La légitimité du candidat socialiste

Les Primaires Socialistes ont déjà failli. Elles étaient censées légitimer le candidat socialiste. Ce ne sera pas le cas. Dimanche prochain, le vainqueur de cette élection sera l’objet de toutes les suspicions.

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Macron et Mélenchon ont balisé l’élection de la gauche au centre. Il ne restait plus beaucoup d’espace pour un candidat socialiste, qu’il soit social-libéral, social-démocrate ou tout simplement de gauche.

L’idée des Primaires était de rappeler à ces deux individualistes qu’une élection se gagne d’abord grâce à une équipe et un parti :

  • L’équipe naissait naturellement du ralliement des candidats derrière le vainqueur
  • Le Parti se retrouvait derrière un candidat légitimé par le soutien d’un nombre massif d’électeurs.

La faible participation a d’ores et déjà annihilé cette stratégie.

En 2011, François Hollande avait suscité plus de suffrages que l’ensemble des candidats réunis de la Primaire 2017.

Et le score de François Hollande en 2011 est connu :

1 038 188 voix au premier tour et 1 607 268 voix au second.

Cette année, la participation n’atteindra pas le niveau des seules voix de François Hollande. Et François Hollande ne s’estime pas fondé à briguer un second mandat.

Pourtant son score au second tour est supérieur à l’ensemble des voix obtenues par les 4 candidats du Parti Socialiste réunis.  

Avec 572 943 voix, comment le candidat arrivé en tête peut-il espérer convaincre qu’il représente une force politique ? C’est à peine plus que le score de Philippe Poutou en 2012.

Pire, les chiffres sont tellement bas que la Haute Autorité n’ose pas communiquer le nombre de voix obtenues par chacun des candidats.   Lundi à 18 heures, elle n’affichait que des pourcentages.

Alors il se peut que le candidat arrivé en tête n’est même pas obtenu ce score.

Toute réflexion faite, il se peut même que le candidat arrivé en tête ne soit pas le bon.

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Dimanche, à 21 heures 30, à l’heure de donner un premier résultat, le site lesprimairescitoyennes.fr donnait un nombre de votants égal à 942 874. Mais lorsque l'on ajoutait le nombre de voix obtenues par chacun des candidats ainsi que les votes blancs et nuls, le total des voix devenait 1 124 180 soit 181 306 voix supplémentaires.

351193 + 22445 + 76619 + 42823 + 198855 + 406057 + 11399 + 14789 = 1124180

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A 23 heures, le site n’affichait plus le nombre total de votants. Et aujourd’hui, la Haute Autorité évite de donner le nombre de voix obtenues par chaque candidat, et même le pourcentage de bulletins blancs et nuls.

Par déduction, on évalue le nombre des bulletins blancs et nuls à 2,03% soit un score supérieur à celui de Jean-Luc Benahmias et Sylvia Pinel. Il est difficile de comprendre pourquoi tant de militants se déplaceraient et paieraient un euro pour mettre une enveloppe vide dans l’urne.  32 433 bulletins blancs et nuls, c’est près de trois fois plus qu’en 2011 où la participation était de 2 661 231 votants.

Pour plus de transparence, il suffirait de vérifier la somme qui a été déposée sur le compte en banque créé pour ces primaires.

Certainement la Haute Autorité a fait appel à un prestataire de services pour récolter et déposer les fonds à la banque. Il suffirait donc juste de lui demander. A un euro le vote, il serait facile de connaître le nombre exact de votants.

En 2011, pour les Primaires, le parti avait créé une structure spécialisée : « l’association BVP 2011 », laquelle s’est doté d’un mandataire financier « l’AF BVP 2011 ». Le mandataire financier avait ouvert un compte unique auprès de la Banque postale pour que puissent y être versés dès le lendemain des scrutins des 9 et 16 octobre les fonds recueillis auprès des votants.

La participation aux frais d’organisation avait été fixée à 1 euro minimum mais en moyenne les électeurs avaient payé 1 euro 50.

Et, dans le traitement comptable de ces recettes, qui se sont élevées à plus de 5 millions d’euros, il a été affecté au titre de la participation aux frais d’organisation la somme de 1 euro par électeur et au titre de la collecte les sommes perçues en complément. Dans la mesure où il était interdit d’identifier nominativement les électeurs qui s’étaient présentés à chaque scrutin, le nombre d’électeurs servant de base à la comptabilisation des frais d’organisation s’est établi sur le plus grand nombre de votants par bureau de vote pour les deux tours, soit 2 860 157 électeurs. La comptabilisation du montant de la collecte s’est ensuite établie par différence avec les sommes perçues en totalité.

Il semble que cette année, le mandataire financier ait plus de difficultés à évaluer cette collecte. 

Mais heureusement, aucun candidat ne semble avoir l’idée de contester les résultats de cette élection.

Et quoiqu'en pense Kanuty et Cambadelis, il n’est pas sûr que l’électeur en revanche ne se pose quelques questions sur la légitimité du candidat socialiste. 

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