Nos gouvernants cherchent la voie vers la dictature

Il devient de plus en plus évident que les heurts avec les forces de l'ordre durant les manifestations servent un but : celui de parvenir à imposer une dictature.

Je ne vais pratiquement plus manifester depuis cette période en 2002, où dans le monde entier, les populations se sont soulevées contre une guerre inique en Irak, en vain. Oh, j'ai refait quelques tentatives, jusqu'aux manifestations contre la réforme des retraites en 2010, pour le résultat que l'on sait.

Pourtant, mon intérêt pour les affaires de la cité ne s'est pas relâché. Et j'ai suivi avec beaucoup d'attention les événements de ces derniers mois, Nuit Debout, et manifestations. J'ai lu la première version du projet de loi contre le droit des travaileurs, j'ai suivi les tractations avec la CFDT. Puis, après que le 49.3 ait été une nouvelle fois asséné au mépris du débat parlementaire, j'ai renoncé à suivre les contorsions du projet. Tant il devenait évident que sa nature grotesque n'était même plus l'enjeu.

Je viens de regarder l'émission de "Là-bas si j'y suis" du 14 juin dernier, 45 minutes à filmer l'avant-garde d'une manifestation, sans qu'à aucun moment les images ne puissent nous renseigner sur son ampleur réelle. Y a-t-il des images qui auraient été tournées du dernier étage de la tour Montparnasse ? Ou de tout autre point culminant ? Je n'en ai pas trouvé, sans doute je n'ai pas assez cherché.

Hormis aux abords des rues qui sont barrées, tout au long de l'émission, c'est la même chose, des grappes de CRS dont on ne sait ce qu'ils défendent. Des grappes qui semblent posées là simplement pour échanger des projectiles avec une foule éparpillée autour d'eux et qui est composée semble-t-il quasi pour moitié, d'individus portant des casques avec la mention "Presse".
Les images ne capturent aucune dégradation intentionnelle, même si les projectiles lancés de part et d'autre font évidemment des dégâts. Parfois, les grappes de CRS s'animent et s'en prennent à un, deux ou au maximum trois individus à la fois. Le plus souvent un seul, qu'ils mettent à terre et dont on ne sait pas vraiment comment ils le traitent, car alors leurs équipiers font barrage de leurs corps et de leurs boucliers, empêchant de voir ce qui se passe derrière eux.
À un moment, les images sont prises aux abords de l'hôpital Necker, dont les fenêtres sont encore indemnes. Là encore, on voit des grappes de CRS. Pourquoi ne sont-elles pas restées postées à cet endroit, qu'il convenait évidemment de protéger ?

Mais les dix dernières minutes de l'émission renseignent amplement sur la stratégie de ceux qui dirigent nos forces de l'ordre. Sur l'esplanade des Invalides, on voit des grappes de CRS éparses. Chaque grappe est trop visible pour n'être pas un îlot de provocation. Et en même temps, chacune d'entre elles est composée de trop peu d'hommes pour que chacun d'entre eux ne soit pas inquiet, aux aguets, tendu, trop peu d'hommes pour que chacun ne se sente pas menacé, et donc prêt à en découdre.
Pourquoi ces grappes de CRS, et ces canons à eau postés à l'arrivée de la manifestation, agissant comme un point de fixation, là où le cortège et son avant-garde auraient dû se disloquer ?

Évidemment, il y a eu des blessés, de part et d'autre, manifestants et forces de l'ordre. En visionnant ces images, il apparaît que tout a été fait que ce soit le cas. Y compris du côté des CRS. Leurs dirigeants les exposent comme un chiffon rouge devant un taureau qui fulmine. À mes yeux, il est clair que le pouvoir n'attend qu'une chose, qu'il y ait des morts. Il ne s'excusera pas. Il n'en prendra pas plus la responsabilité. Il nous l'a déjà prouvé, dans le cas de Rémi Fraisse, et dans ceux qui concernent les blessés graves de ces dernières semaines. Mais alors, il interdira les manifestations, en comptant sur l'effroi du bon peuple pour le soutenir dans cette nouvelle avancée vers un État policier.
L'exclamation de Monsieur Valls, sur France Inter cette semaine, ne revêt aucune ambiguïté, il n'attend que de pouvoir interdire les manifestations, et il regrette sans doute beaucoup que l'amendement constitutionnel qui portait sur l'état d'urgence et la déchéance de nationalité ait achoppé. Car celui-ci lui aurait permis de désigner quelques têtes de Turc parmi les manifestants comme des ennemis de l'État, à ce titre criminels et passibles des foudres d'une Justice elle aussi aux ordres.

Mais ce n'est que partie remise, encore un effort, au premier mort, l'escalade vers la dictature redeviendra possible.

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