Un couvre-feu pourquoi faire ?

Je pars du constat (ou de l'impression) que personne à ma connaissance ne s'offusque du remplacement le 15 décembre de la ridicule "attestation dérogatoire" par l'injustifiable couvre-feu. Le confinement peut avoir des justifications sanitaires. Pas le couvre-feu.

Nous ne sommes pas en guerre. Quel est le problème après 21h ? Nous ne sommes pas plus contagieux la nuit. Les lieux de rassemblements et les rassemblements eux-mêmes sont déjà interdits. Alors quel est l'objectif d'un couvre-feu ? Il n'y a rien à consommer la nuit ? Faciliter le travail de la police. Toute personne en liberté après 21h est une cible, un ennemi de l'Etat désigné, un délinquant. Au nom de quoi acceptons-nous d'être assignés à résidence la nuit ?

Dérive autoritaire

De nombreuses personnes (journalistes, personnalités politiques, observateurs) se sont inquiétés de la dérive autoritaire du monde. Nos "démocraties occidentales" se félicitaient d'être un modèle pour le monde, un objectif en particulier pour les "régimes autoritaires". L'Europe devait permettre par l'enrichissement de conduire tout le monde à la paix et la démocratie.

C'est l'inverse qui se produit : l'autoritarisme se propage et gangrène les démocraties occidentales. La pandémie a accéléré un processus déjà bien engagé. De Budapest à Minsk, de Hong-Kong à Brasilia la liberté prend des coups de massue. Droits des femmes, avortement, liberté d'expression, les droits de l'Homme sont copieusement piétinés.

Alors bien sur, les démocraties occidentales n'en sont pas encore là. On en est pas encore à la massue, nous n'en sommes qu'aux premières étapes de la fenêtre d'Overton. Mais déjà on manie la peur (pandémie, terrorisme) pour nous faire accueillir la sécurité à bras ouverts.

A qui profite le crime ?

Partout dans le monde les mêmes remèdes ou presque. Et surtout les mêmes conséquences sur nos libertés. Il n'échappe à personne aujourd'hui que le pouvoir est économique ou - à tout le moins - que les plus fortunés sont ceux qui ont le plus les moyens de défendre leurs intérêts.

Dans une économie mondialisée les intérêts le sont aussi, rien de bien étonnant alors que ceux-ci soient défendus partout de la même manière. Ou qu'en tous cas certains intérêts soient plus épargnés que d'autres par le jeu des influences. Influencer ce n'est pas tout à fait contrôler, c'est un peu plus subtil, mais tout de même.

Le calice jusqu'à la lie

Jusqu'où peut-on se laisser faire ? Où est le seuil de rupture ? Chacun ses limites et beaucoup d'entre nous (et j'en suis) ont encore trop à perdre pour risquer sa vie pour des idées. Oui nous avons encore trop à perdre. Mais les puissants feraient bien de s'inquiéter, ça ne durera pas. D'ailleurs ils s'en inquiétent : ils renforcent les pouvoirs de la police et comptent sur elle pour défendre l'ordre établi; ils saupoudrent des aides pour calmer la foule comme les romains jetaient du pain - la politique de l'hôpital vu par le comptable : il ne faut pas que le malade meurt, mais il ne faut pas qu'il guérisse non plus-; ils vont jusqu'à inculquer l'ordre et la discipline dans les écoles, la soumission ça s'apprend jeune (en d'autres Temps madame...).

Bref, le couvre-feu c'est ma limite. Je ne le comprends pas, je ne l'accepte pas. Non pas que j'ai spécialement envie de sortir me balader la nuit en décembre mais au nom de quoi me l'interdit-on ?  Le terme en lui-même déjà "couvre-feu" dans mon inconscient, et je crois dans l'inconscient collectif, ça a des relents de "loi martiale". N'entendez-vous pas le bruit des bottes ? Déjà Estrosi et d'autres en appellent aux lois de la guerre...

Nous avons encore trop à perdre mais pour combien de temps ?

Christophe

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.