Faites, comme moi, un test rigolo comme tout: envoyez un sms à un ami, dans lequel vous prendrez le soin d'insérez un message du genre "J'ai envie d'acheter de nouvelles chaussettes...". Vous verrez que, quelques heures après, vous serez la cible de spams vous proposant des chaussettes de toutes sortes.
Parano? Pas du tout, ça marche à tous les coups, j'ai testé pour vous!
C'est bel et bien de la violation de la vie privée par intrusion non sollicitée et n'ayons pas peur des mots, par effraction. Mais que fait la police? A qui faudrait-il s'adresser pour porter plainte? Quelles preuves avons nous pour pouvoir affirmer cela? Plusieurs tests de ce genre suffiraient t il à le prouver? Qui est à l'origine de ce trafic de mots clés? Les opérateurs téléphoniques n'y sont pas pour rien, sûrement.
Désormais, le nouveau "Patriot Act" franchouillard encouragera davantage ce genre de pratique.
Cela vaudrait peut être le coup pour un journaliste d'investigation de Mediapart de se pencher sur la chose, d'ailleurs. Il y a sûrement "anguille sous roche" suivant l'expression politico-médiatique du moment.
Quelqu'un m'a raconté, l'autre jour, une anecdote assez effrayante:
Une personne de sa connaissance qui se retrouvait du jour au lendemain avec des crédits qu'elle n'avait jamais contracté sur le dos. La banque finissant par lui donner raison, tout est bien qui finit bien, ou presque; car la seule gêne qui lui donne encore cette affaire est qu'elle doit se déplacer à chaque fois pour justifier de son état d'usurpée.
Le fait de voler l'identité de quelqu'un est en soi répréhensible par nos lois, mais le fait de la "donner" sous la moindre contrainte est toujours défendable?
Cela dépend de la contrainte.
Que tu te fasses choper dans un coin par un gars armé pour te détrousser, c'est une chose. Tu n'as pas décidé de ton gré de lui donner ton portefeuille, on te le vole. C'est bel et bien de vol dont il s'agit. Tu te laisses faire car l'instinct de survie à fait son job.
En revanche, lorsque tu "donnes" ton identité à Apple ou à Facebook, en échange d'une technologie, aussi fascinante soit-elle, et au nom de la reconnaissance du système informatique, t'es pas défendable. Tu ne peux pas te dire violé alors que tu es consentant en quelque sorte.
Tu la donnes en connaissance de cause car c'est écrit que tu acceptes les cookies, etc... Et tu ne peux donc pas la ramener.
C'est ce que nous faisons, pour la plupart d'entre nous, tous les jours que dieu fait.
Nous cédons le bien le plus intime qui est notre vie privé de notre plein gré et sans nous en inquiéter plus que cela.
Dans l'ancienne civilisation du dieu Or, il y a une autre religion qui s'impose petit à petit: la religion de l'octet et ses huit bits. ( Après le chat a neuf queues, l'octet à huit bits... Bof! )
Comme pendant la course à l'or de jadis, aujourd'hui il y en a qui se goinfrent plus que d'autres.
Tu fais un achat sur internet et on t'abonne malgré toi à la newsletter. T'es désormais un demandeur de biens de consommations, repéré, empaqueté et étiqueté, prêt à être revendu.
Et toi tu y gagnes quoi en retour? Le droit d'être au fait de la dernière ligne de cuisines encastrables. Fichtre! C'est pas cher payé ça!
Pourtant, la grande distribution de l'octet y fait des benefs colossaux. Oui mais toi, comme le petit producteur d'antan, tu te fais arnaquer. Tu te tues à la tâche de consommateur pour une misère. Pour toi un octet c'est un octet, t'as même pas pu te payer 64 Go dans ton iPhone 6...
Pourquoi ne réclamons nous pas plus cher pour notre état de targettisation? (Le fait de devenir des "targets", des cibles commerciales).
Nous pourrions réclamer, par exemple, plus d'échantillons gratuits...
Non, je déconne.
On le paye un bras un appareil qui vient de sortir et en retour on a quoi? Le droit de se livrer corps et âme, les poings liés, à ce monstre acéphale qui nous prend dans les mailles de son filet construit comme une toile d'araignée. Il sait tout de nous.
Si on est lecteur du Parisien seulement aux toilettes, il sait quand nous y sommes et connaît l'heure exacte où notre cerveau est le plus ramolli et suivant le temps que l'on y séjourne, si nous avons besoin de dragées laxative ou pas.
Il connaît notre positionnement géographique par GPS à tout moment. Certes, on a encore la possibilité de le neutraliser. Mais au fait, le GPS, c'est pratique quand on se perd, pourquoi le neutraliser? Un service contre un autre...
Nos parents se seraient ils déjà perdus dans la jungle? La preuve que non: nous sommes là. Là il s'agit de confort, c'est tout.
Nous vendons pas cher notre intimité, nous permettons à ce cauchemar tordu, que même G. Orwell n'a osé imaginer, de connaître toutes nos habitudes, nos goûts, nos penchants, nos site de cul préférés, pour un peu de confort supplémentaire ou pour frimer avec le gadget dernier cri.
Après Big Brother, Big Data?
Pour avoir le droit d'exhiber le dernier joujou qui parle et qui fait "non, non, non", dont tu n'es pas propriétaires, tu est prêt à vendre ton âme. La possession de telle technologie, en effet, n'en est pas une. Elle pourrait s'apparenter à une location détournée. Par l'obsolescence programmée qui fait, en plus, marcher le commerce, c'est toi qui te fais posséder en toute bonne conscience. Une obsolescence d'un autre genre, une obsolescence imparable, car lorsque le nouveau modèle est lancé par le big boss en manches de chemise criant "Amazing" à tout bout de champs, tu te "sens" obligé d'obtempérer et l'acheter. Personne ne t'y oblige, l'ancien marche parfaitement. Tu est donc l'heureux "utilisateur" de ce nouvel objet de convoitise qui n'a rien de plus, si ce n'est une application supplémentaire pour mieux te pister, t'ausculter et accéder à tes fonctions vitales pour connaître en détail ton état de santé et te faire sentir obligé, pour la même occasion, d'acheter la watch à 600 € qui t'auscultera h24.
Cela pourrait bien devenir utile et monétisable lorsqu'on aura réussi à démanteler le système de santé publique au profit des prédateurs de l'assurance privée. On met ces données sous le coude en attendant de développer la technologie et d'équiper tout le monde...
Le modèle économique du "Donnant-donnant", mon cul.
Tu sais tout de moi monstre sans tête, tu t'intéresses à moi même si je n'ai pas d'argent et je ne peux te le donner. Tu l'intéresses à moi en tant qu'individu, un individu qui "pourrait" être demandeur, un consommateur en puissance. C'est cette inconnue qui me rend intéressant, tout comme le cours incertain d'un dérivé d'une matière première qui n'existe pas encore sur le marché, ou la récolte de blé de l'année prochaine et dont on "estime" seulement son évolution à court, à moyen ou à long terme.
Alors on spéculera sur moi, on me cèdera au meilleur offrant. Celui qui aura le plus de moyens de parier sur un canasson boiteux aura le dernier mot. Ils achèteront des "moi" à bon compte par centaines de millions et donneront ainsi de l'importance à mon identité en faisant monter ma côte sur le marché. (L'instinct animal qui fait courir parce que tout le monde court fera toujours tourner le monde).
Le couillon final qui se saignera (l'annonceur qui est souvent une PME) s'apercevra alors que je ne vaux rien. LOL. Trop tard.
Monétiser n'importe quoi mènera ce système à sa perte.
Nous connaîtrons la crise des "subprimes Big Data" bientôt, à coup sûr. Au même titre que "La bulle internet", qui fait désormais partie de l'ère géologique des couillons (parce que trop transparente) ne nous aura rien appris.
Qui sème le vent récolte la tempête des marchés financiers. Pas con, le Marché se rebiffe, comme mère Nature qui fini toujours par reprendre ses droits, celui-ci qui, dit-on, "s'autoregule" finit par éjecter les Grand Investisseurs, bras cassés de la finance, qui voulaient s'enrichir sur son dos ( c'est en gros l'explication des experts à cette crise ou, du moins, ce que les néophytes comme moi en ont compris).
Mais le marché du Big Data, inventé de toute pièce par la Silicon Valley, avec l'exemple de la DNSA et autres agences aux grandes oreilles, se laissera faire, il ne s'autoregule pas tout seul, parce que les "ingénieurs" qui l'ont fabriqué ont bien pris le soin de l'asservir, notamment, par un pari sur l'avenir. "Demain ce sera encore plus", lui promettent ils, on le dopant avec des "Futurs" (Produits financiers à haut risque). "Tu auras encore plus d'importance, ce seras toi qui feras tourner le monde" et lorsqu'il donnera des signes d'impatience et d'emballement, ils s'empresseront de lui donner en pâture la dernière trouvaille technologique, encore plus intrusive, pour le calmer.
Et nous aussi. Lorsqu'on commencera à s'interroger, ils sauront comment nous calmer. Une injection de new hi tech et ça repartira.