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Billet de blog 3 sept. 2021

L'humanité.

Inhumaine.

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L'humanité toute entière se trouva bientôt captive d'écrans. Ces écrans savaient ce qu'elle aimait et lui en donnait. Ils savaient ce qu'elle achetait et lui en proposait. Ils savaient pour qui elle votait, où elle se trouvait, d'où elle venait et où elle allait.  Ils savaient qui étaient ses amis et quels étaient ses vices. Ils savaient si elle était riche ou pauvre, ils connaissaient la couleur de sa peau et sa religion. Ils pouvaient la dénoncer à la police et la faire chanter. Ils pouvaient aussi la voler et la violer. Voler son argent, son image, ses secrets, violer son intimité la plus secrète.

Les écrans donnait à l'humanité l'amour ou la haine et lui permettait de les exprimer en toute circonstance, à propos de n'importe quel sujet.  

Les  écrans faisaient régresser l'humanité vers des comportements archaïques en lui montrant toujours plus de violence, de sacrifices et  d'exécutions.  

Comme dans les jeux du cirque l'humanité pouvait avec le pouce décider d'une mise à mort symbolique ou réelle, d'un ostracisme, d'un bannissement ou d'une exclusion. Ainsi les écrans pouvaient pousser des enfants au suicide ou au meurtre et donner l'occasion à une partie de l'humanité de s'en réjouir, à une autre celle d'en pleurer, puis de vouloir se venger et de crier justice.

Des faux prophètes et des vrais escrocs prenaient souvent possession des écrans, sachant dire à l'humanité ce qu'elle avait envie d'entendre, la confortant dans des croyances aberrantes, ineptes et dangereuses. 

Les figures les plus populaires qu'on voyait sur les écrans étaient souvent les plus grossières, les plus méchantes, les plus stupides et les plus malfaisantes. L'humanité les adorait. 

Les écrans rendaient l'humanité narcissique et droguée à sa propre image. Comme tous les drogués elle n'en avait jamais assez (car chaque dose en appelle une plus forte). 

Comme tous les narcissiques elle n'en était jamais rassasiée (car la contemplation d'un miroir n'a jamais rassasié personne).

Petit à petit l'humanité ne fit plus rien d'autre que de regarder ses écrans, et d'y rechercher avidement l'image de sa propre figure, finissant par confondre l'image et la figure. 

Lorsque parfois - rarement -  prise d'un sursaut de conscience, l'humanité tentait de leur échapper, les écrans revenaient vers elle, pour tenter, par mille ruses et détours, de la séduire et de la ramener à eux.
Presque toujours, l'humanité cédait, et les écrans triomphaient.

Tout comme Narcisse perdu dans son reflet, l'humanité se mit à dépérir, se recroquevilla, se ratatina, et puis, un beau jour, creva. 

Seuls demeurèrent les justes, ceux qui jamais n'étaient apparus sur les écrans, et qui ne les avaient jamais regardés.

Ayant su se préserver de la vanité.

J'en connais.

J'en connais, mais je n'en suis pas.

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