Une Pandémie Trois Virus

Si le COVID-19 est une pandémie, il n’affecte pas tous les continents de la même manière. La létalité de la maladie est de moins de 1% en Océanie, entre 4 et 5% en Afrique, Asie et Amérique mais le double en Europe. Pire, Belgique, Italie, Royaume-Uni, France, Italie, Hollande et Espagne connaissent une létalité à deux chiffres. S’agit-il du même virus ?

Avec près d'un tiers des cas recensés dans le monde, les États-Unis sont devenus aujourd’hui le pays le plus affecté par le COVID-19. Ils ont même dépassé l’Italie par le nombre de décès.

Avec près des deux tiers des décès dans le monde, l’Europe reste cependant le continent le plus touché. Principalement, 7 pays d'Europe occidentale (Italie, Espagne, France, Royaume-Uni, Belgique, Alllemagne et Hollande) représentent plus de 91% des décès européens.

Et le pays où tout a commencé, la Chine, a déjà entamé sa sortie de crise.

Les chiffres révèlent donc une différente chronologie de la pandémie.

S’agit-il du même virus ?

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La létalité du virus se situe à 6,68% dans le monde aujourd'hui : 145 563 décès pour 2 159 267 cas confirmés de COVID-19. 

Dans le détail, ce chiffre révèle une grande disparité parmi les continents. Afrique, Asie et Amérique connaissent une létalité similaire, entre 4 et 5%.

L'Océanie reste peu affectée avec une létalité inférieur à 1%. Sa géographie explique peut-être ce fait. L'Océanie est un agglomérat d'îles assez éloignées du reste du monde. 

On se souvient pourtant que ce chiffre de 1% était celui retenu par les spécialistes au début de la pandémie.

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En dehors de Wuhan, la maladie s'est d'abord révélée sur un bateau de croisière : le Diamond Princess. Ce bateau recensait une population de passagers plutôt âgée, et donc à risque. L'épidémie s'était propagée d'abord via le personnel affecté au bateau, entre les 22 et 23 janvier 2020. Au 7 février, 20 d'entre eux se révélaient positif au COVID-19. 15 parmi ces derniers avaient pour tâche de préparer les repas du personnel.

Le confinement du bateau fût décidé le 3 février mais le personnel continuait de travailler. Et ce sont eux qui ont transmis le virus aux passagers. Le personnel attaché au navire représentera 12% de toutes les personnes infectées. Au total 712 personnes sur 3700 testeront positifs au COVID-A19. Et sept décèderont rapidement.

Aujourd'hui, le total des décès du Diamond Princess s'élève à 12 personnes, soit 1,68%. Cette malheureuse mais faible létalité explique les décisions qui ont été prises au début de la pandémie.

Le cas de l'Algérie

Si la létalité diffère selon les continents, la maladie connaît aussi une grande variation à l'intérieur de ceux-ci.

C'est la cas du continent américain où les Etats-Unis représentent la grande majorité des cas confirmés et des décès.  Compte tenu des échanges entre la Chine et les Etats-Unis, il n'est pas étonnant de voir les Etats-Unis représentés le pays le plus touché par le COVID-19. La seule vraie question reste celui du timing. Pourquoi les Etats-Unis ont-ils été touchés le plus tard parmi les grandes puissances ?

Mais c'est en Afrique que l'on rencontre le cas le plus édifiant. L'Afrique est peu touché par ce virus : A peine 4,92% des cas confirmés et 0,04% des décès.

Les migrants, qui faisaient tant peur avant la révélation de la pandémie, rassureraient plutôt aujourd'hui.

Un pays cependant pose question : l'Algérie.

Si le nombre de cas confirmés y est faible (2 268 au 16 avril 2020), la mortalité du virus y est la plus élevée au monde : 15,34% avec 348 décès.

En cause, le faible nombre de lits en réanimation. On parle de 700 lits pour les 42 millions d'autochtones. A titre de comparaison, la France compte près de 19 000 lits pour 67 millions d'habitants. 

A la décharge des responsables de santé publique, plus de 87% de la population algérienne a moins de 54 ans, plus de 44% a moins de 24 ans.

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Le cas de l'Europe des 7

Mais c'est en Europe que la pandémie se révèle la plus meurtrière.

Et notamment en Belgique (13,95%), en Italie (13,12%), au Royaume-Uni (13,21%), en France (12,18%), en Hollande (11,32%) et en Espagne (10,35%) au 17 avril 2020.

Le nombre de décès dus au COVID-19 en Allemagne et en Hollande devrait d'ailleurs dépasser ceux de la Chine ces jours-ci.

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En fait, et les chiffres le prouvent, l'Europe de l'Ouest est devenue l'épicentre de la maladie.

Et certains médecins se demandent maintenant s'il s'agit de la même maladie.

S'agit-il de la même maladie ?

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Médecin urgentiste à l'hôpital Maimonides de New-York, le docteur Cameron Kyle-Sidell a posté ses doutes dans une vidéo qui a fait le buzz sur les réseaux sociaux. Pour lui, ses patients ne meurent pas du COVID-19.

Les patients infectés souffrent en fait du Syndrome de Détresse Respiratoire Aiguë (SDRA). Et l'utilisation des respirateurs artificiels aggrave en fait les dommages aux tissus pulmonaires déjà induits par cette affection.

Dr Cameron Kyle-Sidell estime que le COVID-19 ressemble plus à une maladie de haute altitude, de celle que l'on ressentirait en escaladant le Mont Everest sans y être préparé. Il ne faudrait donc pas la traiter comme une pneumonie. 

S'agit-il de la même souche du virus ?

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Le Dr Peter Forster, chercheur en Génétique de l'Université de Cambridge, a eu une initiative pertinente. Il s'est intéressé à l'ADN du virus SARS-CoV 2, qui est à l'origine du COVID-19.

En examinant 160 différents génomes de patients humains originaires des différents continents, prélevé entre le 24 décembre 2019 et le 4 mars 2020, le Professeur Forster a découvert trois souches différentes pour le même virus :

  • Le type A s'est surtout répandu aux Etats-Unis
  • Le type B est celui qui s'est répandu le premier : d'abord à Wuhan puis rapidement dans les pays voisins
  • Le type C est celui qui sévit en Europe

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Le Professeur Forster remarque que le type A, qui est la souche, provenant de chauves-souris, n'est pas courant en Chine, supposée à l'origine de la pandémie. En fait, le type A a été retrouvé sur près de 400 000 patients aux Etats-Unis et en Australie.

Le type B, prélevé à Wuhan le 24 décembre 2019 par des scientifiques chinois, a en fait muté deux fois du type A, le type le plus courant parmi les patients infectés aux Etats-Unis.

Le Professeur Forster estime que le virus est certainement apparu entre le 13 septembre et le 7 décembre 2019.

Le type C a été trouvé sur les premiers patients de France, d'Italie, de Suède et d'Angleterre. L’une des premières introductions du virus en Italie se serait produite par la première infection allemande documentée le 27 janvier; une autre voie d’infection précoce italienne  pourrait être liée à Singapour.

Le type C est absent des prélèvements chinois de l’étude, mais on le voit à Singapour, à Hong Kong et en Corée du Sud.

Cette méthode pourrait être appliquée au tout dernier séquençage du génome pour aider à prédire les futurs endroits du globe où la pandémie pourrait se développer.

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