L' integration nécessite de l'intégrité pour être un succès.

La crise de santé publique que nous traversons tous oblige les États membres de l'UE à fermer leurs frontières et ainsi à se « distancier socialement » de ses voisins-partenaires. Mais, de manière contre-intuitive, le Dr Vladimir Krulj fait valoir que nous ne devons pas oublier l'objectif à long terme d'une plus grande intégration entre l'UE et ses voisins. L'Union européenne est «l'expérience la plus réussie de la coopération internationale dans l'histoire moderne», et il faut la chérir.

L'intégration est le processus dans lequel les pays candidats doivent d'abord adopter puis mettre en œuvre un large éventail de critères liés à ses secteurs politique, juridique, économique, social et culturel afin de se conformer aux normes de l'Union Européenne. L'intégrité de l'UE, en revanche, repose principalement sur l'État de droit, la liberté de la presse et le respect des droits de l'homme et des libertés civiles, soutenus par les institutions démocratiques. Mais que se passe-t-il si, dans un ou plusieurs États membres, ces piliers se détériorent? Que se passe-t-il lorsqu'un État membre comme la Hongrie, qui a rejoint l'Union en 2003, se retrouve aujourd'hui classé parmi les «20 pires sociétés qui ont constamment décliné au cours des 10 dernières années» et décrit comme «partiellement libre» par Freedom House dans son dernier rapport ?

Ou la Croatie, actuellement Présidente du Conseil de l'UE. Selon de nombreux analystes, groupes de réflexion indépendants ou acteurs de la communauté internationale des affaires, on peut y constater visiblement de nos jours l'impact majeur des magnats locaux sur le système judiciaire du pays, contraignant dès lors certains investisseurs internationaux à reconsidérer complètement leurs investissements en Croatie. Ce climat défavorable est le produit d’un fardeau administratif croissant, de l'imposition de barrières bureaucratiques inutiles et de l'ingérence par des acteurs externes dans l'état de droit et l'indépendance des tribunaux, obligeant par conséquent les investisseurs à consacrer du temps, beaucoup de temps, et consentir de nombreux efforts pour surmonter ces difficultés artificielles, lesquelles ne cessent jamais de revenir, de se reproduire, de se renouveler.

Il reste à voir si le président nouvellement élu de la Croatie, un politicien pro-européen expérimenté et convaincu, peut faire quelque chose pour remédier à la situation. S'il réussissait, cela signifierait-il alors que l'intégrité de l'UE dépendrait en définitive de dirigeants forts et de leur impact? A considérer la Hongrie, force est de constater que ledit impact a jusqu'à présent été , au contraire, malheureusement négatif.

La situation observée en Croatie a eu un effet supplémentaire sur les pays voisins et leur attitude vis-à-vis de l'intégration européenne. Si l'intégration est simplement conçue comme un moyen de parvenir à l’obtention de fonds européens et non plus comme un objectif national stratégique, aucun bénéfices sérieux ne sera obtenu. Ni pour les citoyens des pays candidats ni pour l'UE.

En vérité, face à un tel scénario, seuls les investisseurs chinois et russes et les magnats locaux sont susceptibles de s’enrichir. Alors que nous menons tous actuellement une bataille mondiale face au coronavirus, il pourrait s’agir, une fois les choses apaisées, d’une opportunité pour recentrer nos efforts en vue de renforcer les piliers fondamentaux de l'intégrité de l'Union européenne et renforcer le rôle de ses institutions.

L'intégration «en soi» n'est l'objectif final d'aucun pays candidat, de même qu’elle ne garantira jamais un processus démocratique durable. Comme cela s'est produit à de nombreuses reprises dans le passé, l'UE et ses voisins pourrait vouloir se tourner vers l'Amérique du Nord, toujours solidaire dans la promotion d’un tel agenda.

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