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Billet de blog 8 déc. 2021

Lidl, des prix bas rendus possibles par la souffrance des salariés

Lidl, le vrai prix des bonnes choses. C'est derrière ce slogan très sympathique que Lidl a réussi une opération reconquête qui s'est avérée payante. Des bons produits à des prix très compétitifs et du choix. Cette vaste opération de communication a dupé les ventes, augmenté le nombre de clients et fait de l'enseignement Lidl un acteur incontournable de la grande distribution.

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"Lidl, le vrai prix des bonnes choses". C'est derrière ce slogan très sympathique que Lidl a réussi une opération reconquête qui s'est avérée payante. Des bons produits à des prix très compétitifs et du choix. Cette vaste opération de communication a dupé les ventes, augmenté le nombre de clients et fait de l'enseignement Lidl un acteur incontournable de la grande distribution.

Mais à quel prix? L'enquête révélée par Mediapart sur les pratiques managériales de l'enseigne jaune et bleue font froid dans le dos et interrogent nos consciences. Les prix bas ont souvent un coût humain et le récit fait par Cécile Hautefeuille et Dan Israël vient nous le confirmer encore une fois. Derrière les prix bas, il y a les quantités souvent astronomiques qu'il faut écouler mieux connus sous le mot "objectif". Des objectifs souvent inatteignables qui mettent sous pression les salariés. Vendre, vendre, vendre et toujours plus pour espérer figurer en haut du tableau de classement. Il n'y a pas de place pour les moyens, progresser à son rythme ou faire un chiffre d'affaires juste correct.  Il faut être le meilleur tout le temps et partout. Et celui qui va décerner ce label sans le savoir, c'est le consommateur. Le consommateur en France est très sensible aux questions de dumping social mais il est aussi prisonnier de sa condition sociale qui l'empêche d'acheter des produits plus chers et socialement moins coûteux pour la collectivité.

Quelle solution adopter? Boycotter Lidl? Très difficile quand les ressources dont disposent les ménages modestes leurs permettent à peine de finir le mois avec un magasin de proximité comme Lidl. Les différents récits contés par les deux journalistes scandalisent, insupportent et même dégoûtent le commun des lecteurs mais sans leur offrir les moyens de décider d'un mode de consommation alternatif, plus vertueux et socialement moins coûteux pour les salariés. Les prix bas, trop bas cachent toujours une contrepartie amère : des conditions de travail dures rythmées par des cadences infernales, des temps de pause réduits, une surveillance accrue des salariés et une déshumanisation des relations professionnelles. Celui ou celle qui n'aura  pas la force et l'endurance psychologique de supporter un tel cadre sera broyé. Voilà comment Lidl essaie de faire gagner ses clients en pouvoir d'achat. Si l'enquête menée par Mediapart risque d'écorner l'image du groupe allemand, le volume de ses ventes ne sera vraisemblement pas impacté car les Français ne sont pas prêts à payer plus cher leur panier alimentaire. Pas prêts, surtout pas capables vu les niveaux élevés d'inflation et le déclassement social généralisé.

C'est donc bien la souffrance au travail qui sert de levier aujourd'hui pour accroître le pouvoir d'achat des clients. Il faudra désormais lire le célèbre slogan "Lidl, le vrai prix des bonnes choses" avec beaucoup plus d'esprit critique.

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