Tristes sires, oublions-les !

Dans la tribune de Christian Salmon "Valls à Matignon : l’année de la pensée magique" je lis qu'un habitant de l'Arizona remarque : Le gouvernement ne contrôle pas la frontière, il contrôle ce que les Américains pensent de la frontière.

C'est vrai...

À l'université de Rennes 2, une liste d'étudiants s'est rangée sous la bannière de l'Armée de Dumbledore. Avec son programme au second degré et sa communication chargée symboles potterriens (ou Rowlingsiens, au choix), cette liste a taillé des croupières à celle de l'UNEF, renvoyée, comme son parti de prédilection (pour ne pas dire d'accointance) à son conservatisme et à la vacuité de ses revendications (incantations ?).

Car c'est une bien pauvre magie qui se suffit d'instiller le doute, la peur et le repli. C'est ce discours de gouvernement (gauche, ou droite), amplement relayé par lémédias et les panseurs dans le vent (du verbe panser une jambe de bois, ou pansement, ou encore pense-bête, voire panse rebondie…).

Quand enfin, lui opposerons-nous un ré-enchantement du quotidien, fait de toutes ces solidarités et ces échanges quotidiens, qui passent sous le radar de la monétisation du moindre "échange transactionnel" ? Il y a tant d'instants gratuits (si si, vraiment : comme contempler ce ciel bleu devant lequel je vous écris !). Il y a aussi tant d'associations, qu'elles soient décroissantes, pro-bio, qu'elles animent des échanges d'hébergements, de voiturage (sans passer les plateformes du ouèb, ces araignées virtuelles)… tant de passions encore, qui s'échangent autour d'un verre, loin du PAF, loin de lémédias et de tout ce qui pourrait les mettre dans le viseur de Big Brother.

Laissons la démocratie mourir faute de combattants, car elle n'est plus. Il y a longtemps que dans le confort de l'après-guerre oubliée, les opportunistes ont damé le pion aux Humains d'État (ben oui, il y avait des femmes, aussi…).

Cessons de faire semblant de voter. Cessons de nous effrayer d'Hollande-Valls-etc., de Sarkozy-etc., de Le Pen-etc. Notre quotidien en sera si peu bouleversé, après tout, puisque tous, ils nous assènent que l'ennemi est à nos portes (le terrorisme), que nous sommes assiégés (l'immigration), qu'amasser est notre seule chance (sus aux assistés et la-faute-à-la-crise ou au choix -à-l'Europe).

Nous ne voulons pas de ce monde triste et sans aucun intérêt (comme disait Souchon, bien avant les taux négatifs). Il avait raison d'ailleurs, Souchon, "On a soif d'idéal, Attirée par les étoiles, les voiles, Que des choses pas commerciales"…

Il y a longtemps que mon horizon, ce sont les moulins à vent, et tant pis si cela fait rire, le pot de terre contre le pot de fer, les rêves enchantés contre ce triste imaginaire imposé qui suinte sur notre réalité, tant pis, après tout David a vaincu Goliath.

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