Sonia Nour : le martyr, d'une acception à l'autre

Je reproduis ici avec son aimable autorisation un texte de "quand", publié sur Agoravox. L'auteur a juste tenu à reformuler quelques phrases sans en changer la signification (https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-martyr-sonia-nour-et-les-neo-197909)

Quelques jours après l’attentat de Marseille au cours duquel deux jeunes femmes ont perdu la vie, Sonia Nour, membre du cabinet du maire de La Courneuve, a déclenché un tollé en qualifiant de martyr l'assassin :

" Quand un martyr égorge une femme et poignarde une autre, là, ça fait du bruit. Terrorisme, du sang, civilisation Bla Bla Bla.....Par contre que le terrorisme patriarcal nous tue tous les deux jours on l’entend moins votre grande gueule".

 

Il est intéressant de se demander pour quelles raisons des gens en France hurlent au scandale, lorsque l'on constate qu'il s'agit la plupart du temps des mêmes qui tancent - on ne l'aura que trop compris et entendu - que les terroristes tuent au nom de leur religion, dans le cadre d'une offensive plus largement culturelle contre l'Occident.

Si c'est le cas, alors les meurtriers se considèrent comme des "martyrs", leur communauté également, ils trépassent ou sont condamnés comme tels. Ici, ceux qui conspuent à en perdre gorge Sonia Nour devraient par cohérence avec eux-mêmes, avec leur représentation de la situation, admettre que c'est le cas : "l'assassin est un martyr du djihad".

En effet, ce n'est pas la première fois que les champions de la thèse du choc des civilisations emploieraient le terme pour désigner ceux qu'ils considèrent comme les soldats d'Allah en quête d'hégémonie, sans cesse à la recherche de sémantiques, expressions destinées à maquiller les véritables raisons des tensions entre Afrique, monde oriental et sphères occidentales.

Citons quelques titres et paroles rapportées, mises en évidence :

- " Merah voulait livrer son dernier combat, mourir en martyr, et tuer le plus de policiers possible. Jusqu'à la dernière seconde, il a tiré" (1) 

- "Je voulais mourir en martyr" (2) 

- "Si un terroriste savait peindre comme Picasso, piloter un avion comme Tom Cruise, gagner des courses de voitures comme dans Fast & Furious , nul doute qu’il serait trop occupé à réussir sa vie pour mourir en martyr" (3) 

- "Martyrs et bourreau "(4) 

- "Enfant heureux, Quentin est tombé martyr en Irak" (5) 

- etc, etc............. 
 

En réalité, on entend autre chose derrière les aboiements à l'adresse de Sonia Nour. Car sa déclaration ne se borne pas, loin de là, à ce qualificatif sur lequel se focalisent à dessein les hystéries. Celles-ci tentent en vérité d'en faire oublier la suite qui pointe un hiatus violent entre l'éclat que suscite les assassinats par des arabes et/ou musulmans, a fortiori lorsqu'ils sont revendiqués par Daech, une organisation dont cependant la proximité, pour ne pas dire la collusion avec les coalitions atlantistes apparaît de plus en plus évidente, et l'indifférence sociale et l'impunité relatives lorsque ce sont des personnes d'origine étrangère, comme africaine, qui sont tuées par les représentants de l’État notamment.

On perçoit le sentiment d'une société qui refuserait d'avoir quelque chose à se reprocher, comme ses cautions et silences assourdissants sur les guerres impérialistes, ultra-meurtrières de ses armées, en sus de ses propres provocations islamophobes en déluge, chez elle. Conjonctures internationale et locale qui pourraient mener des gens à riposter, à conduire des représailles, à se venger, qu'ils soient par exemple mandatés par les pouvoirs étrangers combattus, ou des civils rescapés des bombes, emplis de haines et de rancœurs après avoir assisté à la mort de proches, à la destruction de leurs villes, villages, terres, patrimoines........

Ici, Sonia Nour, envisageant à l'évidence les conflits menés par l'Occident et ses alliés internationaux comme impérialistes et les attentats comme autant de répercussions, de ripostes, désignerait l'arabe et/ou musulman assassin comme le martyr, autrement dit la proie malheureusement parfois acculée psychiquement à la vengeance meurtrière, en outre d'un contexte local raciste, islamophobe, d'une France guerrière à nouveau habitée par une féroce hostilité, autrement dit d'un "terrorisme patriarcal"....

C'est bien cette posture que viennent refouler, étouffer, toutes celles et ceux, issus de tous bords politiques, qui hurlent après Sonia Nour devenue une damnée.

En effet, halte-là..... ! Les champions de la désinformation ne sont évidemment pas disposés à ce genre de discours car susceptible de ruiner la propagande élaborée en soutien à l'impérialisme hors de France et à la xénophobe sur son sol....

Face aux attentats et crimes annoncés de la sorte que nous vivons actuellement, l'islamophobie est en effet patente non chez ceux qui les dénoncent, mais chez les personnes qui n'admettent pas qu'ils sont fort probablement, quand bien même leurs responsables déclarent tuer au nom d'Allah, des ripostes, des représailles politiques aux conflits néo-coloniaux, néo-impérialistes, que plusieurs États mènent actuellement en Afrique et au Moyen-Orient, faisant d'innombrables morts, en particulier chez les civils. Entreprises purement géo-stratégiques, politico-capitalistes, économiques, poussées en leur dernière extrémité ou "stade suprême" selon Lénine : la guerre et la destruction de celles et ceux qui sont sur place, qui ont le malheur de s'y trouver, qui revendiquent légitimement terres et richesses. 

 
 

(1) François El Bahri, ex-membre du RAID, https://www.franceinter.fr/emissions/dans-le-pretoire/dans-le-pretoire-29-septembre-2017 

(2) http://www.lexpress.fr/culture/tele/je-voulais-mourir-en-martyr-temoigne-iman-17-ans-dans-envoye-special_1875412.html 

(3) https://www.marianne.net/debattons/editos/les-pieds-nickeles-du-djihad 

(4) http://www.leparisien.fr/faits-divers/martyrs-et-bourreaux-10-12-2016-6436974.php 

(5) www.lanouvellerepublique.fr/.../Enfant-heureux-Quentin-est-tombe-martyr-en-Irak-2... 

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