Pierre-Henri Tavoillot : Laïcité, tolérance et multiclulturalisme

Quelques définitions Pierre-Henri Tavoillot https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre-Henri_Tavoillot, De mieux en mieux ET de pire en pire, Odile Jacob, 2017 Multiculturalisme, intégration, assimilation Multiculturalisme, intégration, assimilation. Si le débat n'a pas fini de faire rage dans les chaumières sur les modalités du "vivre ensemble".

Quelques définitions

Pierre-Henri Tavoillot https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre-Henri_Tavoillot, De mieux en mieux ET de pire en pire, Odile Jacob, 2017

Multiculturalisme, intégration, assimilation

Multiculturalisme, intégration, assimilation. Si le débat n'a pas fini de faire rage dans les chaumières sur les modalités du "vivre ensemble", c'est peut-être aussi (et surtout) parce que les termes n'ont pas été assez bien définis. Voici une petite proposition simple de distinction.

Le multiculturalisme défend l'idée d'une collectivité sans culture ou identité dominantes. Pour lui, toutes les différences sont respectables, à égalité, et il faut veiller scrupuleusement à ce qu'aucune ne prenne le pas sur les autres. Idée sympathique, mais qui peut se déployer selon des modalités très variables : depuis l'éloge de la créolité (dénonciation de la domination d'une culture unique) jusqu'à l'interdiction en France de la présence d'un sapin de noël dans une école au nom du respect dû aux cultures non chrétiennes... Bref, le multiculturalisme peut être : soit la simple description d'une situation de pluralité ; soit une idéologie qui prône la diversité, la mixité et le métissage comme des idéaux.

L'intégration c'est la reconnaissance des différences dans un cadre commun défini à la fois par des règles juridiques (égalité de droit) mais aussi par des mœurs d'une culture posée comme majoritaire ou dominante. Ainsi sera dit intégré un musulman qui fait le ramadan sans en faire tout un plat ; un Tibétain qui apprendra le français et se conformera aux lois de la République ; un Shikh qui acceptera de déposer son poignard traditionnel en entrant à l'école sans couper ses cheveux en quatre... (méthode générale pour déterminer des aires limités par des courbes) : le contraire est ségrégation.

L'assimilation, c'est la neutralisation des différences dans une identité commune assumée.

Ainsi,  sera dit, assimilé, ce Chinois nommé Chen, né en Chine, qui choisit d'appeler son fils Marcel ; cet italien qui, vivant en France, depuis 30 ans se serait enfin décidé à abandonner son accent. Deux exemples très improbables... L'assimilation, c'est quand on ne voit plus la différence. Le contraire est différenciation.

Cette distinction simple (voire simpliste) permet aussi de voir que ces trois niveaux ne sont pas sul le m^me plan. Le multiculturalisme a une fonction pus critique et polémique que positive et politique, car il vise à dénoncer, dans une situation donnée, les excès d'un conformisme ou d'une uniformité. En revanche, il ne permet pas de fonder un modèle de société ni de cohabitation, tout simplement parce que  la diversité est infinie. Et une fois qu'on, aura parlé de la diversité des origines, des cultures, des langues, des genres, des préférences sexuelles, das capacité physiques...il restera encore la différence des caractères, des tailles, des gènes, des préférences morales, des options politiques, des goûts et des couleurs... Le terme de culture n'ayant pas de contours précis, le multi X ... ne s'arrête jamais.

Les Québécois en ont fait l'expérience quand, revendiquant leur différence face aux Canadiens anglophones, ils se sont fait accuser de méconnaître les différences des natifs indiens du Québec. Opprimés par les anglophones, ils devenaient les oppresseurs des Indiens. Et ainsi de suite, chacun devenant la victime de tous... homo homini victima. "Je souffre donc quelqu'un doit en être responsable", disait Nietzsche.

L'intégration a sans doute une visée plus politique que critique puisqu'elle tente d'articuler les différences acceptables et le cadre commun qui leur permet de coexister. L'intégration vise à définir les conditions minimales de la vie en collectivité, même si l'arbitrage entre les différences acceptables et le cadre commun est toujours susceptible d'être remis en cause, contesté, discuté, critiqué, modifié. On le voit avec le cas du (des) voile (s) notamment, acceptable (s) pour le suns, intolérable (s) pour les autres.

L'assimilation relève, dans les démocraties libérales tout au moins, d'une logique plus éthique que politique, car elle touche aux choix quotidiens et souvent à la sphère privée. Elle concerne le mode de vie, le choix du conjoint, les méthodes d'éducation... S'il peut être légitime d'avoir l'assimilation comme horizon, il est difficile d'en envisager une réalisation politique sans l'adhésion des populations concernées (sauf à sortir du cadre libéral).

D'ailleurs on peut rappeler que le débat assimilation/intégration a déjà eu lieu de manière violente dans notre pays.

C'était à propos des Algériens "indigènes" qui, ne coulant plus être des citoyens de seconde zone après leur contribution majeure à la Libération, ne se satisfaisaient plus de l'intégration que certains colons commençaient à admettre du bout des lèvres : ils exigeaient l'assimilation et une "Algérie française" ! Cette histoire oubliée explique sans doute bien des errements des débats d'aujourd'hui

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