Élections générales en Sierra Leone

Wilkinson Road. Un rond-point force les voitures à ralentir. Sur le bord de la route, un homme en rouge harangue les automobilistes. Quelques mètres plus loin, un autre vêtu de vert fait de même. Ce sont des militants des deux principaux partis politiques en Sierra Leone.

Le 7 mars, les Sierra-léonais sont appelés à élire leur nouveau président, renouveler le Parlement et les conseils locaux. Seize partis se présentent sur la ligne de départ. Deux sont clairement favoris. Les rouges et les verts.

Les rouges de l’ACP, l’« All People’s Congress ». Parti du président sortant Ernest Bai Koroma qui ne peut pas se représenter. Il a déjà effectué les deux mandats de cinq ans prévus par la Constitution. C’est son actuel ministre des Affaires étrangères, Samura Kamara, qui tentera de maintenir l’ACP au pouvoir. Les verts du SLPP, le « Sierra Leone People’s Party, ont choisi Julius Maada Bio pour les représenter. Déjà candidat en 2012. Les Sierra-léonais le connaissent bien. En 1992, il fait partie de la junte dirigée par le capitaine Valentine Strasser qui renverse le gouvernement de l’ACP. En  1996, il écarte à son tour le capitaine. Il rend le pouvoir deux mois plus tard et part vivre aux États-Unis.  Ahmad Tejan Kabbah qui vient d’être élu président lui succède.

La campagne est animée. Les militants des différents partis défilent en ville. Sorte de grand carnaval. Sound-system chargé sur un pick-up. Les militants suivent à pied, à bord de poda-poda1 affrétés pour l’occasion ou juchés sur des camions. Ils dansent, chantent, font résonner les vuvuzelas.

Chacun son jour. Lundi est celui du SLPP à Freetown. Impossible de manquer ses supporteurs. Ils sont tout en vert. Perruque et gobelet compris. De mon balcon, je les vois parader sur le pont d’Aberdeen. Mardi, l’arc-en-ciel est de sortie. Couleur du NGC, « National Grand Coalition ». Un nouveau parti, formé par des anciens du SLPP. Certains observateurs pensent qu'il peut créer la surprise. Remettre en cause le "bipartisme" qui gouverne la Sierra Leone depuis l’indépendance. Mercredi est le jour de l’APC. La grosse machine du parti au pouvoir est de sortie. La ville se couvre de rouge. Des milliers de militants occupent les rues de Freetown jusqu’à tard le soir.

L’ambiance festive est trompeuse. Les deux militants du rond-point, faisant campagne l’un à côté de l’autre sans incident, ne sont pas la norme. De fortes tensions existent entre les partis politiques. Les affiches « Stop aux violences électorales » collées dans les rues nous le rappellent. En tant qu’étranger, on nous recommande d’éviter de porter des couleurs qui pourraient être interprétées comme un soutien à tel ou tel parti. On signale déjà des dizaines d'incidents plus ou moins graves.

Rendez-vous le 7 au soir pour savoir si la journée de vote s’est bien déroulée. Les résultats devraient tomber quelques jours plus tard. Certains craignent cette phase d'attente où la tension devrait monter d'un cran encore. Les supporteurs des rouges sont confiants. Beaucoup sont persuadés de revivre le scénario de 2012. Une victoire au premier tour. Résultat pourtant peu probable. À l'époque, le président Koroma avait profité pleinement d’un contexte économique très favorable pour être réélu. Aujourd’hui, le bilan du gouvernement ACP est beaucoup plus mauvais. Sa gestion de la crise Ebola est très critiquée. Plusieurs millions de dollars d’aides reçus pour faire face à l'épidémie ont disparu. Un second tour est plus que probable. Un match ACP contre SLPP ou une surprise du NGC. Avec une victoire finale de l’opposition, tout à fait envisageable, selon de nombreux observateurs.

 

1 Minibus privé servant de transport en commun

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.