ONG: le bâillonement des citoyens passe aussi par les menaces aux associations

A travers l'Europe, de plus en plus de gouvernements menacent, voire coupent les subventions aux associations qui émettent publiquement des avis sur les politiques qui concernent tous les citoyens. Deux réseaux associatifs, CIVICUS et le Forum Civique Européen, sont revenus là dessus dans un article paru initialement dans The Diplomatic Courier

Les ONG muselées en Europe Les ONG muselées en Europe

"Le gouvernement se concentre désormais sur les ONG, mais bien sûr pas d'une bonne manière": c'est ainsi que débute l'article, citant une militante associative de la ligue tchèque des Droits de l'Homme.

Ils sont de plus en plus nombreux, les acteurs associatifs qui s'élèvent contre des coupes arbitraires imposées par leurs gouvernements nationaux. La décision du gouvernement tchèque de réduire de 116 millions d'euros l'enveloppe aux associations (20% du montant annuel) vise avant tout "les associations avec un but politique", alors que d'importantes élections arrivent dans le pays début octobre. 

Les Tchèques ne sont pourtant pas les seuls à subir de telles menaces sur leur existence même. Outre les cas tristement célèbres de la Hongrie, où le gouvernement s'évertue à punir les organisations de Droits de l'Homme en taxant de 25% les dons faits à celles-ci, la Pologne où le parti conservateur au pouvoir a mis en place un Institut National de la Liberté par lequel transitent tous les fonds dédiés au monde associatif et donc forcément très sélectif sur les bénéficiaires, c'est désormais à des pays comme la Roumanie ou l'Autriche qui se mettent à "prioriser" les actions des associations. Suite à l'installation de la coalition ÖVP-FPÖ à Vienne, le gouvernement est décidé à réduire les subventions aux organisations travaillant avec les migrants et les femmes, car cela ne "fait pas partie de leurs priorités de financement pour cette année".

Un déferlement de commentaires péjoratifs en ligne et dans la bouche des politiques

Comme le soulignent les auteurs, les décisions budgétaires impactant les associations vont généralement de pair avec des tentatives de décrédibilisation des associations ou bien même des menaces ouvertes envers ces dernières. Rien qu'en France ces derniers mois, le Ministre de l'Intérieur a sommé les "associations d'aller déployer leur savoir-faire ailleurs", tandis que le président de la République les a accusé de "faire le jeu des passeurs". De telles déclarations, paraissant au premier abord inoffensives sur l'opérabilité des associations, favorisent pourtant un climat de haine et de rejet du monde associatif dans son ensemble.

Le terme ONG est ainsi régulièrement repris sur les réseaux sociaux en des termes péjoratifs, certains les considérant comme des dangers à la sécurité nationale ou bien encore la porte d'entrée des migrants... 

Sondage Figaro du 28 juin 2018 © Le Figaro Sondage Figaro du 28 juin 2018 © Le Figaro

 Bien que la plupart bénéficient de donations privées, celles-ci ont également tendance à diminuer avec les campagnes négatives visant les associations, les donateurs préférant garder leurs distances avec les accusations dont elles font l'objet.

La liberté de s'associer bafouée partout en Europe

 L'article ne manque également pas de souligner que le phénomène ne touche pas uniquement des pays "illibéraux" mais bien l'ensemble de l'Europe, avec seulement 13 des 28 Etats-Membres qui respectent entièrement trois principes fondamentaux que sont la liberté d'expression, la liberté de rassemblement et la liberté de s'associer.

A une époque où il n'a jamais été plus simple de partager sa haine avec le plus grand nombre et dans un contexte de polarisation de l'opinion publique, s'attaquer aux associations pour flatter un électorat conservateur semble être le nouveau credo des politiciens européens, mode qui est en train de se renforcer à l'approche des élections européennes.

Il est pour cela urgent de démontrer la valeur ajoutée au sein des sociétés démocratiques des associations, leur rôle en tant qu'intermédiaires entre citoyens et autorités publiques. Dans un contexte de méfiance vis-à-vis des politiques, de participation électorale en berne, les associations sont celles qui militent pour une participation accrue de toutes et tous, pour que tout le monde puisse s'exprimer de manière tolérante. S'en prendre à elle comme c'est le cas actuellement ne peut conduire qu'à plus de dégoût, de rejet et il est vital que celles et ceux se considérant démocrates prennent la défense du monde associatif.

Laisser faire reviendrait à couper un des liens encore existant entre les citoyens et les institutions.

 

L'article original peut-être trouvé via le lien suivant: https://www.diplomaticourier.com/alarm-bells-ring-as-eu-governments-take-aim-at-funding-to-political-ngos/

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.