Nouvelle approche pour les Balkans occidentaux: il est temps!

Les relations de l’UE avec les Balkans occidentaux semblent avoir pris un tournant positif ces derniers mois, avec la décision d’entamer les négociations d’adhésion jusqu’ici retardées avec l’Albanie et la Macédoine du Nord, et la fourniture d’un soutien médical et financier substantiel lié au COVID-19. Néanmoins, des problèmes fondamentaux demeurent.

Pour résoudre ces problèmes avec succès, il faudra de l'honnêteté et un véritable leadership lors du prochain sommet UE-Balkans occidentaux, le 6 mai.

Si la suppression du veto français et l'ouverture des pourparlers d'adhésion suggèrent des progrès en matière d'État de droit et de liberté des médias, la réalité est tout autre.

A l’instar de l'UE où l’on peut observer une érosion de la démocratie de l'intérieur - ne cherchez pas plus loin que la Hongrie et la Pologne - cette tendance se reproduit dans les Balkans. La crise COVID offre aux gouvernements l'occasion d'accélérer cette tendance négative.

La question de la corruption est toujours aussi problématique. L'UE a versé des milliards d'euros dans la région et a annoncé plus de 3,3 milliards d'euros d'aide financière liée au COVID. Les deux parties reconnaissent en privé que les fonds de l'UE continuent d'être mal dépensés.

Pour trop de gouvernements des Balkans occidentaux, l'adhésion à l'UE est une partie à jouer, mais pas un jeu qu'ils veulent gagner ou gagner rapidement. Il vaut bien mieux continuer à jouer l'UE contre ses rivaux géopolitiques et permettre au financement de continuer à circuler tout en évitant les freins et contrepoids incommodes inhérents à l'adhésion à l'UE.

Tout comme elle l'a fait avec la Turquie dans le passé, l'UE est également heureuse de jouer le jeu. Faire juste assez pour maintenir le semblant d'un véritable engagement en faveur de l'adhésion et de la stabilité régionale, tout en atténuant les ambitions de la Russie, de la Chine et de la Turquie dans la région.

Les véritables victimes de cette situation sont d’une part les citoyens des Balkans occidentaux, dont le désir de progrès politique et économique est contrarié avec, dans certains cas, des mouvements de recul, et d’autre part les contribuables européens qui continuent de payer la facture.

L'absence de leadership efficace de l'UE a ouvert la porte à d'autres, la Chine, la Russie et la Turquie, lesquels ont tous une meilleure compréhension de la mentalité de la région, et peu des scrupules ou des contraintes de l'UE, leur permettant de tourner la situation à leur avantage.

Les entreprises de l'UE ne sont pas, par exemple, les gagnantes de la privatisation des industries publiques et des programmes d'infrastructure financés par l'État.

Il est également révélateur que certains États des Balkans pourraient refuser l'offre d'aide financière liée au COVID. Pourquoi accepter celle-ci de l'UE alors que vous pouvez obtenir la même chose de ses rivaux géopolitiques sans les mêmes conditions?

De nombreux analystes soutiennent que l'UE a déjà trop de pain sur la planche et n'a tout simplement pas les ressources ou l'énergie pour réaffirmer son leadership et conduire à un véritable changement dans les Balkans occidentaux. Ils suggèrent même qu'il est peut-être temps de céder le leadership des efforts occidentaux aux États-Unis.

Ces arguments ne reconnaissent pas l'importance des Balkans occidentaux pour l'UE et les dangers auxquels elle est actuellement confrontée, dangers aggravés par l'impact de la pandémie COVID-19. Ils ignorent l'énergie et les ressources considérables déjà engagées.

Ce qui a tendance à être oublié, c'est le potentiel de la région. En faisant correctement les choses, l'UE pourrait exploiter ce potentiel économique tout en envoyant un message puissant sur la force du projet et des valeurs européens.

L'UE a besoin d'une stratégie plus honnête et plus affirmée si elle veut convaincre les dirigeants de la région de cesser de la jouer contre ses rivaux géostratégiques.

Le message à transmettre aux habitants des Balkans occidentaux, de plus en plus sceptiques quant aux possibilités d’adhésion, est que l’UE est pleinement attachée au processus d’adhésion et que ce sont leurs propres gouvernements qui font obstacle au progrès.

La nouvelle méthodologie et le nouveau plan d’élargissement de l’UE pour les Balkans occidentaux ne peuvent pas continuer comme à l’accoutumée. Ils doivent reconnaître que les fonds de l'UE continuent d'être utilisés de manière inappropriée. Ainsi, notre avis est qu’il faudrait créer un nouveau mécanisme véritablement indépendant pour contrôler la distribution et l'utilisation des fonds de l'UE.

L'UE doit également retirer la politique de ses évaluations des progrès «teintées de rose». Il faut beaucoup plus de rigueur et de transparence dans la façon dont les progrès, ou leur absence, sont mesurés. Et il faudrait mettre davantage l'accent sur la garantie de l'indépendance des institutions démocratiques.

L'environnement post-COVID crée des risques accrus, mais nous permet également de remettre en question les anciennes façons de faire. Le sommet UE-Balkans occidentaux offre une réelle opportunité pour l'UE de revigorer son approche des Balkans occidentaux. Pour les citoyens de la région, espérons que cette opportunité ne sera pas gâchée.

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