2nd tour : un choix moralement impossible mais politiquement faisable

Le résultat du premier tour de la présidentielle est là avec toute l'horreur qu'il comporte. Un choix s'impose, et pourtant le dilemme semble inextricable... Loin de vouloir donner un mot d'ordre ou faire la morale à certains, voici le raisonnement qui me pousse à aller voter Macron tout en combattant son projet.

Le résultat du premier tour de la présidentielle est là.

Horreur de voir Marine Le Pen au second tour, horreur surtout de ne pas en être surpris, horreur de revivre ce mois d'avril 2002 15 ans plus tard, horreur de voir qu'aucune force de Gauche ne se qualifie pour le second tour aussi proche fussent-elles d'y arriver, horreur de voir le thème écologique disparaitre totalement des débats et préoccupations alors que la planète elle, n'attendra pas 5 ans de plus...

En plus de ces horreurs cumulées, il nous reste à faire un choix. Un choix qui parait évident à certains et moralement impossible pour d'autres...

Je fais plutôt parti de ce deuxième camp. Je n'arrive pas à choisir entre les maux de la xénophobie et les maux de l'ultra-libéralisme. Évidemment nous sommes plus coutumiers du libéralisme, quoique la xénophobie rattrape silencieusement son retard en la matière... Mais ce libéralisme il tue.

Le libéralisme tue lorsque toutes les 15 secondes un travailleur meurt sur son poste de travail dans le monde, il tue lorsqu'en France nous avons 541 décès au travail en 2013, il tue lorsqu'en France nous avons plus de 2000 SDF qui meurent dans nos rues chaque année, il exclue et précarise lorsque nous avons 4 millions de mal-logés en France et plus de 12 millions de personnes en "situation de fragilité" par rapport au logement, il précarise encore lorsque nous sommes plus d'un million de travailleurs pauvres en France et près de 9 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté...

Alors, oui le racisme, la xénophobie et le fascisme n'ont plus de preuves à faire quant au nombre de morts qu'ils peuvent causer, mais ce n'est pas une raison suffisante pour voter pour le libéralisme qui lui aussi fait son office quant au nombre de morts et vies brisées, sans pour autant avoir besoin de guerre ni faire la moindre de vague. Insidieusement, en sous-marin, il opère.

Pour mieux incarner mon propos, je ne me sens pas capable de choisir entre le retour en charter de mon amie Marocaine Ghita et le suicide d'un Nicolas Foucher, père de famille et salarié d'Orange se plaignant depuis plusieurs années de harcèlement de la part de sa manageuse, à l'image de la quarantaine d'employés de cette même entreprise qui s'étaient donnés la mort entre 2008 et 2009... (J'aurais pu prendre pour exemples tant d'autres vies brisées, notamment suite aux nombreuses délocalisations que notre pays connait)

Si on rajoute à cela ma conviction que M. Macron ne sera en rien un rempart contre le FN mais contribuera à sa progression d'ici 2022, vous comprendrez peut-être que je ne puisse pas, sur le plan moral, me décider entre voter pour M.Macron ou Mme Le Pen.

Pourtant, je vous le dis, j'irai voter ce 7 mai 2017 et je glisserai un bulletin Macron dans l'urne.

Je voudrais par ce billet vous expliquer ce qui m'a poussé à faire ce choix, en me disant, sans prétendre avoir raison que peut-être ces quelques arguments vous aideront à faire le vôtre.

Il s'agit tout bêtement d'un argument militant, je me suis posé la question comme l'a fait Caroline de Haas : sous quelle présidence pourrai-je le mieux lutter contre la xénophobie et le libéralisme pour ne citer qu'eux ? Sous quelle présidence pourrait-on le mieux faire avancer les idées de gauche et de l'écologie ?

A ces questions il n'y a pas de doute. Si nous défilerons encore sous les fumées lacrymogènes et les flashball avec Macron président, c'est vers des dispersions de manifestations à tir de balles réelles que nous nous dirigerons avec Mme Le Pen.

Mme Le Pen n'est pas une démocrate, elle ne se contentera pas de casser notre système social comme le ferait M. Macron mais aussi notre système démocratique (aussi imparfait soit-il) et républicain.

J'ajoute que je ne crois pas aujourd'hui en l'hypothèse d'une révolte populaire de grande ampleur, rebattant largement les cartes du système, si madame Le Pen était élue. Nous sommes bien trop habitués à la présence du FN, et nous n'avons pu que constater avec effroi le peu d'indignation qui a suivi cette fois-ci, la présence du FN au second tour de cette élection. Parier sur un tel scénario me semble donc suicidaire.

Je voterai donc pour M. Macron et combats son programme dès aujourd'hui.
La prochaine bataille est celle des législatives.
La grande bataille est celle de nos propres vies, d'agir, d’interagir et de consommer en cohérence avec nos idées et idéaux tout en sachant que ça ne sera jamais totalement le cas mais que nous devons nous efforcer de s'en approcher au maximum.
Au delà des élections nous avons chaque jour un bulletin de vote en choisissant ce qu'on met dans son cadi, la manière dont on parle aux gens, les sourires qu'on adresse, les luttes qu'on mène.

Haut les cœurs mes amis, pour la première fois, les forces de la gauche ont progressé plus vite que celles du FN, Mme Le Pen gagne 1 million d'électeurs par rapport à 2012 lorsque Jean Luc Mélenchon en gagne plus de 3 millions avec la France Insoumise !
Il est donc permis de rêver et de construire dès aujourd'hui les alternatives de demain.

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