Fichage à la RATP : les centres bus de Croix-Nivert et Point du Jour impliqués

Une affaire de fichage peut en cacher une autre à la RATP. En effet, ce scandale qui touche désormais au moins cinq centres bus de l'entreprise de transport n'a pas fini de révéler tous ces secrets.

Une affaire de fichage peut en cacher une autre à la RATP. En effet, ce scandale qui touche désormais au moins cinq centres bus de l'entreprise de transport n'a pas fini de révéler tous ces secrets. Après que la CGT ait été la destinaire de deux fichiers illégaux tenus par les centres bus de Bords de Marne et Quai de Seine/ Ivry Lebrun, c'est l'UNSA qui divulgue aujourd'hui la création d'un nouveau fichier totalement illégal découvert dans les centres bus de Croix Nivert et de Point du Jour. Un fichier dans la droite lignée de ce que nous avons pu observer sur les fichiers révélés précédemment.

Les grévistes, les malades mais aussi les agents qui ont bénéficié de formations et du chômage partiel sont au coeur du dispositif de fichage mis en place par ces deux établissements, un fichage censé servir de "base de travail" pour trier les agents en fonction de leur conscience politique et de leur productivité.
Ces fichiers à répétition mettent la direction dans un embarras certain car ces découvertes la confrontent à ses déclarations antérieures où elle affirmait avec un brin d'indignation que "cette initiative est en contradiction formelle avec les règles en vigueur au sein de la RATP et une enquête interne a été lancée dont nous tirerons toutes les conséquences, c’est-à-dire les sanctions et mesures correctives appropriées".

Celle-ci se retrouve en effet empêtrée dans un tourbillon de mauvaises pratiques qui plombent irréversiblement  les valeurs d'excellence, d'attachement à l'humain et de professionnalisme qu'elle revendique dans ces campagnes de communication pour attirer les talents de demain. Ces fichiers occultes ont-ils été diligentés par le département bus lui-même? C'est en tout cas ce que croient les machinistes de la RATP partagés entre colère et résignation après ces révélations en cascade.
Plus personne ne croit en effet à des initiatives isolées. Les machinistes ont acquis l'intime conviction que ces méthodes sont généralisées et même institutionnalisées au mépris du code du travail, de la constitution et des salariés œuvrant chaque jour pour le service public.

La commission de classement version 2020 risque donc d'être un véritable simulacre d'égalité des chances puisque les grévistes, à commencer par eux, font la course à l'avancement avec un boulet à chaque pied. Des boulets à porter comme une sanction d'avoir bravé le pavé pour dire non à la régression sociale. Ce fichage pose inévitablement la question ô combien cruciale de l'atteinte au droit de grève en France alors qu'il est protégé ou censé l'être par la constitution. Or l'exécutif ne semble vraisemblablement pas préoccupé par ce qu'il faut bien appeler un festival de procédés douteux tenus de surcroît par une entreprise publique.

Qui ne dit mot consent. C'est le dicton qu'inspire le silence assourdissant du président de la république, le dit garant de la constitution qui n'est en réalité que l'exécutant d'une feuille de route où les défenseurs de la solidarité doivent payer au prix fort leur militantisme.

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