Suicides des agents SNCF dans l'indifférence générale

La SNCF fait face à une vague de suicides jamais vues depuis sa création. Les cheminots, managers et cadres de l'entreprise ferroviaire sont dans un état moral et psychologique calamiteux et la direction de la SNCF dans un déni qui fait froid dans le dos.

La SNCF fait face à une vague de suicides jamais vues depuis sa création. Les cheminots, managers et cadres de l'entreprise ferroviaire sont dans un état moral et psychologique calamiteux et la direction de la SNCF dans un déni qui fait froid dans le dos.

57 suicides pour la seule année de 2017. Et précisons que ces personnes qui se sont donnés la mort l'ont fait sur leur lieu de travail ce qui interpelle à minima sur les raisons d'un tel geste. En tout cas, la direction se lave les mains de ce phénomène funèbre qui frappe de plein fouet l'entreprise publique invoquant systématiquement des causes personnelles à ce passage à l'acte. Un moyen qui visiblement marche très bien pour échapper à ses responsabilités puisque très peu de cas de suicides ont été reconnus en accidents de travail.

Le découpage de l'entreprise, la concurrence avec son cortège de régressions sociales ont fini d'achever le moral des troupes. Se projeter dans l'avenir est devenu impossible pour les cheminots qui paient un très lourd tribu dans ce décompte macabre car ils sont une cible de choix pour les concepteurs de cette concurrence sauvage. Salaires, protection sociale, conditions de travail sont autant de sujets que la direction entend raboter pour se mettre au niveau des standards d'une compétitivité européenne fût-ce au prix de drames sociaux en pagaille.

Le personnel de la SNCF pris dans ce tourbillon de changements aussi rapides que brutaux est bien la variable d'ajustement de l'entreprise. Le management est impitoyable et pas de place pour les résistances. Les syndicats eux, ont plus l'allure de monstres en papier que d'un vrai contre-pouvoir capable de freiner ce modèle compétitif au rabais. La grève ratée du printemps en est la preuve éclatante. Dans un contexte de pouvoir d'achat en berne, le mouvement de grève n'a pas tenu deux mois obligeant les grévistes à reprendre le travail pour retrouver des feuilles de paie à quatre chiffres.

Les mesures disciplinaires engagées par la direction après ce mouvement de contestation pour sanctionner les grévistes ont d'ailleurs aggravé le climat social déjà bien délétère. Et la prime concédée bon gré mal gré par la SNCF ne suffira pas à combler le gouffre qui sépare désormais les têtes pensantes de ceux qui ont les mains dans le cambouis.

Moral au plus bas, avenir condamné et syndicats impuissants, voilà les ingrédients qui peuvent faire imploser l'entreprise à l'image du mouvement des gilets jaunes. L'avenir en suspens.

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