Macédoine du Nord et Albanie: adhésion en vue.

Alors que l'actualité continue d'être dominée par les effets sociaux et économiques du virus Covid 19 - le Conseil européen a trouvé le temps de faire de grands progrès en ce qui concerne l'élargissement de l'UE avec l'ouverture des discussions pour une adhésion future de l'Albanie et de la Macédoine du Nord.

Les États membres de l'UE ont convenu plus tôt cette semaine de donner leur feu vert à l'ouverture des négociations d'adhésion à l'UE avec la Macédoine du Nord et l'Albanie. La manière de prendre cette décision était également exceptionnelle, via une procédure écrite, eu égard à la situation sanitaire actuelle qui affecte l'Europe et le reste du monde.

Il est intéressant de noter que la Macédoine du Nord avait entamé des discussions avec l'UE avant la Croatie. Cependant, les complications dues au différend avec la Grèce quant au nom du pays ont provoqué d’interminables délais, jusqu'à ce qu'une décision sans précédent prise en 2018 par le Premier ministre d’alors de modifier le nom du pays ouvre la porte à des progrès dans les discussions.

Pour l'Albanie, des difficultés liées à l'état de droit, aux efforts en matière de lutte contre la corruption, à la criminalité, à la liberté d'expression et la protection des droits de l'homme étaient mises en avant, ce qui conduisit le Danemark et les Pays-Bas à bloquer l'ouverture des négociations d'adhésion en novembre dernier – à l’encontre des recommandations de la Commission européenne d’ailleurs.

De son côté, la Croatie a exercé un véritable lobbying pour que ces deux pays puissent ouvrir des négociations avec l'UE. Ceci était important non seulement pour le mouvement euro-atlantique qui gagne désormais la majorité des pays de la région, mais aussi pour contrer l'influence de la Russie, de la Chine et de la Turquie.

Il est extrêmement important et encourageant de voir comment les voisins, la Serbie et le Monténégro, eux-mêmes candidats, ont soutenu les efforts de la Croatie et d'autres pays de l'UE pour ouvrir les pourparlers d'adhésion avec la Macédoine du Nord et l'Albanie.

Aussi, le Président serbe Aleksandar Vučić et le Premier ministre albanais Edi Rama ont déjà échangés sur de l'idée d'un «mini Schengen» qui faciliterait l'échange de biens, de personnes, de services et de capitaux, améliorant ainsi l'économie et la vie quotidienne des populations. Bien qu'elle fut fortement critiquée par certains analystes, cette initiative a le mérite de témoigner des bonnes intentions de certains de mettre les mauvais souvenirs du passé derrière soi et d’envisager une coopération régionale constructive pour l’avenir. 

Il est dès lors impératif que toutes les sociétés dans les pays candidats à l'adhésion à l'UE adhèrent véritablement aux valeurs fondamentales de l'UE. Mais le défi que cela représente ne doit pas être sous-évalué. En effet, la situation de l'état de droit, la liberté de la presse, le respect des droits de l'homme et des libertés civiles constitue aujourd'hui de sérieux obstacles dans la majorité sinon l’ensemble des pays candidats sur leur chemin vers l'UE.

D'un autre côté, il serait juste de dire que, pour l'UE, l'acceptation des valeurs fondamentales ne représente qu'un côté du problème. Un autre aspect, plus difficile, de l'équation est bien de savoir comment inscrire ces valeurs au cœur de la société et en maintenir le respect.

Certains exemples de la manière dont les institutions démocratiques fonctionnent aujourd'hui en Hongrie, en Pologne et, dans une certaine mesure, en Croatie même sont plutôt inquiétants, pour ne pas dire déplorables. Il nous paraît que l'UE doit se concentrer sur le renforcement du rôle des institutions démocratiques et installer de véritables mécanismes pour leur assurer un fonctionnement efficace.

Il n’est pas interdit de penser que le président Macron se référait à ce point en particulier lorsqu'il abordait l'avenir de l'UE. Aujourd'hui plus que jamais, la question clé est la solidarité. Donner à la Macédoine du Nord et à l'Albanie la possibilité d’entamer leur processus d'adhésion à l'UE offre un nouveau point de départ prometteur.

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