Le game n'est pas la même chose que le playing...

Le game n'est pas la même chose que le playing, il est jeu mais jeu réglé, presque programmé par toutes sortes de contraintes et de stratégies dans lesquels le sujet se débat pour en tirer le meilleur parti, s'affaire, parfois avec génie, pour réussir ses performances.

Le game n'est pas la même chose que le playing, il est jeu mais jeu réglé, presque programmé par toutes sortes de contraintes et de stratégies dans lesquels le sujet se débat pour en tirer le meilleur parti, s'affaire, parfois avec génie, pour réussir ses performances. Le game est l'introduction du monde de la guerre ou du champ de course dans l'espace du jeu, par l'exigence de compétition et de dépassement des performances. Il est plus proche d'u exercice virtuel que de l'expérience créatrice de l'art. Il devient le modèle de ces jeux de l'économie expérimentale qui organise l'art du gouvernement politique d'aujourd'hui, il appartient pleinement, dans sa nature et sa fonction, au domaine de la lutte, lutte contre soi, lutte contre l'autre, voir contre le hasard.

Ce qui ne veut pas dire bien évidemment que la game est à proscrire, puisque les deux formes du jeu se révèlent indispensables pour enrichir l'expérience du monde. Mais le game est également un jeu intéressé par ses résultats et peut-être est-ce qui explique en partie la place privilégiée qu'il occupe dans le monde contemporain.

Seul le playing détient cette inutilité essentielle par laquelle le jeu humain localise culturellement l'expérience par laquelle le jeu humain localise culturellement l'expérience fondamentale qui le maintient à distance des risques majeurs que sont le rationalisme instrumental et formel comme l'expérience hallucinatoire * . Le playing, jeu spontané, s'inscrit dans un espace particulier, ni au-delà, ni au-dehors, dit Winnicot, fait de confiance et d'abandon, au sein duquel nous manipulons les objets du monde extérieur en les affectant des valeurs psychiques du rêve. Mais à aucun moment, l'investissement paradoxal de ce qui est réalisé au cours du jeu ne doit être résolu, puisque c'est "pour rire et non pas pour de vrai". Il ne faut surtout pas résoudre ce paradoxe dans lequel réalité et rêve sont un temps confondus, sinon le jeu s'arrête, on tombe dans le monde pur du rêve ou dans celui de la réalité.C'est parfois ce qui se produit lorsqu'au cours du jeu les excitations sexuelles et agressives deviennent telles que le jeu s'arrête. Le playing est donc un mode d'exploration de si-même et de la réalité, essentiel dans l'expérience vitale d'un sujet. Le game permet également l'exploration du monde, il peut se rapprocher du playing, mais il demeure, comme le dit Winnicott "avec ce qu'il comporte d'organisé, comme une tentative de tenir à distance l'aspect effrayant du jeu [playing ] **.

Autrement dit, non seulement du point de vue de la subjectivité, mais encore pour le vivre-ensemble de la collectivité, l'expérience culturelle seule peut éviter la monstruosité du rationalisme morbide, dont nous avons vu jusqu'où il pouvait aller, comme celle des idéologies hallucinées et hallucinantes qui finissent par faire l'éloge de la mort et de la destruction du monde concret au nom du monde transcendant ou abstrait. Ce qui veut dire concrètement que les arts et les humanités tout ce qui participe à la fabrique de l'homme ne doit en aucune manière être négligé au profit des enseignements professionnels comme cela l'a été ces dernières années.

* Cf. Roland Gori,Le corps et le signe dans l'acte de parole, Paris,, Dunod, 1978

**Donald W.Winnicott, opus cité page 71

(source : Roland Gori : La fabrique des Imposteurs page 282 à 284)

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