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Introduction et sélection par Heidi Traendlin

Illustrations d'Alfred Dott, Guy Braun, AnneMounic

Ce "cahier" est déjà en lui-même un objet précieux par la beauté et la douceur au toucher de sa couverture, son format carré d'une taille idéale pour la tenue en main et, une fois ouvert, la qualité du papier, la présentation soignée qui donnent envie de le feuilleter.

C'est d'ailleurs ce que j'ai commencé à faire, séduite par la douceur intense et évocatrice des illustrations..... et puis, j'ai commencé la lecture des poèmes et, alors qu'ils parlent d'une réalité, d'un ressenti alsacien je me suis retrouvée dans ma réalité et dans mon ressenti de Limousine pleinement, presque violemment - mais d'une violence qui apaise tout en bouleversant par ce sentiment profondément intime que l'on ressent quand quelqu'un met des mots justes sur des blessures enfouies, secrètes, inexprimées.

Je vais retranscrire ici quelques poèmes qui ont particulièrement résonné en moi, atteint cette part émotionnelle vive comme une cicatrice jamais refermée et sur laquelle le silence des non-dits ne dépose aucun baume : ne sommes-nous pas des êtres de paroles ?

Les mots peuvent réveiller les maux et faire pleurer mais c'est une pluie de larmes bénéfique. Et cela d'autant plus que l'évocation des petits bonheurs enfouis que l'on croyait oubliés fait aussi pleurer mais de plaisir de les retrouver comme d'ancien/nes ami/es avec lesquel/les malgré le temps les liens souterrains de la mémoire sont toujours restés vifs.

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André Weckmann :


wer waiss

wer waiss wie liëb e liëdel esch

wannrs net sénge kànn

 

wer waiss wie waich e hittel esch

wannrs net straichle kànn

 

wer waiss wie wàrm e haimet esch

wannr se net versteht ?

 

Comment

apprécier le charme d'une chanson si on ne sait pas la chanter ?

Comment savourer la douceur d'une peau si on ne peut pas la caresser ?

Comment goûter la tendresse de son pays si on ne comprend pas sa langue ?

 

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Adrien Finck :


' S Beispiel vom Bàim

Lüag un lehr wia d'r Bàim sich

tiaf in d'r Heimetboda tüat bohra

so wàchst 'r hoch zum liawesliad vo sina Bletter

otmet luscht üs àller luft

Sàft kunnt vo tiaf

Liacht kunnt vo hoch

ar singt im Niederwind

ar singt im Ewerwind

un steht noch gràd un steht noch krumm im sturm un

     losst nitt luck

verwurzelt hoch

waltoffa tiaf

 

L'exemple de l'arbre

Vois et apprends de l'arbre

ses racines enfouies dans le terreau natal

ses hautes frondaisons pour un chant d'amour

Son plaisir à l'air libre qu'il respire

sève venue d'en bas

lumière venue d'en haut

il chante dans le vent du Nord

il chante dans le vent du Sud

Droit debout ou bien tordu par la tempête il

                                         résiste encore

enraciné au ciel

déployé sous terre

Traduction de Heidi Traendlin

 

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Conrad Winter :

 

Es haabt uss'm Fass

 

es haabt uss'm Fass

a vequetschti Menschheit

es kracht in alle Fueje

de Himmel stinkt

de Mond macht

a langes Gsicht

es haabt uss daere Stadt

a verwurgti Menschheit

es kracht uff alle Stroosse

Kopf geje Stahl

de Dood geje 's Laewe

's Gewitter geje d'Sunn

es haabt uss'm Volik

a zornichi Freiheit

 

Ferments

 

L'humanité piétinée

fermente dans une cuve,

les jointures craquent :

l'air est putride,

la lune fait

une triste figure.

 

L'humanité étranglée

fermente dans la ville,

les rues se hérissent :

les fronts contre l'acier,

la mort contre la vie,

l'orage contre le soleil.

 

Dans le peuple sourd

un ferment de liberté.

 

 

Musik in de seel :

 

de Bursmann singt wenni lieder

wenn er allein im Feld

sinni Arweit verricht

 

d’Natur singt’m so lutt

in’s Herz anin

so lutt dass’s schmerzt

so schoen dass de Mensch

vestummt

so tief dass d’Musik

vunn de Sterne

ihm in d’Seel

mindringt

de Bursmann singt wenni Lieder

weil er alli

in sich saelwer hoert

 

 

Musique de l’âme

 

Le paysan reste silencieux

quand il cultive son champ,

il écoute les voix de la terre.

 

Au fond de son être,

elles l’étreignent.

la beauté de ce chant

rend l’homme muet,

emplit toute son âme

qui déborde d’une musique

venue des étoiles.

 

Le paysan reste silencieux,

il entend dans son cœur

toutes les voix de la terre.

 

Traductions de Heidi Traendlin

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