Pourquoi les Européennes de 2014 ne sont pas la présidentielle de 2017

Que le résultat des élections de dimanche donne quasiment un ticket au FN pour le deuxième tour de la présidentielle de 2017 semble très plausible. Mais assimiler le fait que le FN soit le "premier parti de France" aux Européennes de 2014 à l'élection probable de Marine le Pen en 2017, et dans la foulée une majorité FN à l'assemblée nationale, me semble une hypothèse beaucoup plus hardie.

La différence est le taux d'absention entre les deux scrutins. On l'a dit et redit, les Européennes, c'est lointain et peu mobilisateur. Les enjeux ne touchent pas une grande fraction d'électeurs et, après tout, donner une petite - voire une grosse - claque à cette Europe dans laquelle on ne se reconnaît pas n'aura pas chagriné nombre d'abstentionnistes. Donc, 56% des électeurs ne se sont pas déplacés et même si je soupçonne que beaucoup d'abstentionnistes soient aujourd'hui surpris des conséquences de leur (non) choix, les conséquences sont lointaines. On pourra dire que l'abstention d'hier est un peu moins forte qu'en 2009, mais la variation de taux est minime. Au total, donc : 25%* 56% = 14 % des suffrages exprimés vont au FN. Ce qui reste énorme, mais témoigne avant tout d'une plus forte mobilisation relative d'un parti qui a le vent en poupe alors que tous les autres sont à l'ouest et démobilisent. Le score élevé du FN est un score en creux des autres partis, ce qui n'empêche pas de s'interroger d'urgence sur les causes de démobilisation pour ces partis. 

Pour les présidentielles et les législatives de 2017 (au fait : il y a encore un Parlement), je doute que beaucoup d'abstentionnistes ne se sentent pas beaucoup plus concernés qu'hier. La perspective d'avoir le FN aux manettes chez soi (comprendre "en France") risque, quand même, de mobiliser beaucoup d'électeurs contre. Les abstentionnistes de 2014 auront plus de mal à garder une distance en 2017. Chirac a été le président le mieux élu… Ce scénario aurait toutes les chances de se reproduire, quel que soit le degré de décomposition des partis de gouvernement "classiques". Certes, ce ne sera pas 82% et le FN est sur une dynamique porteuse. Mais 14%, c'est une base un peu étroite si on considère que le plein de voix a probablement été obtenu.

Cette analyse n'est pas pour démobiliser et inviter à s'abstenir de toute réflexion de fond. Elle vise à prendre du recul et à ne pas être tétanisé par la claque d'hier sans reprendre la rhétorique du FN sans aucune analyse. Elle vise aussi à ne pas se contenter des seuls calculs électoraux exposés ci-dessus que les états majors des partis ne manqueront pas de faire rapidement (l'enjeu étant seulement que l'autre parti soit le plus faible pour "passer" le deuxième tour). Il faut regagner en crédibilité en partant sur une autre analyse que la rigueur. Parlementaires de gauche - pour faire vite - la balle est dans votre camp ; vous avez une responsabilité historique : jouez votre rôle de représentants du peuple et remettez en cause le gouvernement et la politique présidentielle. Imposez à François Hollande une cohabitation démocratique.

Xavier Poux

Voir http://www.slate.fr/france/87443/europeennes-fn-pas-premier-parti-france pour des arguments arithmétiques, mais pas forcément convaincants sur le plan politique dans la mesure où cette page de Slate est d'emblée trop rassurante.

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