Janvier 2018 : le nord de l’Amérique sous la glace...

Janvier 2018 a vu une partie du Canada et la côte-est des États-Unis touchés par une vague de froid d’une rare intensité. Contrairement à ce qu’a niaisement twitté Donald Trump, il ne faut pas y voir une remise en question du réchauffement climatique, mais une marque supplémentaire des dérèglements, qui pourraient survenir plus rapidement qu’envisagé et aussi prendre des formes contre intuitives.

Par-delà les remises en question totales, qui heureusement se font de plus en plus rares, quelques clichés ou fausses idées à propos du réchauffement climatique continuent d’avoir la vie dure. On peut notamment citer :

* Le réchauffement toucherait surtout les pays du Sud...

* +2°C voire +4 ou +5°C ce ne serait pas si grave...

* 2100 ce serait loin, on aurait le temps de trouver des solutions...

* Il y aurait des « gagnants » au réchauffement climatique...

 Les récents phénomènes, que ce soit sécheresses, successions de tempêtes de rare intensité, vagues de froids... montrent que le réchauffement « global » de la Terre se traduit par des « dérèglements » multiples qui touchent aussi l’Amérique, l’Union européenne et l’Asie industrialisée. Et ce n’est pas surprenant car, à l’échelle planétaire, une variation de 2°C correspond à l’équivalent de la moitié d’une ère glaciaire. Donc, si l’on ne parvient pas à limiter ce réchauffement, l’ensemble de la planète va entrer dans une période chaotique de perturbations toujours plus importantes.

Les changements ont déjà commencé et n’attendront pas 2100. Une récente étude publiée dans la revue Nature Climate Change a montré qu’au moins un tiers de la planète risquait d’entrer dans une phase d’aridification à partir de 2050 si l’on ne parvenait pas à limiter le réchauffement à +1,5°C, un des objectifs de l’Accord de Paris qu’un nombre croissant de chercheurs considère désormais comme de moins en moins possible, surtout au vu du manque d’empressement des pays (y compris européens) à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Et n’oublions pas que le CO2 émis dans l’atmosphère y reste pour environ un siècle. Contrairement à beaucoup de pollutions chimiques, il ne s’agit donc pas d’un processus que l’on peut arrêter du jour au lendemain, d’où l’urgence d’agir.

Quant à ceux qui pensent qu’il y pourrait y avoir des « gagnants » au réchauffement climatique, et notamment que plus de chaleur pourrait profiter aux pays de hautes latitudes (Russie, Canada, Europe du Nord...) ou qu’une montée du niveau des océans de deux mètres (envisagée par la NASA pour 2100) permettrait de faire profiter d’autres personnes de la proximité de la mer... Ils font preuve d’une naïveté ou d’une volonté opportuniste d’exploiter la naïveté de ceux qui n’ont pas encore compris la gravité de ce qui se profile.

Dans un roman publié en 2005 : Le Procès de l’Homme Blanc, j’envisageais un monde du XXIIe où les États-Unis, l’Union européenne, la Russie, le Japon et la Chine se voyaient couverts de glace ou transformés en déserts, pour ne plus laisser que quelques îlots de « civilisation » tropicaux comme Singapour. Les comportements des dirigeants des sociétés techno-industrielles risquent de le rendre prophétique. 

Chang-Eui Park, "Keeping global warming within 1.5°C constrains emergence of aridification", Nature Climate Change 8, 70–74 (2018) doi:10.1038/s41558-017-0034-4

https://www.nature.com/articles/s41558-017-0034-4

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.