Mort cérébrale

Et maintenant, que fait-on ? On fait "barrage contre les ennemis de la République", pardi ! Et haro sur celui qui n'aura pas eu le réflexe immédiat, pavlovien, d'appeler à voter Macron comme une évidente évidence, qui ne peut se discuter.

Et maintenant, que fait-on ? On fait "barrage contre les ennemis de la République", pardi ! Et haro sur celui qui n'aura pas eu le réflexe immédiat, pavlovien, d'appeler à voter Macron comme une évidente évidence, qui ne peut se discuter. Car bien sûr, il n'y a plus à discuter. L'épouvantail est là, celui que l'on annonce depuis si longtemps qu'il est devenu un non-événement. Les dés sont pipés et ils l'étaient depuis le départ. Chacun, depuis le début, en a pris son parti, Le Pen serait inéluctablement au 2nd tour. Et donc il fallait, il suffisait, de virer en tête au 1er pour être assuré d'être élu au 2nd, face à l'épouvantail. C'est pourquoi elle n'a guère été attaquée, tout au long de cette campagne, sa place à elle, était réservée, on se battait pour l'autre place, celle du gagnant au 2e round.

Et voilà que Mélenchon, ce tribun autocrate, ce dangereux démagogue, au lieu de jouer son rôle de chef, en appelle à la prise position de ses militants ! Horreur ! Non content de ne s'être pas désisté en faveur de Hamon (si si, c'est bien ce que tout un microcosme attendait, il y a encore quelques semaines), voilà qu'il refuse à nouveau les codes bien rôdés depuis 2002.

Qui dira qu'il est plus lucide que Fillon, en n'imaginant pas être propriétaire des voix qui se sont portées sur son nom ? Qui dira qu'il est le seul à accepter le jeu dangereux de la démocratie au sein de son mouvement ?

Bien sûr que non, je ne voterai pas pour Le Pen. Mais quelle est cette démocratie qui me somme de choisir entre Charybde et Scylla ? Parce que je ne suis pas frontiste, je devrais, de mon plein gré, opter pour le candidat qui veut supprimer l'ISF (un symbole), "libérer le travail" à coups de couteaux dans le code du même nom, et offrir comme idéal aux jeunes gens de mon pays l'unique aspiration à devenir milliardaire ?

Trop facile de se draper dans la bien-pensance, de brandir ses valeurs un dimanche tous les 5 ans. Si je votais pour Macron, alors comment pourrais-je ensuite prétendre protester quand il facilitera la vie des plus riches au prix de celle des plus modestes ? En m'abritant derrière la "bonne raison" qui aura annihilé toute velléité de résistance ?

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