Michèle Rivasi est une militante écologiste originaire de la Drôme, élue au Parlement Européen, et arrivée deuxième aux primaires des écologistes pour la présidentielle de 2017.  Et accessoirement, elle est un danger public, qui a au moins un gros point commun avec Donald Trump…

 Du haut de son agrégation de biologie, Michèle Rivasi s’est fait une spécialité de promouvoir différentes facettes de l’alterscience, en contestant systématiquement ce qui est le consensus scientifique sur certains sujets majeurs.

Elle a commencé sa carrière dans ce domaine en participant à la fondation de la Criirad, le principal lobby anti-nucléaire en France, qui a largement contribué à diffuser la légende urbaine selon laquelle les autorités de l’époque auraient menti à propos du passage du nuage de Tchernobyl sur l'Hexagone[1]. Pourtant, son action avec la Criirad est encore le haut du panier de ses combats successifs, de plus en plus marqués par l’obscurantisme et la construction de ce que depuis la campagne de Trump on appelle les « alternative facts ». Car avec Rivasi, on voit les « Crii » pousser de partout, avec le Criimachin et le Criichose, toujours pour mener des recherches « indépendantes». Comprenez : « indépendante » non pas de tous les lobbys, mais plutôt de la communauté scientifique qui travaille sur les sujets sur lesquels elle se penche.

Le Criigen, celui qui conteste le consensus scientifique sur les OGM  ?

Elle en est.une compagne de route obligée.  Par exemple, c’est elle qui a organisé l’an dernier au Parlement Européen la présentation d’une des nombreuses études-hoax de Séralini, celle dans laquelle il essaie de montrer que des vaches allemandes seraient mortes d’avoir mangé des OGM[2]. Globalement, comme toute la mouvance politique dont elle est issue, Rivasi est en guerre contre les OGM et les pesticides, cela va de soi. Du coup, quand elle signe par exemple une tribune sur le glyphosate et le manque d’indépendance (selon elle) des experts de l’EFSA, elle le fait  aux côtés de son collègue des Verts, François Veillerette[3].  Or, celui-ci est aussi président de Générations Futures, une association qui est une émanation du lobby de l’agriculture bio, et qui comme le Criigen produit à la pelle des études biaisées qui ne prouvent rien du tout mais qui trompent les journalistes incompétents et à travers eux le public. Celui-ci va alors plus se tourner vers les produits bio, conformément à ce qu’attendent les bailleurs de fond de  Générations Futures (qui dans ses études ne regarde jamais si il y a des traces de pesticides utilisés en bio, ça évite forcément d'en retrouver dans les échantillons). [4].

Mais tout cela est classique, et somme toute assez bateau.

Là où Michèle Rivasi  fait preuve de plus d’originalité et s’enfonce un cran encore dans l’alterscience, c’est lorsqu’elle rajoute encore une corde à son arc et lance le « Criirem », qui milite contre le consensus scientifique sur les ondes électromagnétiques. Rivasi se montre particulièrement odieuse sur ce terrain, puisque son action autour des dits « ElectroHypersensibles », des gens qui se croient intolérants aux OEM, contribue à enfoncer ces victimes dans leur phobie, alors que toutes les expériences ont montré que leurs troubles, aussi sérieux soient-ils, étaient forcément psychosomatiques puisqu’ils ne manifestent aucune sensibilité particulière aux ondes. Parfois, des gens peuvent même mourrir de ce genre de phobie, comme ce jeune drômois  qui a été recouvert par un avalanche lors d’une sortie scolaire et qui n’avait pas allumé sa balise par peur des ondes[5].

Mais bon, toute ces peurs infondées  ne sont pas nocives pour tout le monde, et  ça fait vivre son Criirem[6] :

« Michèle Rivasi, députée Europe Écologie, en tant qu’élue affirme « l’existence de dangers et se bat pour la création de zones blanches » et réclame la réalisation de mesures d’exposition « indépendantes » de celles réalisées par les organismes acrédités. Et Michèle Rivasi est vice-présidente de l’association dénommée Criirem (Centre de recherche et d’information indépendant sur les rayonnements électromagnétiques), qui propose de telles mesures... au prix de 1 150 € par antenne-relais. »

C’est justement  dans le domaine de la santé publique que Rivasi s’illustre de plus en plus par des prises de positions particulièrement dangereuses. Ainsi, elle avait en 2015 lancé un appel au déremboursement de certains antidépresseurs[i], ce qui est la plus débile des positions possibles : soit un médicament aurait (selon elle, pas forcément selon le reste du monde ) plus d’effets secondaires négatifs que d’utilité primaire, et dans ce cas il faudrait demander à ce qu’il soit purement et simplement retiré, plutôt ; soit ce médicament est utile, et alors il doit bien être remboursé, pour que tout le monde puisse y avoir accès. Avec ce genre de positions, Rivasi apporte sa modeste mais remarquable contribution au creusement des inégalités dans l’accès aux soins, mais aussi à l'aggravation de certaines situations :

"la formulation virulente de Madame Rivasi n’est pas anodine et si elle a étudié les faits historiques dont elle parle, elle doit savoir que les alertes lancées au début des années 2000 ont provoqué des arrêts de traitement intempestifs et ont été associées à une augmentation d’actes de délinquance et de toxicomanies de la part des adolescents ayant interrompu leurs traitements. Une diminution du diagnostic et de la prise en charge de la dépression a aussi été observée, conduisant parfois à une augmentation de la mortalité par suicide. Tout avertissement sur un médicament est susceptible d’engendrer des effets involontaires, contre-productifs et finalement dangereux. En outre, en 2010, les laboratoires pharmaceutiques GSK et Astra-Zeneca ont publiquement annoncé l’arrêt de leurs activités de recherche dans le domaine de la dépression et de l’anxiété en raison des débordements médiatiques qui avaient rendu ces maladies non viables d’un point de vue industriel. Les patients attendent toujours de nouvelles molécules."
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/06/09/non-mme-rivasi-il-n-y-a-pas-de-scandale-des-antidepresseurs_4650516_3232.html#vHRDtzfZpEVDpRfh.99

 


A noter que Michèle Rivasi, qui se présente comme une farouche opposante au lobby de l’industrie pharmaceutique, ne l’est en fait que quand cette industrie produit des pilules qui contiennent vraiment un principe actif, c'est-à-dire qui ont une chance   de pouvoir être efficaces. Au contraire, quand il s’agit de la fraction de cette industrie qui est quelque part la plus vénale, celle qui vend des pilules de vide aux gogos, Rivasi sait se faire le relais politique du lobby économique. Ainsi, elle se vante elle-même d’avoir favorisé la promotion de l’homéopathie vétérinaire au parlement européen :

« L’adoption par une majorité de députés de notre amendement promouvant l’homéopathie va dans ce sens »[7]

 Enfin, on touche le fond lorsque l’on aborde la question très sensible de la vaccination, qui a plus d’impacts négatifs possibles que le succès de la poudre de perlimpimpin homéo auprès des bobos pas malades. Car, encore plus directement que pour la question des ondes, militer  ardemment sur le terrain des supposés «   dangers des vaccins », comme elle le fait, revient à œuvrer pour faire baisser la couverture vaccinale et favoriser le retour de maladies qui avaient pu être contrôlées jusqu’ici. On le sait, c’est l'une des inquiétudes que l’on peut avoir vis-à-vis  de la présidence ce Trump : de même que celui-ci nie le consensus scientifique sur le réchauffement climatique, il nie aussi le consensus scientifique sur l’innocuité et l’utilité de la vaccination, et nomme des illuminés aux postes clés dans ces domaines. Dans un pays où le système de santé est déjà complètement délabré pour la fraction la plus pauvre de la population, et où l’on trouve le plus fort taux de mortalité infantile parmi les pays industrialisés, ça promet.

L’inspirateur de Trump sur la question des vaccins, c’est Andrew Wakefield, qui a par exemple fait partie du happy few invité à une des soirées festives du clan Trump pour fêter leur prise de pouvoir[8].
Qui est Andrew Wakefield [9]? C’est un ancien médecin, qui en 1998 avait publié dans The Lancet une étude qui mettait en cause le rôle du vaccin ROR dans le développement des cas d’autisme. Il s’agit là d’une publication séminale qui a donné beaucoup d’espoirs et d’énergie aux lobbies antivaxx…ainsi qu’à des maladies comme la rougeole, la rubéole et les oreillons, qui se portent mieux depuis, merci pour elles.
Cette publication est l’archétype d’une commande d’un lobby à un scientifique qui oublie soigneusement d’indiquer son conflit d’intérêt et qui manipule les données pour prouver ce qu’on lui avait demandé de prouver (Wakefield avait touché plus 400 000 livres d'un avocat qui voulait poursuivre un laboratoire pharmaceutique en justice).

(les détails sont disponibles ici : http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2713 ou encore ici : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/09/16/les-vaccins-sont-ils-vraiment-dangereux-pour-la-sante_4998681_4355770.html)

Depuis, la fraude ayant été mise à jour, Wakefield a perdu son emploi de chirurgien et sa publication controversée a été retirée par The Lancet (bien sûr, vous l’aurez deviné, comme pour son héritier Séralini, il a été en fait victime d’un lobby tout-puissant qui  veut le  faire taire. Evidemment)

Mais, de la même manière qu’il existe une fraction de la population qui refuse d’enregistrer les preuves qui s’accumulent à propos de l’origine anthropique du réchauffement global, il y a une mouvance qui refuse d’enregistrer les preuves scientifiques à propos de l’innocuité de la vaccination. Et il se trouve que le président nouvellement entré en fonction aux Etats-Unis est le héraut de ces deux types d’activistes. On comprend que la résistance s’organise déjà aux Etats-Unis avec l’organisation prévue d’une marche pour la science, après celle qui a eu lieu pour les femmes, elles aussi particulièrement menacées.

Mais si cette manif s’organise le 9 février et qu’elle a un relais en France – on voit un groupe Facebook se monter pour ça -, Michèle Rivasi ne pourra pas y  venir,  parce que , ce jour là, elle  organise au parlement européen une initiative publique du lobby anti-vaccination :



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Notons la présence à l’affiche de deux noms bien connus, en plus de celui de Rivasi. :

Tout d’abord, on pourra y entendre Luc Montagnier, le prix Nobel de médecine qui a mal viré et qui propose régulièrement des remèdes miracles à plein de choses dont il n’est pas spécialiste,  tout en cherchant à remettre au goût du jour une autre imposture  scientifique célèbre, celle de la « mémoire de l’eau » (où l’on retrouve le lobby de l’homéopathie…)[10]  

Et surtout, surtout,  Andrew Wakefield himself sera là,  pour y présenter son film « Vaxxed : from cover-up to Catastrophe ».

Quand on a promu Séralini au Parlement Européen, on peut bien y promouvoir Wakefield, c'est cohérent. 

 Pour finir, voici un article où est évoquée Sophie Guillot, qui interviendra  deux fois dans cette journée, et qui affirme fièrement préférer faire courrir à ses enfants le risque des maladies que le "risque" de la vaccination :

"Certains parents sont pourtant décidés à soustraire leur progéniture à cette obligation, à l'image de Sophie Guillot. Cette mère de trois enfants a toujours refusé qu'ils soient vaccinés. Pour ce faire, elle même allée jusqu'à falsifier leurs carnets de santé, avec la complicité d'un pédiatre. Car sans preuve de vaccination, impossible de faire admettre ses enfants en collectivité, école ou bien centre de loisirs, précise le Code de la santé publique."

http://www.bfmtv.com/sante/j-ai-choisi-de-prendre-le-risque-de-la-maladie-plutot-que-celui-des-vaccins-explique-sophie-mere-de-trois-enfants-954145.html

[j'espère que ce pédiatre fraudeur sera retrouvé et radié lui aussi. Je mets ma main au feu qu'il est d'orientation homéopathe]

Bilan final : anti-nucléaire, anti-OGM,  anti-ondes et maintenant vraiment antivaccination : un parcours exemplaire, que celui de Michèle Rivasi.

Michèle Rivasi qui,  et cela interroge forcément, a enseigné la didactique des sciences en IUFM....


Yann Kindo

 PS du 2/02 : Il faut croire que Michèle Rivasi n'a vraiment peur de rien en matière de compagnonages douteux, puisque l'on apprend qu'elle a participé la semaine dernière, en compagnie de G-E. Séralini, à une émission d'une heure sur la web-télé  TV Libertés, qui comme son nom ne l'indique pas est une station d'extrême-droite liée à la mouvance identitaire
http://alerte-environnement.fr/2017/02/01/rivasi-et-seralini-a-laise-dans-la-reacosphere/

En même temps, il est probable qu'ils soient d'accord entre eux sur les OGM et les vaccins.


[1] https://blogs.mediapart.fr/yann-kindo/blog/040511/tchernobyl-ce-que-le-figaro-disait-en-1986

 

[2] https://blogs.mediapart.fr/yann-kindo/blog/030216/oh-la-vache-g-e-seralini-encore-publie

[3] http://www.michele-rivasi.eu/medias/pesticides-lindependance-des-experts-de-lefsa-une-fois-de-plus-mise-en-cause/

[4] https://www.quechoisir.org/actualite-pesticides-dans-les-salades-generations-futures-noircit-le-tableau-n2217/

[5] https://blogs.mediapart.fr/yann-kindo/blog/310115/precautionnisme-tragique-en-isere-un-mort

 

 

[6] http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2397

[7] http://www.michele-rivasi.eu/medias/medicaments-veterinaires-la-lutte-contre-labus-dantibiotiques-sintensifie-a-lechelon-communautaire/

 

[8] https://www.statnews.com/2017/01/21/andrew-wakefield-trump-inaugural-ball/

[9] http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2039

et

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2713

[10] http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1930

 


[i] http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/06/09/non-mme-rivasi-il-n-y-a-pas-de-scandale-des-antidepresseurs_4650516_3232.html

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