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Billet de blog 15 août 2021

Salary Cap, le modèle de la NBA est-il applicable au football européen?

Aleksander Ceferin, patron de l’UEFA, a laissé entendre que le Fair Play Financier avait fait son temps et qu'il n’était plus adapté pour contenir la fièvre dépensière des clubs ultras riches du continent. Mais est-ce que le salary cap qu'il voudrait lui substituer serait plus efficace?

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Avec le Fair Play Financier, instauré en 2010 sous la présidence de Michel Platini, l'UEFA prétendait vouloir amener un peu plus de contrôle sur les dépenses des clubs inscrits dans les différentes coupes d'Europe. Sur fond de crise sanitaire, l'instance qui gouverne le football européen a entamé un processus de remise en question. Force est de constater que le mécanisme du FPF, assoupli à maintes reprises au cours ces dix dernières années est inefficace face à la fragilité actuelle de l'industrie du ballon rond, et aux inégalités qui s'y creusent inexorablement.

Dans son rapport de force avec la haute bourgeoisie du football européen, l’UEFA et Ceferin réfléchissent à réformer le Fair Play Financier qui ne leur permet pas de canaliser la folie des grandeurs des clubs affiliés aux pétro-monarchies du Golfe, le PSG (Qatar) et Manchester City (Émirats Arabes Unis). On l'a vu avec le recrutement luxueux, certes opportuniste, du club parisien qui a su attirer Lionel Messi, provoquant la rancœur des clubs allemands l'accusant à mi-mots de fausser l'équité de la Ligue des Champions. Si on ajoute à ça la tentative de sécession menée par la Juventus et le Real avec leur projet de Super Ligue au printemps dernier, on comprend que le climat au sommet du football européen ne respire pas la sérénité.

Face à ce gratin au bord de la rupture, selon le Times, l'instauration d'un salary cap et d'une luxury tax ne serait plus qu'une question de temps et pourrait même entrer en vigueur dès la saison 2022/23. C'est un coup d'accélérateur de la part d'Aleksander Ceferin, dont on sait depuis plusieurs années qu'il admire le modèle économique de la NBA, ligue de basket-ball nord-américaine. En 2017, il avait déjà déclaré au magazine slovène Mladina qu'à l'avenir il faudrait "sérieusement envisager la possibilité de limiter les budgets des clubs pour les salaires des joueurs." Mais à savoir si un modèle semblable à celui de la NBA est applicable à l'échelle du football européen, c'est une autre histoire.

Régulièrement dépassé en NBA où les clubs préfèrent payer la luxury tax

Le salary cap structure l’équilibre sportif des différentes ligues nord-américaines qui ont la particularité d'accueillir des franchises dans des compétitions sans montée ni relégation. Ce qu'on appelle communément des "ligues fermées". En NBA, pour prendre la ligue nord-américaine la plus emblématique vu d'ici, le salary cap peut-être réévalué au début de chaque saison en fonction des revenus de la saison précédente. Par exemple, cette saison le plafond de la masse salariale est fixé à 112 millions de dollars annuels. Pour infos, la masse salariale du PSG, avec l'arrivée de Messi, est estimée à 302 millions d'euros. Tous sports confondus, c'est devenu la plus grosse masse salariale du monde.

Strictement interdit dans la ligue de football américain (NFL), le dépassement du salary cap est régulièrement pratiqué par les franchises de la NBA qui préfèrent payer la luxury tax en pariant sur une bonne saison sur le plan sportif qui leur permettra un retour sur investissement. Ça laisse quelques idées sur la façon dont les clubs les plus riches pour budgéter leur droit à dépasser le salary cap s'il venait à être mis en place dans le foot européen. Mais pour l'instant, si on sait que le salary cap et la luxury tax ont les faveurs de Ceferin pour remplacer le Fair Play Financier, on ne connaît pas encore les contours précis du projet. Tout juste le Times laisse-t-il entendre que ce salary cap serait fixé par l'UEFA en fonction des revenus de chaque club dont il ne devrait pas dépasser 70%. Au delà, s’appliquerait une luxury tax dont le montant reste à définir et qui serait redistribué aux autres clubs.

Cette question sera au cœur de la prochaine Convention de l’UEFA “sur l’avenir du football européen”, qui aura lieu en septembre prochain. Si ça se confirme, les inégalités entre les clubs ne seront effectivement pas remises à plat, tout au plus maintenues en l'état pour éviter qu'elle ne s'accroissent. Mais en même temps, personne n'a cru qu'il fallait compter sur le patron de l'UEFA pour remettre en cause les fondements inégalitaires du foot business.

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