Lettre ouverte à M. Emmanuel Macron

Mon cher président. Avec tout le respect que je vous dois, j’ai deux mots à vous dire.

 

Mon cher président.

Avec tout le respect que je vous dois, j’ai deux mots à vous dire.

 

De moi à vous, je suis de ces personnes que vous n’imaginez même pas exister parce que vous ne tenez pas compte de nous dans vos calculs. Et pourtant en tant que musulmane modérée, intégrée qui sent bon (comprenez : qui paye ses impôts, avec un casier judiciaire vierge et qui reçoit zéro assistanat de l’Etat) j’ai voté pour vous. Je me souviens du jour ou naïvement vous m’avez conquise. Vous avez condamné la colonisation comme un crime barbare contre l’Humanité, n’en déplaise à votre actuel chef de gouvernement qui d’après sa déclaration à la télévision regrette ces temps là. Ce jour là, j’ai pleuré de joie. Mon père qui avait le crâne fêlé par la crosse d’un fusil français, je l’ai imaginé, six pieds sous terre, envahi d’un peu de paix

Trois ans au pouvoir, vous avez certainement été malmené par tant d'événements s’enchaînant tels des tsunamis. Et malgré que je sois en soutien des gilets jaunes et leur cause, en soutien à tous ceux qui ont des recommandations, dans ma naïveté je vous plaignais car vous payiez plus pour les négligeances et bévues d’autres gouvernements avant le votre.

Les élections approchant à grand pas, vous m’avez planté un couteau dans le dos.  En inventant un mot “séparatisme” si ambigu si confus qu’il ne fait qu’engraisser l’amalgame. Il l’engrosse même et le fait accoucher d’une vraie crise sociale. Par pitié dites moi vous voulez séparer quoi de quoi?  Vous nous séparez en communautés minoritaires et isolées du corps de la nation, vous nous isolez et dessinez une cible rouge sur notre dos. Eux les intégristes ils n’attendent que ça pour cueillir nos enfants dans les chats et les réseaux sociaux. Ils n’attendent que votre rejet pour leur promettre une pseudo patrie virtuelle et utopique qui, dans le moins pire des cas, les tuera.

Laissez moi en paix puisque je vis en paix et je laisse les autres en paix!. Depuis vos interventions étriquées, je vis l’humiliation permanente d’ un manque de respect envers ma personne. Que vous ai-je fait? Je ne suis pas votre ennemie, j’étais même votre électorat et pendant que d’autres vous disaient banquier, égoïstement, je me disais : Au moins ce n’est pas un raciste. Aujourd’hui j’exige que vous respectiez mon intégrité, mon existence, et que vous arrêtiez de nous créer une peur si énorme qu’on se réveille, et se couche constamment la peur au ventre.

Même dans mes cauchemars les plus fous d’un gouvernement d’extrême droite sans discernement, bien facho, je n’ai jamais pensé en arriver là. C’est comme si on ne souffrait pas assez d’islamophobie et de racisme comme ça. Il a fallu que vous en rajoutiez une couche, que vous choisissiez des ministres  à la fois pyromanes et pompiers. Ce n’est pas vivable pour nous monsieur le président, de nous lever le matin et d’éviter nos compatriotes qui ont été biberonné tous les 20h à la peur jusqu’aux oreilles. Faut voir combien le regard de ma gentille boulangère a changé, combien mes voisins de plus en plus inquiets, se permettent de venir vers moi et me disent “Et toi, tu fais quoi à la maison avec tes enfants?”.

 

Depuis quelques années, Je dois me justifier déjà de porter un foulard dans la vie de tous les jours.

 

Maintenant, Je dois aussi me justifier pour ce que je fais chez moi. Ne vous en déplaise, Je vis avec MES enfants la plus belle des expériences. Et je vous le dis aujourd’hui, journée mondiale contre le harcèlement, que l’instruction en famille a sauvé mes enfants de douloureuses expériences reliées à ça. J’ai consacré mon temps, mon âme, ma vie à leur apprendre bien plus que ce que la majorité des écoles n’a à leur apprendre : L’Autonomie, Le respect, L’Astronomie, la géopolitique, la gastronomie, la métaphysique, comment sauver une vie, comment coudre, comment respecter une femme, le corps humains, la nutrition, la santé, l’amour de l’artisanat et l’usage de leurs deux mains en plus de leur cerveaux, des notions de la physique quantique, l’empathie avec autrui, l’amour des autres dans du bénévolat, le respect de notre planète, etc...mais je me rends compte que finalement la chose la plus importante que je leur ai inculqué en leur choisissant des rencontres matures et bienveillantes, riches et enrichissantes : c’est qu’ils sont respectés en tant qu’enfant au teint bazanés, aux cheveux frisés et au prénom à consonnance arabe, qu’ils sont dignes et pas des punching ball  à cause de leur faciès ou de leur prénom.

Je peux vous assurer monsieur le président, c’est que vous devriez me passer sur le corps pour défoncer ma porte et faire revenir mes enfants à l’école. Je suis respectueuse des lois, mais là c’est un droit constitutionnel que vous touchez et au lieu d’user de mon énergie à me battre avec vous, vous me poussez à l’user pour me défendre de vous.

Vous visez le terrorisme et l’intégrisme, c’est très bien je vous comprends. Mais  nous ne sommes pas la pinãta de fortune sur laquelle vous tapez tous à l’aveugle pour faire tomber des voix du front national. ça suffit! Les intégristes en rient à gorge déployée de vous voir ainsi charrier dans vos actions hasardeuses, à l’emporte pièce, des millions de musulmans qui n’ont aucun lien avec le terrorisme.

Nous voulons lutter avec vous, alors au lieu de nous stigmatiser, de nous demander d’agir en communauté, intégrez nous, soyez fédérateur, attaquez vous aux conditions d’immigration qui n’ont que peu changé dans les faits, attaquez vous au coeur du problème, à ces gens qui gangrènent la république petit à petit et qui sont un véritable problème, mais laissez-nous en paix, j’ai envie autant que vous, voire  plus, de voire ces assassins  tomber. Notre prophète lui est malmené, sali par les terroristes, alors pitié ne jouez pas leur jeu. La liberté d’expression oui, attaquez-vous à moi, à nous musulmans, on en rira peut-être, caricaturez nous à longueur d’année, vous n’imaginez combien nous musulmans nous pouvons être durs et critiques envers nous même. Mais pas notre prophète.

Parlez aussi du Mali, 50 intégristes tués au Mali, voilà une bonne action. Ne pas en parler suffisamment c’est faire croire aux français que ces attentats sont lunatiques et les actes d’individus isolés. Or souvent tout est lié avec ce que fait la France à l’internationale. C’est une guerre terrible qui s’annonce. Si vous nous impliquez et que nous comprenons ce qui se passe, cela générera moins la peur que de croire que ses propres voisins musulmans peuvent un jour se retourner brusquement contre les non-musulmans. Même si ça fait 20 ans que je vis dans le même quartier, vous nous avez pourri nos rapports avec nos voisins et amis non musulmans, et je vous en veux pour ça. 

Ce soir, en vous parlant, j’ai le coeur meurtri par un sentiment d’injustice et de traque. En indécrottable optimiste j’avais l’espoir que ça s’arrangera, que je me réveillerai un jour et tout serait mieux. Mon espoir s’amenuise jour après jour. Aujourd’hui je vous en veux. Demain je ne voterai pas pour vous, j’ai compris que je n’étais qu’une offrande aux voix de l'extrême droite sur l’autel des élections. Si seulement vous mesuriez l’étendue des dégâts de vos actions sur nos vies de tous les jours, déjà suffisamment bousculées en soi par la covid et la peur du terrorisme, et la douleur du deuil.

 https://www.youtube.com/watch?v=V2cELj6fC8g&t

 

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