Chômage : marasme, embellie, retour en zone de turbulence

La Dares – direction de la recherche du ministère du travail- nous apprend dans son nouveau rapport sur le chômage, qu'il y a eu une légère embellie sur le marché du travail pendant la période estivale. Mais ce dernier ne prend pas en compte notre retour dans un nouveau confinement, qui risque de remettre en cause ces évolutions "positives" sur le marché de l'emploi.

Les chiffres du chômage ont connu une réelle amélioration, mais cette dernière a de forte chance de n’être que de passage. Selon le rapport de la Dares – direction de la recherche du ministère du travail- diffusé le mardi 27 octobre 2020, le nombre de demandeurs d’emplois sans aucune activité (catégorie A) aurait diminué de 11%. Toutes les tranches d’âges seraient concernées par cette diminution du taux de chômage pour la période de juillet à septembre. Pour les personnes de plus de 50 ans on a atteint une baisse de 8% du chômage, pour la tranche 25-49 ans une baisse de 12%. Celle qui reste la plus impressionnante est la catégorie d’âge des moins de 25 ans avec une baisse significative de -15,2%.

L’emploi des jeunes a connu une très belle embellie. Cela pourrait être dû à la mise en place de mesures d’aides aux entreprises qui engagent des jeunes de moins de 25 ans. Malgré tout, certains économistes reconnaissent, que ces mesures fiscales en faveur de l’emploi des jeunes, ont pu jouer un rôle. Il est cependant encore trop tôt pour en juger les bénéfices.  

Au troisième semestre sur le marché de l’emploi l’embellie se confirme par un rebond de près de 73% des déclarations d’embauche après l’une des baisses les plus sévères entre mars et fin juin avec seulement 40%, selon les données de l’Urssaf. Par ailleurs, on se retrouve dans le cas d’une reprise beaucoup plus forte dans la catégorie des contrats à durée déterminée de plus d’un mois (CDD) avec une hausse de 75.1%.  Les contrats à durée indéterminé (CDI), se contente quant à eux, d’une reprise à 70.14%.

En cette période d’incertitude et de confinement généralisé, les personnes ayants un CDD ont plus de risques de se retrouver sans emploi dans les prochaines semaines. En effet, les entreprises ne prolongeront pas les contrats si leur activité doit être mise sous cloche.

Ces chiffres pourraient s'avérer rassurants pour l’emploi en France, mais le taux de chômage national reste à plus de 8.8%. Avec le risque que ce dernier s’aggrave dans les prochaines semaines.

Diminution en trompe l’œil 

Une partie des personnes ayant trouvé un poste à la sortie du confinement est retournée vers des emplois précaires et de courte durée, si bien qu’elles ont préféré rester inscrit à Pôle emploi se retrouvant donc dans les catégories B et C (catégorie des demandeurs d’emploi ayant travaillé). Ces deux dernières ont donc connu une affluence importante avec une augmentation de plus de 26,7%.

 L’on constate donc un mouvement de vase communicant entre la catégorie A et les catégories B et C. Il faut reconnaître que de façon générale il y a une légère diminution de personnes actives émargeant dans les catégories A, B et C, cependant cela se maintient légèrement au-dessus de 6 millions de personnes.

730 000 emplois perdus 

L’Insee a diffusé une note le 6 octobre qui nous indique que 730 000 emplois salariés seraient perdus en France en 2021 et que le taux de chômage pourrait atteindre les 9.7% de la population active. Cela engendre donc une augmentation de 1.6 points par rapport au quatrième trimestre 2019.

Des prévisions caduques ?

La note de l’Insee ne prend pas en compte ce nouveau confinement, qui n’est peut-être pas aussi généralisé qu’au printemps, mais qui risque de mettre à terre les domaines d’activités qui ont le plus souffert du 1er confinement (hôtellerie, restauration, cinéma, librairie, petit commerçant etc.) 

Ce nouveau confinement, pour ces domaines, ne change pas grand-chose pour le moment. En effet, ces derniers ne font pas partis des commerces dit « essentiels » (tabac-presse, grande surface, caviste, pharmacie etc.). 

Certaines mesures prises pour assurer le bon déroulement de l’économie pendant de ce nouveau confinement, vont dans le bon sens. Comme par exemple, la continuité de l’enseignement de l’école primaire au lycée, plus la continuité du service d’accueil dans les crèches va permettre aux parents de pouvoir poursuivre une activité professionnelle soutenue.

En outre, cela permet aussi à l’État de faire des économies vis-à-vis du chômage partiel. Ce dernier lors du premier confinement, donnait la possibilité aux parents de se mettre en arrêt afin de s’occuper de leurs enfants. C’est pourquoi, les économies produites par la continuité des services de l’éducation nationale ne sont pas encore chiffrées, mais pourraient se révéler importantes.

Par ailleurs, les mesures mises en place dans le but de permettre la continuité de l’activité économique, nous permettraient de ne pas reconnaître la même chute de 30% de l’activité sur un mois qui a eu lieu lors du premier confinement. Selon les chiffres de Bercy ce nouveau confinement engendrera malgré tout une diminution de 18% de l’activité.

Le marché de l’emploi risque d’être encore bousculé dans les prochains mois avec cette remise sous cloche partielle de l’économie. Le plan de relance de 100 Milliard d’euros, n’aura plus pour objectif comme son nom l'indique de relancer l’économie, mais seulement de la garder sous perfusion le temps que ces nouvelles turbulences passent. 

A la sortie de ce nouveau confinement, on attendra donc du gouvernement un nouveau plan de relance pour cette fois-ci relancer l’économie, sans que ce dernier se transforme encore une fois en une perfusion de l’économie dans une nouvelle période de confinement.

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