Caricatures de Mohamed : liberté de s'exprimer ou liberté d'humilier?

La liste des pays arabo-musulmans qui ont décidé de boycotter les produits français s'allonge dangereusement.

La liste des pays arabo-musulmans qui ont décidé de boycotter les produits français s'allonge dangereusement.

Depuis le meurtre de Samuel Paty et  l'instrumentalisation nauséabonde qui en a été faite, les dirigeants des pays du Moyen-Orient sont de plus en plus nombreux à dénoncer un simulacre de lutte contre le terrorisme en France qui n'est en réalité qu'une campagne de communication visant à flatter les plus bas instincts de ce pays. On sait que la France de Vichy vit encore. Si Petain est mort, son âme, elle, continue d'inspirer bon nombres de gens qu'on continue d'appeler des "intellectuels". Sauf que nous vivons aujourd'hui dans un économie mondialisée où tout se sait instantanément. Les salves islamophobes émanant de la classe politique mais aussi de journalistes, éditorialistes et chroniqueurs ne se comptent plus et ont déjà fait le tour de la toile.

D'où l'appel à se detourner des produits français pour alerter le monde sur le racisme qui sévit en France et qui prend les musulmans pour cible en les rendant collectivement coupable du meurtre de Conflans-Sainte-Honorine. On y trouve Tefal, Danone, Bic, Président, Lancôme et bien d'autres marques qui sont le fer de lance de l'industrie français. Cette liberté d'expression à laquelle les Français se disent si attachés est donc maintenant à l'épreuve des affaires. Les "bons penseurs" ne voient désormais la liberté d'expression que par le prisme des caricatures du prophète Mahomet. Etrange non? Des caricatures mettant en plus ce personnage sacré de l'islam dans des postures peu flatteuses. C'est ça la liberté d'expression, diront ses défenseurs les plus acharnés.

Montesquieu et Diderot doivent se retourner dans leur tombe. Eux qui ont promu l'État de droit, ont critiqué le roi et expliqué les vertus d'une séparation des pouvoirs au péril de leur vie. Voir cette liberté d'expression ramenée à de simples dessins irrespectueux vis-à-vis de toute une communauté, il y a de quoi s'inquiéter pour la liberté d'expression et la vocation qu'on veut lui donner.
Mais la provocation ne s'arrête pas là puisqu'une partie de la classe politique exhorte même les établissements scolaires à distribuer dès la rentrée à chaque élève un livret qui recense les caricatures du prophète Mohamed Pourtant des exemples de liberté d'expression bafouées, la France en regorge. Entre la grève des transports réprimées dans la violence, les gilets jaunes éborgnés,  amputés et emprisonnés et la loi sur le secret des affaires, il y a largement de quoi faire pour lutter contre la dictature de la pensée. Chacun comprend que l'attachement à ces caricatures de Charlie Hebdo tiennent moins à l'amour des Français pour la liberté de s'exprimer qu'à la volonté d'humilier la communauté musulmane dans ce qu'elle a de plus sacré.


Pas sûr en tout cas que ces caricatures portent haut les valeurs de la France dans le monde car l'histoire récente de notre pays, de la seconde guerre mondiale à l'occupation du Mali en passant par la colonisation de l'Algérie, ne plaide pas pour une France ouverte et tolérante. S'ajoute maintenant le risque économique que font courir ces caricatures aux grands groupes français et qui pose la question suivante : le jeu en vaut-il la chandelle?

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