L'invisible de l'Education Nationale

Exprimer un sentiment de l'intérieur, intérieur d'un collège et intérieur de soi en essayant de comprendre le système.

Je suis surveillante de collège, autrement appelé aujourd'hui Assistante d'Education, pour faire plus classe et plus respectable.

Je suis à la fin de ma 4ème année, mes deux premières années étaient sous un contrat de droit privé avec les braves C.U.I, ce qui m'a permis de sortir du chômage et d'intégrer un milieu qui me correspondait (les élèves) tout en ayant des horaires qui correspondaient à ceux de mon fils (je suis aussi "mère isolée", double invisible en somme...), et j'en suis donc à la fin de ma deuxième année en vrai contractuelle de l'éducation nationale. Oui c'est 6 ans maximum de possibilité de renouvellement de contrat avec une précarisation et une pression maximum vu que finalement ce sont des CDD renouvelables annuellement.

Je travaille 41 h par semaine annualisé en 35 h vu qu'on a les vacances scolaires.

Ça fait longtemps que je veux écrire par rapport à ce que je vis, ce que je vois, l'injustice régulière et j'en passe.

J'aime beaucoup ce métier, j'aime travailler avec des ados .. donc le métier en soi me plaît et je suis engagée et touchée par ce que je fais et le relationnel que je noue avec eux.

Ce n'est pas de tout repos, il faut moult qualités, de la patience, de la communication non violente, du recul, de la ressource nerveuse, une autorité respectueuse, etc... j'ai en ma possession multi casquette : infirmière, secrétaire, psychologue, médiatrice, confidente, éducatrice.

trouver un juste milieu entre l'affect et l'autorité. faire régner le silence avec une étude de 50 élèves sans aucun contenu à proposer, au final il faut un échange de respect sinon ça part en vrille. Et je ne parle pas des veilles de pleine lune ou des fins de semaines ou des veilles de vacances où ils se transforment en petits monstres... gentils monstres mais monstres quand même.

je ne compte pas les jours où je rentre exténuée de mes journées et où la respiration sophrologique à toute sa place... mais j'aime ça quand même...

Ce qui me perturbe plus, c'est le système et comment cette institution fabrique les adultes de demain. Effectivement l'école n'est pas censée éduquer et son rôle premier est d'instruire mais on sait et on voit que la société va tellement mal que beaucoup de gamins sont en perdition familiale et du coup identitaire, avec tout les problèmes que génère l'adolescence... et alors là quelle place prend l'école? Il y a beaucoup de bons profs mais je vois aussi beaucoup d'adultes destructeurs, je vois que le respect est attendu de manière évidente de la part des enfants mais n'est pas du tout évidente à l'inverse, je vois que les élèves ne font pas confiance à l'adulte, je vois des adultes manquer cruellement de respect envers les enfants. Je vois encore ces profs qui doublent une vingtaine d'élèves après avoir mangé, sans aucune excuse, sans aucune gêne dans la file où on ramène les plateaux, ou moi en tant que surveillante où on est obligé d'apprendre le vivre ensemble, je me fâche lorsqu'un élève double un autre sans aucune raison et que je vois Mr X ou Mme X le faire sans réunion en argument juste pour aller boire le café plus vite en salle des profs, salle de havre de paix...

je vois des profs qui me passent devant sans même me dire bonjour, mais qui me voient à l'autre bout de la cour pour me demander de leur ouvrir une salle.

je vois de l'abus de pouvoir et des gamins qui se rendent malades à cause d'une injustice et qui par peur de représailles de l'adulte se taisent... 

Je vois parfois beaucoup d'humiliation. je vois beaucoup de lassitude de la part des adultes. et je vois que le savoir se transmet très mal quand les rapports ne sont pas sains...

Je suis aussi le résultat d'une institution destructrice où on fabrique des produits plus que des individus.

C'est un tout... l'institution donne des règles mais au quotidien ce sont des adultes qui la font. Et nous, nous sommes les petites fourmis qui souvent essaient de panser les dégâts de l'éducation nationale. Et nous sommes souvent les invisibles de l'institution alors que notre travail pour les élèves est terriblement important...

 

 

 

 

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