1er août 2018, jour de l’aveuglement ?

De plus en plus tôt au fil des ans, les médias annoncent le « jour du dépassement ». Il y a vingt ans, c’était début octobre, c’est désormais le 1er août. Mais ce jour, fondé sur l’Empreinte écologique qui s’efforce de calculer la pression des sociétés sur l’environnement, ne mesure-t-il pas avant tout l’ampleur de nos aveuglements ?

En 2018, à l’échelle planétaire, le jour du dépassement écologique sera le 1er août. Cela signifie qu’il faudrait 1,7 planète pour continuer à vivre ainsi. Les Français ont quant eux dépassé ce seuil depuis le 5 mai 2018. Ils auraient donc besoin de 3 planètes si tous les habitants de la Terre vivaient comme eux. Quant aux Américains, il leur en faudrait 5...

Certes les indicateurs permettant d’arriver à cela peuvent être discutés et critiqués. Certes, on peut toujours se targuer qu’il y a pire que soi. Avec l’Amérique du Nord, ce n’est pas difficile, a fortiori depuis l’ère Trump, et puis il y a aussi les « super-riches » ou les « multinationales » qui constituent des boucs émissaires ultimes... Mais ne s’agit-il pas de moyens se refuser de regarder en face la pente suicidaire dans laquelle les sociétés techno-industrielles poussent l’humanité ?

Nous sommes devenus aveugles, et il n’est plus sûr que les avertissements ou suppliques (qui se multiplient depuis trois ou quatre décennies) puissent désormais changer grand-chose. Entre ceux qui n’imaginent pas que l’on puisse modifier le monde, ceux qui sont persuadés (ou veulent faire croire ?) que donner l’abondance à tous serait une solution, ou ceux qui « préfèrent regarder ailleurs », comment continuer à espérer ?

Sans doute celles et ceux qui ont perçu la gravité de la montée du nazisme dans les années 1920-1930 ont-elles/ils expérimenté des sentiments similaires ? Sans doute est-ce une raison de l’épanouissement parallèle des « années folles », qui font écho à l’explosion contemporaine de nos sociétés du divertissement ?

Il n’est probablement jamais trop tard, mais dans le cas présent, il faudra certainement inventer d’autres idées pour sortir de cette spirale vicieuse de la course effrénée à la consommation, car les recettes passées montrent leurs limites.

C’est certainement d’une remise à plat complète dont nous aurions besoin – en s’efforçant de dépasser les jugements moraux ou les impressions de supériorité culturelle – afin de voir à quel point nombre de nos actions – ou inactions – vont à l’encontre de nos valeurs, afin de savoir ce que l’on veut, mais aussi ce que l’on refuse, pour soi, pour les autres et pour les générations futures, en cessant de « croire » naïvement que la technique permettra de résoudre tous les problèmes.

Il y a énormément à faire et nos politiques ne nous y préparent pas. En effet, par-delà quelques mots d’ordre de façade, pour donner bonne conscience, leur leitmotiv reste qu’il faudrait toujours plus stimuler la croissance pour continuer à mieux vivre...

Et pourtant, à part peut-être quelques illuminés, ils savent que cela nécessiterait encore plus de planètes, alors que nous n’en avons qu’une, et qu’elle se dégrade à un rythme accéléré…

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