Notre colère gronde

A toutes les victimes, à nos sœurs, nos adelphes, nos ami.e.s : on vous voit, on vous croit, on vous aime.

Il y a eu le choc, la colère et puis le dégoût. 

Pourtant, nous aurions dû le voir venir.

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Une salle inerte face au discours d’Aissa Maiga sur le manque de visibilité des minorités, des comédiens gênés de ne plus pouvoir faire des blagues sexistes, racistes et homophobes, des acteurs soucieux de vouloir continuer à « jouer le jeu de la séduction », un parterre de privilégiés ayant déclaré leur soutien à un pédocriminel, insensibles au contexte social d’un pays où les gens luttent contre la casse des services publics, manifestent depuis plus d’une année pour le droit à la dignité et la justice sociale.

Pourtant, nous avons voulu espérer.

Nous avons voulu croire qu’ils étaient capables de voir la violence que cela représentait pour les victimes de voir un violeur récompensé, sacré, adulé. Nous avons voulu croire qu’ils étaient capables de faire preuve de décence à défaut d’avoir de la compassion et un brin d’humanité. Nous avons voulu croire qu’ils ne légitimeraient pas, une fois de plus, la culture du viol.

Pourtant ils nous avaient prévenu.

Ils n’ont cessé de réclamer le droit de nous importuner, celui de nous agresser, de nous violer, de nous tuer au nom de la liberté sexuelle, au nom de la liberté d’expression, au nom de l’art, au nom de l’amour.

 Nous avons voulu y croire. 

Mais c’était oublier qu’ils étaient eux même au pire des prédateurs, au mieux des complices.

C’était oublier qu’ils étaient les représentants d’un système patriarcal menacé, apeuré.

C’était oublier que leurs intérêts allaient à l’encontre des nôtres, que nous étions une menace pour la stabilité de leur système de domination. 

C’était oublier que nous mettions en péril leurs privilèges, leurs moyens d’exploitation, leur impunité.

C’était oublier que notre bataille était avant tout politique.

Parce que c’est un acte profondément politique de récompenser un violeur et d’invisibiliser les victimes. C’est un acte politique d’ignorer la colère d’Adèle Haenel et son témoignage. C’est un acte politique d’ignorer un film qui propose un cinéma radicalement différent. C’est un acte politique de punir la seule réalisatrice nommée, parce qu’elle dérange ; parce qu’elle apporte au cinéma français un regard de femme, parce qu’elle a choisi de raconter des femmes, celles qui aiment d’autres femmes et qui ont l’audace d’effacer les hommes, leur violence et leur domination.

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 Pourtant, ce césar n’est que l’ultime secousse d’un monde agonisant. Une tentative désespérée du patriarcat de s’accrocher à la vie.

Parce que les gagnantes d’hier soir , ce sont celles qui ont courageusement crié leur indignation sous les coups de la police, ce sont Adèle Haenel, Céline Sciamma, Aissa Maiga. Ce sont ceux qui ont eu la décence de quitter la salle.

 Ceux qui ont compris que notre colère grondait.

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