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Billet de blog 20 oct. 2022

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Jean Castex nommé PDG de la RATP sans même avoir besoin de « traverser la rue »

Le recyclage du personnel politique est toujours possible dans la République exemplaire d’Emmanuel Macron. Et même pas besoin de traverser la rue, une fois congédié de son cabinet ministériel, la planque est toujours assurée. C’est en ces termes familiers qu’on pourrait parler du recasage de Jean Castex qui va prendre la tête de la RATP.

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Le recyclage du personnel politique est toujours possible dans la République exemplaire d’Emmanuel Macron. Et même pas besoin de traverser la rue, une fois congédié de son cabinet ministériel, la planque est toujours assurée. C’est en ces termes familiers qu’on pourrait parler du recasage de Jean Castex qui va prendre la tête de la RATP.

Ce dernier a d’ailleurs été aperçu dans le métro parisien il y a quelques jours, tel un voyageur lambda sans garde rapprochée ni voiture de fonction. Pour faire « proche du peuple », c’est toujours bien de prendre les transports en commun surtout quand on envisage de prendre les rennes de l’entreprise qui les dirige. Jean Castex va donc incessamment sous peu prendre le siège du président directeur général de la RATP et on ne l’imagine pas pour un salaire inférieur à celui de celle qui l’a précédée, c’est-à-dire 350000 euros par an.

Catherine Guillouard a quitté l’entreprise pour des « raisons personnelles » selon un communiqué laconique qui a failli suscité l’empathie des salariés malgré sa funeste politique rétrograde qui s’est inscrite dans le sillage des directives gouvernementales et européennes. Les salariés sauront plus tard que c’était pour une autre opportunité dans le privé et, on l’imagine, pour un bien meilleur niveau de rémunération. Cette dernière s’étant fait augmenter son salaire de 50000 par an en 2019, mécontente alors de ces 300000 euros annuels. Il ne faudra en tout cas pas attendre plus de mansuétude de la part d’un ex-Premier Ministre qui a exécuté mécaniquement la feuille de route du président de la République.

Ce jeu de chaise musicale fait encore une fois la démonstration que la France demeure bien une république bananière où le clientélisme et le copinage sont rois. Renvoies d’ascenseurs pour bons et loyaux services, échanges de « bons procédés », services et recyclage des personnalités en fin de carrière politique pour les aider à tenir jusqu’à la retraite sont les mêmes pratiques que les Français ne peuvent que malheureusement déplorer.

Emmanuel Macron disait en 2018 avec un aplomb déroutant à un jeune privé d’emploi « je traverse la rue, je vous en trouve » (du boulot). Une phrase qui a marqué le quinquennat précédent de par le déconnexion au réel et le gigantesque mépris qu’elle exprime.

Dans le cas de Jean Castex, même traverser la rue n’était pas nécessaire pour remonter en selle là où des hommes et des femmes de 57 ans (l’âge de Jean Castex) n’arrivent plus à retrouver un emploi sinon des emplois qui les condamnent à une précarité sans fin. Emmanuel Macron, le roi de la formule décalée, disait aussi la même année « je n’ai pas réussi à réconcilier les Français avec ses dirigeants ». Mais comment y arriverait-il en usant et abusant des mêmes pratiques antiméritocratiques qui gangrènent la République depuis si longtemps?

C’est donc toujours « le fait du prince » qui décide des destinées de la France et ce n’est pas prêt de changer dans un contexte où le « travailler plus pour gagner plus » est remis au goût du jour et où le gouvernement fait désormais usage du 49-3 sans même remettre en question le bien-fondé démocratique d’un tel article encore présent dans notre constitution. Jean Castex sait qu’il peut finir sa carrière tranquille sur un fauteuil plus que confortable où il s’attèlera bien évidemment à continuer la basse besogne entamée par Catherine Guillouard. Casse du statut, durcissement des conditions de travail, filialisation de l’entreprise et précarisation des salariés sont au menu pour les agents RATP. Quel avenir radieux!

Ça ne devrait donc pas être trop difficile pour l’ex-locataire de Matignon vu que son passage à rue de Varenne lui a permis de montrer toute l’étendue de son talent dans le saccage des conquêtes sociales françaises.

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