moreau, fit l’objet, en son

    temps, d’une thèse très appréciée.

    Et ce temps n’est pas si loin.

    Bon. Ne nous égarons pas.

    Donc, disais-je, voyons... Où en étais-je ?

  • VACANCES… EXTRAS

    JOURNAL D’UNE PETITE FILLE (TRÈS) AGÉE

    417

    Ah ! J’y suis ! Vous avez eu peur, hein ?

    Rassurez-vous. Je tiens la corde.

    Façon de parler car c’est plutôt Marianne qui devrait la tenir.

    Le Président,donc, que j’avais laissé en proie à ses démons, ce volcan, cette

    boule de feu, tel un avatar de ces spermatozoïdes fous qui affolèrent les

    chercheurs, donnait à voir un autre versant de sa personne.

    Mais où diable était passé celui qu’on voyait si habile à la joute et d’allure si

    farouche ?

    Quel était le ressort de ce changement ?

    Je dus actionner mes computers internes pour rappeler le second principe de

    thermodynamique.

    Pour mémoire je vous le cite :

    « Tout changement résulte de l’effondrement sans but de l’énergie et de la

    matière dans le désordre. »

    Je conclus que le séjour en « Wonderland » était la cause de cette entropie.

    Consciente que cette recherche me dépassait, je laissai flotter les rubans...

    Car chercher à comprendre pourquoi votre café refroidit dans votre tasse

    peut conduire au cœur de l’univers.

    Comme une pièce de Shakespeare !

  • VACANCES… EXTRAS

    JOURNAL D’UNE PETITE FILLE (TRÈS) AGÉE

    D’évidence IL ne troublait plus que ces oisifs, ces noiseux.

    Ceux ou celles qui grattent leurs cicatrices...

    En traquant l’odeur du Temps.

    Cacabant (ou coassant selon l’humeur), avec la fraîcheur d’une jeune fille de

    Fragonard délivrant un oiseau de sa cage :

    « J’ai cicatrisé ma blessure ! ».

    Clouant le bec à tous ceux qui se posaient LA question quand aux beaux

    objets :

    « Objets inanimés avez-vous donc une âme ? »

    Ma gardienne, moins sophistiquée quand à elle, m’accrocha dans le

    hall d’un :

    « Voulez-vous m’dire ? C’est quoi qu’a transformé cette harpie dévastatrice

    en insignifiante sauterelle ? »

    J’me fendis d’une réponse bateau :

    « Le ciel confond souvent la sagesse des hommes ! »

    Donc LUI, cette boule de feu que j’avais laissé en érection devant lui-même,

    après avoir tressé un autel à sa puissance fécondante, semblait avoir pris

    quelque distance.

    Se serait-il offert, à l’instar de cet animal au nom tarabiscoté, la pose d’un

    climatiseur dans le nez, afin de refroidir ses méninges ?

    Pour élever un peu plus mes considérations, se serait-il, telle une nouvelle

    épousée, drapé dans le voile symbolique de son changement de statut ?

  • VACANCES… EXTRAS

    JOURNAL D’UNE PETITE FILLE (TRÈS) AGÉE

    Ou bien...

    L’envol des fourmis aurait-il cédé à l’aspiration centripète de vouloir faire

    converger ses délires vers son propre centre d’équilibre ?

    En d’autres termes, infléchir ou retourner les forces centrifuges ?

    Et comme la comédienne, de bramer à tous vents : « Je veux TOUT jouer » ?

    J’avais encore en tête, et peut-être en queue, (à cause du tête-à-queue),

    l’image de cet électron affolé et affolant, brûlé de cette ambition qu’en des

    temps pas si éloignés, l’Arétin définissait comme : « Le fumier de la gloire ».

    Il m’apparut soudain le même et l’autre.

    Etais-je victime de ce procédé de montage dont les techniciens usent (et

    abusent ?) sous le terme de « Monter sec ? »

    Echauffée, çà me titillait d’ lui piquer des électrodes dans le nez pour capter

    les micro vibrations comme dans un exercice de radio communications.

    Toujours est-il que je ne résistai pas à ce que nos pros de l’audiovisuel

    appellent le « Blind Test ».

    Dans la précision serrée du modelé.

    Dans la nudité du jeu stratégique.

    Celui qui naguère faisait bouger les lignes.

  • VACANCES… EXTRAS

    JOURNAL D’UNE PETITE FILLE (TRÈS) AGÉE

    Reculer les limites.

    Et pas seulement celles du pouvoir, mais...

    D’autres territoires.

    GLADIATOR se tenait assis.

    Et là, c’est un exploit !

    Mais plus encore.

    Ses mains.

    Ses mains qui, il n’y a pas le temps d’une marée, se donnaient à voir

    verrouillées par la tension du prédateur. Ses mains, qui, devenues poings et

    pognes, jouaient à couteaux tirés.

    Ne connaissant de caresses que celles de la dague.

    Ou mieux, ne vivant que posées sur une machette.

    Ses mains qu’on sentait peiner...

    Pour s’arrimer après un accoudoir.

    Ses mains donc, qui tenaient plus des flagelles d’un virus que d’accessoires,

    se livraient dans un lâcher, un abandon presque enfantin.

    Tout son être semblait puiser dans la force d’une intériorité fraîchement

    advenue.

    Quelque chose de l’ordre de... L’improbable.

    Une sorte de sobriété.

    D’élégance.

  • VACANCES… EXTRAS

    JOURNAL D’UNE PETITE FILLE (TRÈS) AGÉE

    Qui n’avait rien à voir avec l’agonie délicieuse du « Crépuscule des Dieux »

    ou de la philosophie de Schopenhauer.

    Mais plutôt...Qui l’élevait à ce sommet de l’art qu’on retrouve dans la

    grandeur muette d’un Philippe de Champaigne.

    Mais alors ?

    Quid de ce feu follet ? Ce laser dévoré et dévorant, qui explosait les ardeurs

    des contrastes médiatiques ?

    Carburant à la vitesse de la lumière, s’était opposé à l’éthique si chère au

    Caravage du « Tenebroso » ?

    L’été outre-atlantique avec ses parfums écolos aurait-il eu raison des

    traînées fuligineuses qu’IL laissait derrière son char ?

    Nous reposerait-IL (pour un temps) de ses ciels de cuivre en nous offrant

    l’image zen de celui qui laisse flotter les rubans ?

    Sacrifiant au futur changement vibratoire de la Planète aurait-IL déjà pris la

    mesure d’une traversée de lui-même ?

    En durcissant un peu plus mon propos çà donnerait :

    « Mais que diable, jusqu’où ?

    Jusqu’où n’est-IL pas descendu dans ses enfers pour nous offrir cette

    remontée flamboyante autant que libératrice d’un homme parvenu au

    sommet de la transparence ?

    Dans une nudité, une humilité qu’on pourrait croire fraternelle ?

  • VACANCES… EXTRAS

    JOURNAL D’UNE PETITE FILLE (TRÈS) AGÉE

    Déjà apparaissaient les premiers signes cliniques de ce que les

    anthropologues décrivent comme une mutation probable de notre espèce.

    A savoir : l’amorce d’une concavité du massif facial.

    Si vous ne saisissez pas, rappelez-vous les extravagances visuelles des

    affiches de campagne après la tempête.

    Ou mieux, l’écriture en creux de l’uppercut sur la trogne d’un boxeur.

    C’est alors que la sonnerie incongrue de mon téléphone me réveilla en

    sursaut.

    Je réalisais l’amère réalité : victime d’un coup de pompe, j’avais

    brutalement sombré dans un sommeil profond.

    Je crus l’espace d’un moment L’entendre :

    » Gnégnégnégné... »

    Mais enfin... Quid de ces voluptés ?

    De ces clins d’œil excitants ? De cette approche lissée, cette élégance ?

    Qui, caressant mes désirs les plus profonds, me susurraient tout ce que je

    voulais entendre ?

    Avaient le don de réveiller tout ce que mes yeux ne pouvaient voir.

    De mettre en colère tout ce que mes doigts ne pouvaient toucher.

    Car enfin, cette hypnose à laquelle j’avais succombé, n’était pas sans me

    rappeler un certain tour de force.

    Qui tenait du prodige :

  • VACANCES… EXTRAS

    JOURNAL D’UNE PETITE FILLE (TRÈS) AGÉE

    Celui de ne cesser de voir l’autre sans le rencontrer jamais.

    Ce prodige où, sans cesse, on monte seul.

    Et... On descend seul.

    Ce prodige de se sentir sans cesse abandonné de celui qu’on a sous les yeux,

    ce fruit d’une double révolution, ce vertige organisé autour d’un vide

    central, ne se reproduit pas.

    Même si le vide « Est le lieu de toutes les Naissances ».

    Il faudrait s’appeler Léonard de Vinci.

    Parce que le vide, Aristote lui, y n’ y croyait pas.

    Laissons à Chambord et à ses escaliers leur mystère.

    Pour le coup je me sentis frustrée.

    Avec en arrière gorge le goût amer d’une pulsion revancharde.

    Que faire ?

    Me raconter des histoires ? Comme cette adepte de la programmation

    neurolinguistique qui voulait bien d’une toile de Picasso mais... Repeinte en

    rose ?

    M’amuser à nouer et dénouer toutes les ondulations et torsions de vers de

    terre de notre président ?

    Mettre le feu à ces clairs-obscurs de tractations, de deal démoniques ?

    Et pourtant ? Qui, de lui ou de moi, a le luxe de s’abandonner au flux du

    désir ?

  • VACANCES… EXTRAS

    JOURNAL D’UNE PETITE FILLE (TRÈS) AGÉE

    424

    La multiplication du moi, aussi rationnelle soit-elle, se réalise-t-elle

    vraiment dans cette folle agitation, cette sur-agitation ?

    Tous autant que nous sommes savons.

    Qu’elle nous rattrapera toujours.

    Et LUI ?

    Arrimé à la barre de ce paquebot. Ce monstre.

    Symbole de l’éternelle tentation de renier cette putain du diable, la Raison.

    Ne cèdera –t-Il pas au vertige de devenir « Amens » ?

    Cette ivresse du dépassement comme la nommaient les Latins ?

    Rappelons-nous la Ballade du vieux marin de Coleridge !

    « La nuit s’éclaire des phosphorescences de la mer. Le flot se mue en sirènes,

    en chimères ; le navire esquisse une tête monstrueuse ; tout devient

    fantastique, halluciné sous la pression de ce cerveau humain qui, à la poupe,

    surexcite sa divagation...»

    D’une ivresse l’autre, Rimbaud s’y glissa.

    Avec tous ses enfers. Ses mystères.

    Ceux-là mêmes qu’un Cocteau effleura :

    « Ces mystères nous dépassent. Feignons d’en être les organisateurs ! »

  • VACANCES… EXTRAS

    JOURNAL D’UNE PETITE FILLE (TRÈS) AGÉE

    425

  • BOULE DE FEU ou L’initiation aux Arts Plastiques

    JOURNAL D’UNE PETITE FILLE (TRÈS) AGÉE

    104

    C’est escortée de quelques amis que, ce dimanche-là, je me pointais chez

    Boule-de-feu. Elle occupait un superbe 140 m² rue Saint-Florentin.

    Je me souviendrai toujours de notre rencontre.

    C’était en juillet 2006. Il faisait très chaud. Je traînais du côté de la rue

    Cambon. Armée de mon appareil photo numérique, j’embrassais à bouches

    folles les vitrines sophistiquées des temples de la haute couture.

    Ce jour-là j’avais programmé de visiter l’installation d’un plasticien, centrée

    autour de la couleur jaune.

    Je m’engouffrais dans une cour intérieure. Et là, ce fut le choc.

    Non. Pas avec la couleur jaune. Sauf si on admet que le blanc est un jaune

    poussé à bout !

    Mon attention fut attirée par un de ces détournements dont la vie regorge.

    L’objet détourné n’était autre qu’une trottinette.

    Qui roulait sous le coup de pied vigoureux d’une drôle de créature.

    Je m’approchais. C’est là qu’entrait en scène Boule-de-feu.

    Cette petite chose, toute de blanc vêtue, ratatinée sous son sac à dos,

    exposait les ravages du temps à la puissance fuligineuse d’une casquette

    violemment colorée. D’autres accessoires, tels que collier et fleurs, en

    pampilles savamment organisées, complétaient le portrait.

  • BOULE DE FEU ou L’initiation aux Arts Plastiques

    JOURNAL D’UNE PETITE FILLE (TRÈS) AGÉE

    105

    Je me crus face à une figurine échappée d’une bande dessinée. Une sorte de

    castafiore. Toute emberlificotée de drôles de trucs.

    Genre fleurs en papier. Sous influence ?

    Je lui demandais de faire une photo.

    Elle m’accorda, non sans délectation, le droit à l’image.

    Oui, vous l’aurez compris, sous les démons d’une boulimie incontrôlable,

    j’opérais ce que les psy appellent un lâcher prise, et commençais de la

    mitrailler.

    Force me fût de constater que ma partenaire se pliait au jeu avec

    délectation.

    Celle qui ne se demande pas « Qui va garder Pierre-François » ?

    Aussi m’engouffrais-je avec délices dans la spirale de ses désirs.

    J’eus droit ainsi à toutes les figures qu’un délire imaginaire nourri à la

    dynamite autorisait.

    C’est ainsi que commença mon histoire avec Boule-de-feu.

    Sur son invite, nous cherchâmes une place afin d’échanger les préliminaires

    convenus entre gens de bonne éducation.

    La sculpture d’une déesse (dont j’ai oublié le nom) servit de prétexte à nos

    délires.

  • BOULE DE FEU ou L’initiation aux Arts Plastiques

    JOURNAL D’UNE PETITE FILLE (TRÈS) AGÉE

    106

    Qui s’appuyaient sur ce besoin explosif de reconnaissance.

    Lorsque je crus voir la déesse de marbre mouliner à perdre souffle, je

    compris que ma rencontre avec Boule-de-feu s’ouvrait sur des lendemains

    enchanteurs…

    Nous nous séparâmes avec cette ardeur propre aux ados.

    Dehors, la rue Cambon grouillait de monde.

    Une foule survoltée entourait des cars en attente.

    »Qui dois-je remercier » ? Lui glissais-je dans la trompe d’eustache.

    Mais Boule-de-feu avait disparu…

    En passant devant le palace du Crillon, des fans au bord de la crise de nerfs

    scandaient sous les feux médiatiques : « Zizou, reviens ! Zizou reviens ! »

    Mais comme chacun sait, Zizou avait pris la tangente.

    Observant le temps de couvaison stratégique pour sauver son

    image…D’une tangente l’autre….

    C’est ainsi que Boule-de-feu était entrée dans ma vie.

    Adonc, ce fameux dimanche, mes amis et moi-même, franchissons le

    porche majestueux de l’immeuble rue saint-florentin.

  • BOULE DE FEU ou L’initiation aux Arts Plastiques

    JOURNAL D’UNE PETITE FILLE (TRÈS) AGÉE

    107

    Après avoir grimpé les quatre étages, je sonne.

    La porte s’ouvre, observe un temps léger de suspicion, puis laisse le

    passage.

    Gloupppsss… ! Là c’est une walkyrie qui nous accueille.

    La casquette multicolore a fait place à un bandeau de tissu, sorte de catogan

    détourné, dont le vert amande à croquer laisse émerger une houppette de

    boucles rousses au sommet du crâne.

    Au verso, on a l’émouvante réalité d’un lâché de cheveux gris.

    Chère Boule-de-feu !

    Ses yeux, pétillants entre un bleu et un vert, accompagnent en bonus un

    virevoltant accueil.

    Toute une fresque de toiles colorées nous conduit au salon principal.

    Il fait sombre. On distingue une console de marbre et bronze sous les

    lambris.

    Après cette pénombre aux accents d’opéras wagnériens, le salon s’ouvre sur

    une embellie. Un mobilier de style Louis quinze, accuse de ses surlignages

    dorés une volonté protocolaire. Entre bergères et secrétaires, tables

    napperonnées et autres objets, nous nous installons.

    Boule-de-feu, doigts entrecroisés au niveau du menton, fait grimper son

    regard jusqu’aux hauteurs vertigineuses de l’un de mes amis.

    Un lonlong jeune homme.

    Il se nomme.

  • BOULE DE FEU ou L’initiation aux Arts Plastiques

    JOURNAL D’UNE PETITE FILLE (TRÈS) AGÉE

    108

    Avec dans la voix cette fragilité courtoise qui ouvre un espace de mystères.

    De mon côté je présente le jeune couple.

    Boule-de-feu installe ses intentions de lire sa biographie sur la rampe de

    lancement.

    Mes amis me lancent un regard.

    Je les avais conviés à MA lecture de textes.

    D’un coup d’œil je les rassure. Non.

    Nous ne nous laisserons pas détournés. Mes doigts crispés sur ma pochette

    le confirment.

    Mais entre gens civilisés, jouons le jeu. Aussi lorsque le long- long jeune

    homme tente une offensive quant au déroulement des opérations, je montre

    ma pochette en murmurant.

    Boule-de-Feu accuse le coup avec courtoisie.

    Après tout, nous étions bien convenues du programme.

    Donc, Boule-de-Feu s’apprête à nous lire son roman.

    Soudain, s’adressant à mes amis :

    « Je vous préviens… ce roman contient des passages…. un peu… »

    Face au lonlong jeune homme, elle marque un point d’orgue.

    Il se rapetissait, centimètre par centimètre, avec les frilosités de l’escargot

    rentrant dans sa coquille.

    Boule-de-Feu ne savait plus que faire.

  • BOULE DE FEU ou L’initiation aux Arts Plastiques

    JOURNAL D’UNE PETITE FILLE (TRÈS) AGÉE

    109

    Un peu désarçonnée, mais….Pas trop.

    « Vous savez, il n’y a rien de … »

    C’en était trop.

    Le lonlong jeune homme tressaillit. Puis fit une tentative.

    De périphrases en périphrases, il réussit à faire comprendre qu’il ne tenait

    pas à entendre certaines choses.

    Boule-de-Feu, excitée par ce cas qui lui semblait surréaliste, gratta encore

    plus.

    « Mais enfin, je ne comprends pas.. » Faisant cliqueter sa houppette de

    boucles rousses.

    Le lonlong jeune homme, que ces manœuvres commençaient de titiller,

    sortit sa dague. Déclarant tout de go qu’il se réservait pour sa promise. Que,

    il craignait… que…. ces descriptions...

    Ne l’entraînassent vers des voies… diaboliques…

    Enfin, de balbutiements en éructations syncopées, il fallut trancher.

    Boule-de-Feu demeura interdite.

    Face au mélange explosif, le jeune couple observait un silence

    diplomatique. Mais Boule-de-feu se ravisa.

    Et proposa un marché : sur un signe, elle ferait savoir au lonlong jeune

    homme qu’il aurait tout loisir de se retirer dans la pièce voisine.

  • BOULE DE FEU ou L’initiation aux Arts Plastiques

    JOURNAL D’UNE PETITE FILLE (TRÈS) AGÉE

    110

    Néanmoins, elle insista, à l’aide de petites minauderies sur les dommages

    collatéraux et la perte de sens que, l’évacuation des scènes d’amour

    risquait de produire. Le lonlong jeune homme reconnut le fait.

    Mais se raidit un peu plus dans ses boots. Dorés.

    L’eau et le feu s’embrassaient à bouches folles.

    Marché conclu.

    Boule-de-Feu commença sa lecture.

    Tout de suite l’auditoire fut sous le charme. Le texte, certes pas ce qu’on

    appellerait un grand style, compensait par la fraîcheur de la chose qu’on sent

    avoir été vécue. Et cette authenticité qui impulsait une force au récit,

    fruitait des vibrations .Celles de la VIE.

    Qui rejoignaient par delà les arcanes du temps l’histoire muette de tous ces

    objets, les délivrant par là même de leur destin…

    Cela était une surprise .D’autres nous attendaient.

    Au début, Boule-de-Feu s’astreignait à lever un doigt lorsqu’une scène

    s’annonçait.

    Aussitôt le lonlong jeune homme s’éclipsait.

    Je prenais soin de le rappeler dès que le « Danger » était écarté.

    Ainsi se passèrent les premiers chapitres…

  • BOULE DE FEU ou L’initiation aux Arts Plastiques

    JOURNAL D’UNE PETITE FILLE (TRÈS) AGÉE

    111

    Comme on s’en doute, aspirée dans le feu de l’action, Boule-de-Feu perdit le

    contrôle, enchaînant sur un passage redoutable.

    Lorsque la porte claqua on prit la mesure du danger.

    Qu’allait-il se passer ??

    Mes amis, comme moi, étions sous influence. Nous avions, tout au long du

    récit, consenti à nous y perdre. Et le fabuleux destin de Babette était devenu

    le nôtre.

    Avec elle nous pédalions .Avec elle nous volions vers l’amour, nous avions

    quinze ans .Et tout obstacle était pulvérisé d’avance. Aussi le long-long

    jeune homme, dépourvu de cette carrure d’armoire à glace tétralogique

    propre à dissuader toute offensive, se vit contraint de ravaler ses états d’âme.

    Du moins c’est ce que l’on crut.

    D’ailleurs les » Passages » se firent plus rares.

    Se noyant dans la trame du récit. Colorant de sensualité chaque scène,

    chaque parole, jusqu’au souffle même qui traversait l’histoire, même si la

    grande Histoire occupait le devant de la scène.

    Rendant plus difficile, voire impossible, le démêlé entre le permis et

    l’interdit.

    Cependant, les retraits dans la pièce voisine se faisaient plus longs. J’avais

    beau tambouriner sur la porte, le lonlong jeune homme se faisait désirer.

    Cela dit, Boule-de-Feu enchaînait de plus belle. Allegro furioso.

  • BOULE DE FEU ou L’initiation aux Arts Plastiques

    JOURNAL D’UNE PETITE FILLE (TRÈS) AGÉE

    112

    Bien sûr, un nouveau « Passage » ne manqua pas d’arriver.

    C’est alors que le long-long jeune homme, d’une voix de caneton, proposa

    une version plus soft des passages. Afin de pouvoir mieux résister.

    Devant l’ébahissement général qui accueillit sa proposition scénique, il fit

    un pas de côté …

    Çà me rappelait soudain cette américaine au momart de New York qui,

    avec la plus grande innocence, commandait une reproduction de Picasso. En

    rose….

    Donc, Boule-de-Feu dut bondir de plain-pied dans le cœur du réacteur.

    Elle fit une contre-proposition.

    En l’occurrence, utiliser une sonnette.

    Tout le monde acquiesça.

    Main gauche sur la sonnette. Main droite sur la souris. C’était parti.

    Un coup à droite : oui caresses prends un « r ».Un coup à gauche : « Alerte à

    Malibu ».

    Mes craintes de croisements d’accessoires ne furent pas vaines :

    les » Passages » n’étaient pas tirés au cordeau.

    Ils se distribuaient, se fondaient avec d’autres idées, selon le rythme de

    l’histoire. Tant et si bien que le lonlong jeune homme, las de ce ballet, dut

    faire face au choix drastique : partir ou rester.

  • BOULE DE FEU ou L’initiation aux Arts Plastiques

    JOURNAL D’UNE PETITE FILLE (TRÈS) AGÉE

    Après quelques hésitations, il déclara qu’il attendrait dans la pièce voisine la

    fin du roman.

    Sur un soupir, Boule-de-Feu lâcha sa sonnette.

    Et reprit le récit.

    L’action se fit plus intense. Les chapitres défilaient. A flux tendus.

    Soudain, la pendule de la cheminée sonna vingt heures.

    Il restait encore une dizaine de chapitres…

    Tandis que le couple discutait des évènements du roman, je m’inquiétais du

    lonlong jeune homme.

    La porte était restée entre baillée…Je la poussais…

    Un silence obscur m’enveloppa.

    Après quelques instants, je discernais la silhouette du lonlong jeune

    homme.

    Il s’était assoupi dans une bergère.

    Et là, devant lui, autour de lui, en haut, en bas, des toiles recouvraient les

    murs.

    Montrant dans leur plus crue réalité, dans toutes leurs dimensions, ce que,

    dans son innocence, il n’avait pas voulu entendre.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Exécutif
Retraites, chômage, énergie : Macron attaque sur tous les fronts
Le président de la République souhaite mener à bien plusieurs chantiers d’ici à la fin de l’année : retraites, chômage, énergies renouvelables, loi sur la sécurité, débat sur l’immigration… Une stratégie risquée, qui divise ses soutiens.
par Ilyes Ramdani
Journal
La Cnil saisie d’un recours collectif contre la « technopolice »
La Quadrature du Net a recueilli les mandats de 15 248 personnes pour déposer trois plaintes contre les principaux outils de surveillance policière déployés un peu partout en France. Elle demande notamment le démantèlement de la vidéosurveillance et l’interdiction de la reconnaissance faciale. 
par Jérôme Hourdeaux
Journal — Santé
Soins non conventionnels : « Les patients ont une spiritualité, une part d’irrationnel »
Parmi les soins non conventionnels, au très large public, il y a de tout : certains ont trouvé une place auprès de la médecine traditionnelle, d’autres relèvent de la dérive sectaire. Le chercheur Bruno Falissard, qui a évalué certaines de ces pratiques, donne quelques clés pour s’y retrouver. 
par Caroline Coq-Chodorge
Journal
« L’esprit critique » cinéma : luxe, érotisme et maternité
Notre podcast culturel débat des films « Sans filtre » de Ruben Östlund, « Les Enfants des autres » de Rebecca Zlotowski et « Feu follet » de João Pedro Rodrigues.
par Joseph Confavreux

La sélection du Club

Billet de blog
Les sulfureuses éoliennes de la baie de Saint-Brieuc en débat
[Rediffusion] A l’initiative d’Ensemble ! deux débats ont été organisés les 24 et 25 septembre autour du projet de parc éolien dans la baie de Saint-Brieuc. En voici le compte rendu vidéo, avec mon intervention, présentant mes enquêtes sur Mediapart, et les prises de parole de Katherine Poujol (responsable de l’association « Gardez les caps !) ou encore de Lamya Essemlali (présidente de Sea Shepherd France).
par Laurent Mauduit
Billet de blog
Éolien : vents contraires !
[Rediffusion] Mal aimées parmi les énergies renouvelables, les éoliennes concentrent toutes les critiques. La région Provence Alpes-Côte d'Azur les boycotte en bloc sans construire d'alternatives au « modèle » industriel. le Ravi, le journal régional pas pareil en Paca, publie une « grosse enquête » qui ne manque pas de souffle...
par Le Ravi
Billet de blog
Saint-Jean-Lachalm, un village qui a réussi ses éoliennes, sans s'étriper
Saint-Jean-Lachalm, un village de la Haute-Loire qui a trouvé le moyen de ne pas s’étriper lorsque l’idée d’un champ d’éoliennes a soufflé dans la tête de son maire, Paul Braud. En faisant parler un droit coutumier ce qui, de fil en aiguille, a conduit… au chanvre.
par Frédéric Denhez
Billet de blog
Le gigantisme des installations éoliennes offshore en Loire Atlantique et en Morbihan
Un petit tour sur les chemins côtiers en Loire Atlantique et en Morbihan pour décrire et témoigner du gigantisme de ces installations offshores, de la réalité de l'impact visuel, et de quelques réactions locales.
par sylvainpaulB