Une campagne de populismes

La possibilité d'un second tour Marine Le Pen / Jean-Luc Mélenchon continuer de marquer la fin de campagne. Mélenchon, qui n'avait pas été analysé en vainqueur possible, est forcé de montrer qu'il est crédible. La gauche joue son avenir, pendant que le FN reste silencieux, comme tétanisé dans l'attente du verdict du premier tour. Le futur président est-il de ces deux là ?

Dernière semaine avant le scrutin. Pour beaucoup, déjà l’heure de faire le bilan sur une campagne qui – tout le monde semble s’accorder à le dire – n’aura pas volé haut. Pour d’autres, l’occasion de jeter toutes ses forces dans l’espoir d’arriver au second tour, et pour d’autres encore, gérer son effort pour en avoir sous la pédale pour le sprint final. L’un des vainqueurs de cette campagne, c’est d’ores-et-déjà le populisme. 

D’après les sondages, près de la moitié des électeurs seraient tentés par Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon. Si ces deux là sont bel et bien très différents, il n’en reste pas moins que leur discours repose sur le ressort populiste. Le populisme de droite, c’est le Front National. Il conquiert son électorat par les rejets : mondialisation, immigration, islam, Europe, régime en place, modernité. « Nous n’en voulons plus » scandent-ils. Ils ne disent pas qu’ils en ont peur, ils ont passé ce stade et rejettent. Dire qu’ils sont effrayés pourrait amener à élaborer des solutions différentes de la leur qui n’est ni plus ni moins que le nationalisme. 

La solution proposée par le FN, c’est un pouvoir autoritaire et l’Etat protecteur et bienveillant (une forme de socialisme, même si plusieurs courants très opposés existent au FN à ce sujet) pour les français « de souche » : les autres se démerderont. Le « de souche » restant bien entendu à définir ; une chose est sûre, le français de souche n’est pas musulman. Marine Le Pen sait très bien qu’une partie de son électorat provient de contre-révolutionnaires nostalgiques de la guerre d’Algérie, qui a une revanche à prendre sur les arabes. Il ne restait qu’à opérer un petit glissement entre arabes et musulmans pour pouvoir assumer cette position sans trop de risque, puisqu’il devenait possible d’associer islam et terrorisme. 

Or le terrorisme est le terreau du FN actuel, ainsi que des régimes Russes ou Syriens par exemple, qui énoncent : « sans régime autoritaire, vous aurez le terrorisme ». L’opposé le plus clair de Marine Le Pen, c’est tout ce qui est libéral/libertaire, tout ce qui se pose comme alternative à l’autorité. La colère des « Black Bloc » vis-à-vis d’elle n’est pas là pour rien. Et sa crainte de la rue libre non plus. 

Dans la campagne électorale qui se joue, son ennemi numéro 1, c’est Emmanuel Macron. Etant donné qu’il est aussi l’adversaire direct, nous le verrons plus loin, du populisme de gauche, il a été fortement affaibli. En continuant un peu sur ce fil de pensée, on pourrait dire que le rempart le plus solide du libéralisme politique se situe donc du côté des conservateurs, voire très conservateurs. C’est pour cela que je pense que Fillon a toutes les chances de parvenir au second tour.  

Le populisme de gauche, revendiqué par Catherine Mouffe et Jean-Luc Mélenchon, c’est le Front de Gauche. Ses ambitions sont claires : créer une gauche qui s’adresse à l’électorat populaire, et qui ait une chance d’accéder au pouvoir. Etape obligatoire : se définir comme la seule « vraie » gauche. Pour y parvenir il fallait éliminer le parti socialiste, ce qui est presque accompli : le pauvre Hamon, qui espérait faire de même avec le PS, y a laissé des plumes. Cette volonté n’est pas nouvelle, elle n’est pas originale, elle me semble provenir de la New Left américaine des années 2000, cette force politique qui a émergé de mouvements comme les 99% ou Black Lives Matter, nourrie par la déception (prévisible et prévue) de l’espoir porté par les mandats de Barack Obama. Toute ressemblance avec le mandat de François Hollande est purement fortuite. L’adversaire de la New Left, ce sont les « Liberals » américains, en d’autres termes, plutôt le centre.

En France, le premier adversaire du Front de Gauche, ce sont les sociaux-démocrates. Le populisme de gauche se base sur un rejet de ce qu’ils appellent néo-libéralisme, et sur l’anéantissement de toute idée d’un libéralisme progressif. Le Progrès, disent-ils, ne saurait être libéral. Les américains ont un peu moins de mal à prononcer le mot que nous : ce qu’ils disent, c’est que le progrès, c’est du ressort du Socialisme. Ce qui est appelé gauche populaire, populisme de gauche, ne serait donc que l’émergence d’un nouveau Parti Socialiste en France. Pas sûr, et difficile à dire.

Mélenchon est parvenu, avec l’aide de Hamon, à éliminer toute revendication « de gauche » de Macron. Cette tâche là est accomplie avec succès. Il est confronté à de nombreux problèmes, qu’il n’a pas de temps pour résoudre :

1.     Sa progression s’est faite sur l’électorat de Hamon. Le vote FN n’a visiblement que peu évolué. Est-ce que l’électorat populaire est séduit ?

2.     Il revendique une position souverainiste, ce qui donne au PS le champ libre pour s’assumer comme une force de gauche Européenne. Peuvent-ils s’entendre ?

3.     Lui-est il possible de trouver une explication à son soutien indéfectible des régimes de Chavez, Castro ?

4.     Il n’a jamais fait de concession ou de compromis. Parle d’insurrection, d’insoumission. Son tract parle à la colère. Sous quel régime peut-on gouverner ainsi ?

5.     Sa base militante – féroce – redouble d’agressivité dans les dernières semaines, depuis que le projet du Front de Gauche est attaqué. Au point d’en devenir caricaturale, mais avec des trolls capables du pire. Quelles seront les conséquences ?

6.     Comment ne pas douter de sa passion récente pour l’écologie ? Comment expliquer le paradoxe ancien-internationaliste / souverainiste ?  

7.     Sa percée dans les sondages a créé l’épouvantail absolu des libéraux-progressistes, des entrepreneurs, de la majorité des partenaires commerciaux de la France, de la droite, des catholiques : la possibilité d’un second tour entre populismes.

8.     Vouloir faire dégager tout le pouvoir en place, cela est-il suffisant pour gouverner ?

Jean-Luc Mélenchon a fait une campagne brillante. Il est cultivé, s’exprime avec lyrisme, séduit les foules, a généré un désir et des attentes, et a donné un espoir. Il voulait son 1793, il l’a eu. Nous sommes en 2017. Bernie Sanders a perdu et a conservé de sa magie. Tsipras lui, a gagné. Que souhaiter à Mélenchon ? Marine Le Pen, elle, n’a pas vraiment fait campagne. Qui sera au 2nd tour ?

De mon coté, je n’ai jamais cru aux lendemains qui chantent.

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