Fonction du sens de l'esthétique

A chacun de nos comportements sont associées une ou plusieurs hormones au service de quelques finalités cardinales: la survie et la reproduction. Pourtant, il existe un comportement que je n'arrive pas à classer parmi ces catégories: le plaisir éprouvé devant la beauté des choses qui parfois prend les proportions de l'extase.

Autant il me paraît évident que le ressenti vis à vis de la beauté d'une personne a partie liée avec le tissage de liens sociaux qui relèvent de la survie (à travers l'appartenance à une communauté) et de la reproduction (pour évaluer le/la meilleur.e reproducteur.rice), autant je ne vois pas très bien ce que le bonheur ressenti face à la beauté d'une oeuvre ou d'un coucher de soleil a à voir avec cela. Et je me demande bien quelle est la fonction de ce ressenti, puisqu'il paraît que dans la nature, rien n'est le fruit du hasard et que tout a une fonction.

Je peux imaginer que, d'une certaine manière, le plaisir esthétique permette un supplément de motivation apte à faire traverser les épreuves de la vie, et que les personnes en mesure d'apprécier la beauté d'une oeuvre artistique ou de la plus grande d'entre elles, la nature, aient un taux de survie plus élevé en vertu d'un renforcement de l'homéostasie de la dyade corps/esprit. Le sens esthétique contribuerait alors telle une vestale à l'entretien du feu sacré.

Mais je me plais à imaginer - pure expérience de pensée - qu'il y a autre chose, que la vie ne se réduit pas à la triviale duplication d'acides aminés, et que l'extase devant la beauté des choses est un prélude à une finalité ultime: la dissolution de l'ego, la fusion du sujet en l'objet, supérieure en noblesse à tout le reste. Peut-être la capacité d'appréciation de la beauté est-elle l'une des clés pour soulever le voile d'Isis.

 

Veiled vestal © Raffaelle Monti Veiled vestal © Raffaelle Monti

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