LINDEN BLOSSOM : « Nous sommes Lumière gelée, vivement le  dégel »

« Nul, s’il ne consent à être poète, n’entrera dans notre jardin des Hespérides ».  Platon

 

DE LA RAME…
À LA « PELLE À VANNER »

 

Voici un bouquet de « Billets d’humeurs », pris dans le rayon laser
d’un phare.
De Platon :
« Nul, s’il ne consent à être poète, n’entrera dans notre jardin des
Hespérides ».
À Debussy :
« J’essaierai de voir, à travers les œuvres, les mouvements multiples
qui les ont fait naître et ce qu’elles contiennent de vie intérieure ; n’est-ce
pas autrement intéressant que le jeu qui consiste à les démonter
comme de curieuses montres » ?
En passant par Leonardo Da Vinci :
« Bref, il y avait deux façons de percevoir les couleurs : celle qui passait
par la sensibilité de la rétine et celle qui passait par le « Champ
magnétique « qui nimbait les êtres et les choses ».

LE RAMEUR
Ou
ULYSSES AUX MILLE TOURS :
LE RETOUR DU CHAMAN
Alors que sous la ramure d’une verte coulée je pratiquais mon
exercice quotidien « Le Rameur », vint vers moi un jeune homme.
Sans transition il s’adressa à moi, me corrigeant lorsque ma posture
était défectueuse. Et ce avec une gentillesse totalement désintéressée.
Un échange commença sur un ton de parfaite civilité, à caractère assez
pédagogique quant à l’exercice. Bientôt, mon regard avisé me conduisit
à m’enquérir de son statut. Après une stratégie d’évitement évidente, il
me donna à entendre qu’il était un migrant d’origine congolaise,
fraichement débarqué. Mon empathie naturelle fit qu’une sorte de

malaise me traversa portée par des sentiments de compassion
respectueuse envers sa dignité.
Mais quelque chose en lui ne manqua pas de me surprendre.
Dans son regard je voyais la mise en abime de forces obscures, les
ruines des villes incendiées, les massacres ethniques et la hache de
guerre encore ruisselante du sang de ses frères et en même temps, une
sérénité d’une brillance stellaire, me rappelant celle des prophètes
hébreux du désert égyptien, le vaisseau d’une plénitude émergeant des
temps immémoriaux, charrié sur les lames de fond d’un chœur
murmurant :
« Oui, nous sommes tous dépositaires de ce grand songe Nilotique ».
Oui, je voyais poindre une lueur, faible mais présente, tel le soleil au
solstice de Noël et comme lui porteuse des promesses du printemps et
des accomplissements de l’été.
En grondement « Post mortem » la lumineuse psalmodie de l’Oracle :

« Heureux ceux qui auront su le reconnaître et l’accueillir car il
porte les prémisses de l’homme nouveau, de l’Homme Éternel »:
Ce jeune migrant réinvesti à son insu de la dignité de l’ « Antica Vates »,
au chevet de la vieille Dame Europe agonisante d’arthrose spirituelle,
n’est ce pas le Ciel qui nous envoie cet « Ange de la Visitation » dont
Nietzsche par la bouche de Zarathoustra annonça non pas «
Uebermensch », mais « Urmensch », l’homme primordial ?
L’instant d’un Éternel éclair j’ai senti l’Ange Gabriel de
l’Annonciation me frôler de son aile…
Ne ressemble-t-il pas au vent fou dont nul ne sait d’où il vient et où il
va ?
Sa seule force est la sagesse millénaire inscrite au cœur de la cellule et
dans son ADN ainsi que Tony Nader l’a magistralement démontré dans
son œuvre traversée de divination où il met en résonance la physiologie
humaine avec la littérature des Védas.
« Brahma est dans la cellule », en écho lointain avec Einstein
découvrant que dans un atome se trouvaient déjà des fragments de
conscience.

C’est cette intime conviction, cette fidélité aux infinies
scintillances de la Vie qui lui fait battre des ailes selon le principe
« Corruptio unius est generatio alterius » des vieux philosophes. Oui,
dans cette Europe agonisante, rappelons nous le visionnaire
Fulcanelli dans cet éloge de la « Nigredo » :
« C’est au moment où se déclare l’inertie corporelle, à l’heure même où
la nature termine son labeur que le sage commence le sien. Penchons
nous donc sur l’abîme, et le néant nous instruira. La naissance nous
apprend peu de choses, mais la mort d’où naît la vie peut tout nous
révéler. Elle seule détient les clés du laboratoire de la nature : elle seule
délivre l’esprit, emprisonné au centre du corps matériel » et encore :
« Ami, fais taire la partie de toi-même habituée à enchainer des concepts
et à observer des phénomènes détachés de leur contexte. Place toi en
communion avec l’Univers : laisse résonner une voix profonde qui
chante en toi comme en tout homme sans que tu lui prêtes oreille.
Alors seulement tu pourras entendre la langue chymique, saisir les
vraies choses et, à la fin, s’il plaît à Dieu, atteindre le but qu’avait
entrevu le jeune Arthur Rimbaud :
« Posséder la Vérité dans une âme et un corps ».
« Exactes, les opérations chymiques, certes, le sont, mais non comme
vous le concevez. Il faut d’abord qu’un brin de folie vous débarrasse de
cette rigidité qui vous entrave et vous aveugle. Rappelez vous que la
nature est avant tout jeu, danse et liberté » !
Quant aux frileux et rebelles à toutes prises de risques ils se coupent de
Magie de la Vie :
« Le joyau hermétique est aussi la chose la plus vile du monde et les
gîtes qui le fournissent en abondance sont « les fumiers, les latrines et
les anciens cloaques ». Nul ne doit enfin oublier que la sagesse est une
Mère folle, à l’image de la Gorgone dont se pare la poitrine de Pallas
Athéné.
Ce n’est plus le jeune migrant que mes yeux perçoivent
soudain, mais Ulysse sortant ruisselant des flots, prestigieux et dépouillé
de tout d’apparat hors cette « rame » qui a cessé de labourer « le dos
stérile de la mer », et je me surprends à guetter la nymphe Nausicaa qui
dans un élan d’amour le drapera de sa véritable vestiture…
« Seminate Aurum veltrum in terram albam foliatam »

« Semez votre or dans la terre blanche feuillée »


Linden BLOSSOM

 

 

 

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