La Chine n’est pas le 1er pollueur de la planète, mais le 83ème

Depuis des mois, et de plus en plus souvent à l’approche de la COP21, les médias répètent que la Chine est devenue le 1er pollueur de la planète. De telles déclarations sont trompeuses pour ne pas dire à la limite de l’honnêteté intellectuelle, car cela occulte plusieurs questions et particulièrement la démographie, les émissions exportées et les responsabilités historiques.

La Chine compte 1,3 milliard d’habitants, il n’est donc pas forcément anormal que ses émissions de CO2 soient supérieures à celles de pays bien moins peuplés. Ne serait-il pas plus juste et plus pertinent de raisonner en terme d’émissions par habitant ? Avec ce critère, la Chine ne se situe plus en 1ère position mais environ en 60ème place, avec des chiffres un peu supérieurs à ceux la France, mais inférieurs à ceux de l’Italie.

Il ne faut pas oublier également que les Chinois ne produisent pas que pour eux. Selon un rapport de l’Ademe, environ 30% des émissions de carbone du pays résultent d’industries dont les produits sont destinés à la consommation des pays du Nord. D’une certaine manière, les délocalisations ont permis aux pays de la première industrialisation de transférer une partie de leurs pollutions vers les pays du Sud, qui en subissent localement les conséquences, avant de réimporter ensuite les produits finis ou les pièces détachées. Par exemple, la France affiche une réduction de ses émissions nationales de CO2 de -7% par rapport à 1990, mais si l’on regarde le chiffre des émissions liées à la consommation des Français, elles ont augmenté de +15%.

Si l’on déduisait des émissions de la Chine ce qui n’est pas consommé par ce pays, il se retrouverait aux alentours de la 83ème place mondiale des émetteurs de CO2, aux côtés de la Serbie et l’Argentine.

À ce titre, l’Inde s’avérerait encore plus « vertueuse ». Alors que ce pays est présenté comme le 4ème pollueur mondial, il n’est que le 130ème lorsque l’on regarde les émissions par habitant. De fait, si tous les habitants de la planète consommaient comme un Indien moyen, la planète tiendrait sans problème l’objectif des +2°C par rapport à l’ère préindustrielle. En revanche, les Nord Américains devraient toujours diviser leurs émissions par 10 et les Européens ou les Japonais par 4 ou 5.

Alors pourquoi la COP21 n’a-t-elle pas retenu ces critères d’émissions par habitant et encore moins ceux d’émissions « importées » ? N’est-ce pas parce que les pays du Nord espèrent faire porter l’essentiel de l’effort de lutte contre le réchauffement climatique par les pays dits « émergents » et éviter une part de leur responsabilité ?

Et c’est sans parler des émissions de gaz à effet de serre rejetées dans l’atmosphère depuis le début de la Révolution industrielle. De fait, en ce début de 21ème siècle, les émissions des pays du Sud sont désormais équivalentes à celles du Nord (du moins en terme de « production », pas de consommation). En revanche, si l’on regarde les émissions depuis le 19ème siècle, alors l’Europe, les États-Unis et le Japon sont responsables des 2/3 des émissions.

Est-ce juste de demander aux pays dits « en développement » de payer cette partie de la facture ?

Et ne faisons pas injure à l’intelligence des dirigeants des pays du Sud. Ils connaissent ces éléments. Ils peinent en revanche à faire entendre leur voix dans les négociations internationales. Mais pourquoi voudraient-ils faire des efforts, s’ils constatent que les pays du Nord, qui en ont pourtant souvent plus les moyens, rechignent à en faire ?

 

Sur des bases aussi biaisées, l’objectif de +2°C maximum sera bien difficile à atteindre. Et il serait par trop facile d’en rejeter la faute sur la Chine ou l’Inde.

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