Grève sans déclaration d'intention assumée par les cheminots SNCF

Droit de retrait ou droit de grève, il faut choisir. C'est en substance ce que le Premier Ministre a répondu au cheminots qui ont utilisé leur droit de retrait suite au grave accident survenu en Champagne Ardenne entre un TER et un convoi routier sur un passage à niveau.

Droit de retrait ou droit de grève, il faut choisir. C'est en substance ce que le Premier Ministre a répondu au cheminots qui ont utilisé leur droit de retrait suite au grave accident survenu en Champagne Ardenne entre un TER et un convoi routier sur un passage à niveau.

Mais est-ce en ces termes que la question se pose? Le droit de grève ayant été quasiment vidé de sa substance depuis la loi portée par Nicolas Sarkozy qui contraint désormais les grévistes à une "déclaration d'intention individuelle", il ne reste donc plus que le droit de retrait pour exprimer son mécontentement. Même si ce droit de retrait a sans doute été dévoyé de son vrai sens, il n'en demeure pas moins légitime puisque la grève qui est la forme d'expression revendicative à l'origine de toutes les conquêtes sociales françaises à été littéralement muselée. Se déclarer 48 heures avant est une atteinte manifeste et grave au droit de grève et si la France perd de plus en plus de terrain sur le front social ces dernières années, c'est en grande partie à cause de cette déclaration d'intention individuelle qui a stoppé cet effet de contagion de la grève.

Ce droit de grève quasi-confisqué depuis 2008 permet donc à une économie libérale agonisante de maintenir des inégalités criantes et surtout de garder le contrôle sur une population qui prend conscience qu'on l'emmène au devant de cataclysmes sociaux et climatiques majeurs.

Le service minimum qu'on nous promettait alors comme l'alpha et l'image de cette nouvelle loi liberticide est de moins en moins assuré puisque la grève du 13 septembre à la RATP, une grève qui se veut le préambule d'un mouvement social long et massif dès le 5 décembre, à été un succès ou plutôt un échec cuisant pour les autorités politiques. A tel point que la présidente de la région Île-de-France et d'Île-de-France Mobilités a même un temps proposé de durcir encore davantage le droit de grève.

Et la sémantique employée par ce petit monde bourgeois qui officie sereinement sur les ondes médiatiques est soigneusement choisie puisqu'on ne parle pas de droit de retrait ni de grève mais de "grève sauvage". Des mots visant à accabler, bien sûr, des cheminots qui luttent courageusement pour la sauvegarde de leur entreprise et d'un service public en plein délitement. Ces cheminots qui, rappelons-le, ont et sont encore aujourd'hui malgré les difficultés de notre époque, à l'avant garde d'un âpre combat pour la justice et le progrès social.

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