LES BONS ET LES MAUVAIS COUPS D'ETAT

Comment certains coups d’État sont suivis de propos indignés de la communauté internationale et d'autres sont superbement ignorés. Indignations à géométrie variable avec des arrières-pensées bien sombres.

LES BONS ET LES MAUVAIS COUPS D'ÉTAT
L'article 82 de la Constitution du Tchad du 14 octobre 2020 promulgué par le défunt Idriss Déby Itno dit ceci:
"En cas de vacance de la Présidence de la République pour quelque cause que ce soit ou d'empêchement définitif constaté par la Cour Suprême, saisie par le Parlement réuni en congrès, les attributions du Président de la République, à l'exception des pouvoirs prévus aux articles 86, 89, 90,96, 97, 98, 99 et 101 sont provisoirement exercées par le Président du Sénat.
En cas d'empêchement de dernier, l'intérim est assuré par le 1er Vice Président du Sénat.
Dans tous les cas, il est procédé à de nouvelles élections  Présidentielles quarante cinq (45) jours au moins et quatre vingt dix (90) jours au plus, après l'ouverture de la vacance."
Cette disposition constitutionnelle indique que les nouveaux dirigeants du Tchad viennent de procéder à un coup d'État. Le fils vient de remplacer le père avec l'aval  des autres  "généralissimes" du pays.
Comme à chaque coup d'État en Afrique subsaharienne et  surtout francophone, je m'attendais à un déluge d'indignations et de condamnations de  la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC) ou de la CEMAC ( Communauté Économique et Monétaire d'Afrique Centrale ), de l'organisation de la Francophonie, du quai d'Orsay et du Ministère de la Défense en France, du conseil de sécurité des Nations Unies, de l'Union Africaine et j'en passe... Tous ces Messieurs et Dames sont frappés d'aphonie, de cécité, d'un coup. 
Des vociférations, menaces et mises en place d'embargo fusent contre certains coups d'État lorsqu'ils brouillent les cartes des maîtres du monde. Ces mêmes regardent ailleurs lorsque ces mêmes faits confortent leurs positions. A ce niveau la CEEAC, la CEMAC, l'Union Africaine sont du menu fretin. 
Le Tchad est un maillon extrêmement important dans la géostratégique en Afrique. Alors on passe sur les dérives de Idriss Déby qui vient de mourir après 30 ans au pouvoir  et l'instauration d'un fonctionnement clanique dans l'armée. Les circonstances de sa mort sont troublantes et je ne m'hasarderai pas à privilégier une version: mort au combat ou éliminé par sa propre garde rapprochée avec la complicité passive ou active de son fils qui vient de lui succéder?
Nous sommes sur le même schéma que les coups d'État constitutionnels  au Togo, en Guinée, en Côte d'Ivoire ou militaire comme au Mali récemment...
Il y a désormais les bons et les mauvais coups d'État en Afrique. Il y a les bons morts et les mauvais morts. Les bonnes causes humaines (Navalny, les Ouïgour...), les causes humaines qui sont du mauvais côté de l'histoire ( Houthis  et peuple du Yémen, femmes et enfants de RDC...).
Quelle tristesse. Les médias sont complices de ce fonctionnement erratique des affaires du monde.

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